Rockin'Squat : «Mon livre est le témoin d’une époque, le début du hip-hop français»

Rockin'Squat sort un livre illustré sur sa carrière. [Nicolas Louis]

On n'est jamais mieux servi que par soi-même. Mathias Cassel, plus connu sous le nom de Rockin'Squat, sort cette semaine «Chronique d'une FORMULE annoncée», un livre qui retrace sa vie d'artiste. De ses débuts avec Assassin, à l'organisation de festivals jusqu'au Brésil, le rappeur partage avec ses fans les coulisses de son parcours.

Un ouvrage «destiné au monde entier» et à ceux qui souhaitent découvrir en immersion «ce qu’il s’est passé lors des débuts du hip-hop français» au milieu des années 80. A cette époque-là, le rap français en est à ses balbutiements et Rockin'Squat, qui gratte ses premiers textes, est connu de la scène parisienne pour ses talents de «tagueur». Aujourd'hui, le groupe Asssasin est reconnu comme un des pionniers du rap et souvent cité en exemple. L'occasion pour Rockin' de revenir en textes et en photos sur une carrière bien remplie. 

A qui cet ouvrage est-il destiné ?

Au monde entier (rires) comme n’importe quel livre. Quand tu fais quelque chose, que ce soit un disque, un tableau, un livre, une fois qu’il est livré au public, d’une certaine façon il ne t’appartient plus. Après, il aura la vie qu’il devra avoir. Il n’est pas destiné spécialement à un public précis, il est destiné au monde entier. Il est témoin d’une époque et il parlera aux gens concernés et à ceux qui vont découvrir ce qu’il s’est passé lors des débuts du hip-hop français. C’est aussi un témoignage de mon parcours artistique sur les 30 dernières années.

Quelle était votre intention en préparant ce livre ?

Déjà, on voulait faire un beau bouquin. On l’a beaucoup travaillé artistiquement. Ça fait trois ans que je travaille dessus, c’est donc pas mal de boulot. Il y a beaucoup d’archives et quelques notes car, à la base, c’est surtout un ouvrage de photos. Il est agrémenté de quelques témoignages ici et là où je raconte l’histoire artistique de cette période. De mes débuts de «tagger», dans les rues de Paris quand j’étais un jeune adolescent, jusqu’à aujourd’hui où je suis producteur de festivals culturels dans les favelas du Brésil. Plus tout le parcours d’Assassin, du début à l’explosion médiatique de notre groupe, et après avec ma carrière solo. C’était aussi histoire de laisser un témoignage car on a été un groupe très atypique dans la musique française. Je ne suis pas un artiste très médiatisé depuis le début. Donc l’histoire du hip-hop français a été racontée par des journalistes qui ont pris le côté visible de l’iceberg. L’underground, même dans des groupes connus comme le mien, a été complètement occulté par rapport au business mainstream que représente la musique. Il était donc important de parler de cette époque, de ce parcours, car il n’a jamais vraiment été raconté et qui est le mieux placé pour le raconter que soi-même.

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Dans quelles conditions avez-vous fait cet ouvrage ?

Déjà, c’est un livre qu’on a fait tout seuls. Donc il est disponible sur notre site qui s’appelle Laformule.net. C’est là qu’on le trouve en majorité. On le trouvera dans les grandes enseignes, comme la FNAC ou Cultura, si ces magasins nous le commandent. Mais on n’a pas du tout la force d’un éditeur qui a pignon sur rue depuis 50 ans, donc c’est possible que beaucoup de librairies ne l’aient pas, parce que le monde de l’édition c’est toute une démarche. Mais on a fait beaucoup de précommandes et on a beaucoup de ventes au quotidien sur notre site. Les premiers retours sont très positifs car les gens voient que c’est un bel objet très travaillé et c’est très important d’avoir de la qualité. Depuis le 4 octobre, jusqu’au 10 novembre, je suis en tournée dans toute la France, en Belgique et en Suisse, à la rencontre de notre public.

«S'intéresser aux racines de n'importe quel mouvement culturel ne peut que donner des bons fruits.»

Il faut dire que les rappeurs sont plutôt pudiques quand il s'agit d'évoquer leur vie personnelle dans les interviews…

Oui mais ce qui devrait intéresser les journalistes, ce ne sont pas que les autobiographies, ce sont les actions concrètes et le fond de ce que les artistes peuvent donner aux gens. On est dans un monde où on s’intéresse plus à la vie privée des gens que ce qu’ils donnent artistiquement et c’est ça le problème en fait, des nouveaux médias et de ce qui intéresse les gens. Et moi j’ai toujours lutté contre ça parce que je pense qu’il est beaucoup plus intéressant de s’intéresser au son qu’un artiste peut donner plutôt que de connaître sa vie privée. La presse people illustre cela. Elle vend beaucoup comparé à des romans ou à des livres historiques très intéressants et dont personne n’a rien à foutre (sic).

On voit de plus en plus souvent des hommages au rap d’avant…

Moi en tout cas, je ne cherche pas de reconnaissance. S’intéresser aux racines de n’importe quel mouvement culturel pour faire ensuite des choses ne peut que donner des bons fruits. Ceux qui s’y intéresseront auront de toute façon un coup d’avance. Comme moi je me suis intéressé à ce qui a fait naître ma musique.

Rockin'Squat Chronique d'une FORMULE annoncée, éditions Livin'Astro, 49 euros

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