On a visité l'exposition Charlie Chaplin à la Philharmonie

L'exposition Charlie Chaplin se tient jusqu'au 26 janvier 2020 à La Philharmonie de Paris L'exposition Charlie Chaplin se tient jusqu'au 26 janvier 2020 à La Philharmonie de Paris[© DR]

L'exposition «Charlie Chaplin, l'homme orchestre» ouvre ce vendredi 11 octobre à la Philharmonie de Paris. Place au cinéma, à la musique mais aussi et surtout à l'émotion.

La Philharmonie de Paris a-t-elle perdu la raison avec une expo sur du cinéma muet ? Il n'en fallait pas plus pour rendre le sujet passionnant.

«Ce contrepied est une manière d'inviter le public à réfléchir à ce que peuvent produire les images et comment ces dernières ont besoin d'être entourées d'un environnement, explique Sam Stourdzé, commissaire de l'exposition. Charlie Chaplin comprend assez vite que maîtriser la réalisation, la production et la musique peut lui permettre de créer une oeuvre totale. Si aujourd'hui, 130 ans après sa naissance, il continue à avoir une actualité, c'est qu'il est parvenu à ce niveau de maîtrise exceptionnel».

Des lumières du Music-hall au Charlot star

L'exposition se veut chronologique : on découvre d'abord par le biais de photos et d'affiches un jeune Charlie Chaplin musicien, qui débute sur les planches. Puis viennent ses premières apparitions au cinéma et l'invention de Charlot, un personnage de vagabond qu'il avait déjà un peu rôdé sur les planches et qu'il nourrit de ses premières années de comédien sur les routes. Dès 1914, le public peut découvrir le petit homme à la démarche inimitable avec «Charlot est content de lui» puis dans une parodie de «Carmen» de Bizet, adapté par Cecil B. De Mille au cinéma.

Direction ensuite les correspondances de l'oeuvre de Chaplin avec ses contemporains : la dimension dansée de l'oeuvre du cinéaste d'abord avec, en point d'orgue, son hommage au danseur russe Vaslav Nijinski (qu'il rencontra) dans «Une idylle aux champs» (1919) et le rayonnement de son oeuvre, ensuite, sur toute la culture populaire et les autres arts : quelques étonnants «goodies» de l'époque peuplent ici une vitrine exposée non loin du «Charlot cubiste» de Fernand Léger.

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Le «Charlot cubiste» de Fernand Léger ©DR

Du muet au sonore

Mathilde Thibault-Starzyk, commissaire associée de cette exposition voit dans cette exposition l'occasion de mieux comprendre l'histoire du cinéma : «On s'est demandé si aborder Chaplin par le biais de la musique n'allait pas nous restreindre et on s'est vite rendu compte que s'intéresser à la manière d'intégrer les sons dans le cinéma muet puis le cinéma sonore était en fait une véritable clé de compréhension de l'oeuvre de Chaplin et de l'histoire du cinéma».

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Machine à bruitages permettant d'imiter les sons du vent, de la pluie, des automobiles, de la vaisselle cassée etc. ©DR

Si l'exposition présente de manière ludique les machines à bruitages que le public peut essayer avec joie, les organisateurs ont mis l'accent sur l'intégration des sons dans l'oeuvre de Chaplin. De petits modules numériques permettent de choisir, comme l'a fait Charlie Chaplin en son temps, les musiques et les chansons de ses films et génériques. Il est jouissif de découvrir la partition raturée de «Titine» et de re(re)voir la scène culte des «Temps modernes», avant de pouvoir décider de la musique qui accompagnera la scène des «petits pains» de «La Ruée vers l'or» (1925). Etonnant de découvrir donc à quel point la bande sonore reste un pivot central de l'art de ce mélomane hors du commun.

Un Chaplin humaniste

Pantomime hors-pair, Charlie Chaplin parvient étrangement à effectuer le grand saut du cinema muet au cinéma parlant. Pour cela, il devra abandonner le personnage de Charlot. Certes, la voix de ce dernier s'était déjà faite entendre par le biais de la chanson. Avec «Le dictateur», Charlie Chaplin s'essaye au parlant, en contournant encore une fois le langage grâce à une caricature de langue germanique : manière personnelle de dénoncer le nazisme dès 1938 (même si le film est sorti en 1940). «C'est le moment où la grande Histoire l'emporte sur le petit vagabond. Chaplin parle, Charlot meurt», indique Sam Stourdzé. C'est sur un grand écran et depuis un gradin en bois que le visiteur peut découvrir ce Chaplin dictateur. Non loin de là, de petits modules permettent d'entendre et voir Chaplin dénoncer la violence de la société dans le costume de tueur en série du plus confidentiel «Monsieur Verdoux» (1947).

On ressort de cette exposition non sans écouter quelques reprises des plus fameuses partitions de Chaplin et se laisser gagner par une émotion réconfortante. Alors qu'on croyait le sympathique Charlot et le clownesque dictateur rangé aux archives, on se rend à l'évidence : si Charlie Chaplin est capable de faire surgir l'émotion avec tant de facilité et si peu de mots, c'est certes parce qu'il nous fera toujours rire et nous révolter contre les injustices de tous poils, mais aussi et surtout parce qu'il fait partie de ces rares génies intemporels qui n'ont pas oublié leur enfance et toute la pureté qui va avec. Nécessaire donc.

«Charlie Chaplin, l'homme orchestre», jusqu'au 26 janvier 2020 à la Philharmonie de Paris - Cité de la musique.

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