3 polars à glisser dans ses valises pour les vacances de La Toussaint

David Lagercrantz boucle la saga «Millénium» avec «La fille qui devait mourir» chez Actes Sud. David Lagercrantz boucle la saga «Millénium» avec «La fille qui devait mourir» chez Actes Sud.[Crédit Jonathan NACKSTRAND / AFP ]

La rentrée littéraire ne rime pas qu'avec littérature générale. Les écrivains de polars sont aussi de retour. Voici trois coups de coeur sélectionnés par la rédaction.

Le couteau, Jo Nesbo, Gallimard

Celui qui suit les aventures de l’inspecteur Harry Hole ne peut que rester bouche bée durant les 600 pages que contient ce polar norvégien signé Jo Nesbø. On pensait avoir tout vu des ombrageux recoins de la vie du flic d’Oslo mais on suffoque à l’idée de ne pas pouvoir l’aider.

L’univers gris et froid de la capitale norvégienne accueille l’enquête la plus difficile - et de loin - du policier. Difficile de raconter l’histoire de ces nouvelles aventures d’Harry Hole sans risquer de spoiler le lecteur. Tout commence avec un meurtre. Pas n’importe lequel, celui d’une personne très proche de l’inspecteur dont on ne peut que taire le nom par respect pour les fans des romans de Jo Nesbø. Le flic qui s’autodétruit avec tant de talent depuis «L’Homme chauve-souris» en 2003 doit cette fois s’accrocher à la vie, malgré lui.

L’écrivain norvégien ficèle une intrigue impensable et implacable, à la noirceur de jais, sans jamais tomber dans la surenchère. S’il semble flirter avec le rebondissement de trop, celui-ci n’arrive pourtant jamais et le lecteur en arrive à vouloir refuser l’histoire dans laquelle l’auteur l’entraîne. Il l’y entraîne avec tellement de force et de suspense qu’on l’y suit, mal à l’aise, gêné d’être le voyeur indécent de cette chute abyssale, celle de Harry Hole. Difficile de raconter l’histoire sans risque de spoiler le lecteur.

Ce livre marque un tournant dans la saga Hole. Deux tournants même, et les dernières lignes du roman prennent la forme d’un irrespirable teasing. Après la révélation finale, Jo Nesbø laisse le fan à mi-chemin entre le soulagement d’en avoir terminé avec le calvaire de Harry et l’irrépressible envie de lire la suite du meilleur opus de la série.

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Le Couteau, de Jo Nesbø, Série noire, Gallimard, 608p., 22€.

Ne t'enfuis plus, Harlan Coben, Belfond

Le Harlan Coben nouveau est arrivé. «Ne t'enfuis plus» s'avère bien, non pas la meilleure production du maître ès polar, mais un nouveau palpitant "page turner", c'est à dire une lecture qu'on ne peut arrêter. Qu'est-il arrivé à Paige, la fille aînée de Simon ? Ce dernier n'en sait fichtrement rien depuis que Paige est tombée amoureuse d'un "mauvais garçon" et par la même occasion  dans les affres de la drogue. Alors qu'il se promène dans Central Perk, il croit la reconnaître. Quand la jeune fille l'aperçoit, elle s'enfuit. Une longue quête va alors débuter. Lorsque le petit ami de Paige est retrouvé mort, Simon est soupçonné - comme sa fille - de l'avoir assassiné.

Harlan Coben profite de cette intrigue pour mêler plusieurs thématiques : celle de la famille et ses secrets, celle de la drogue et de la difficulté à pouvoir s'en sortir mais aussi et c'est peut-être la partie la plus intéressante du roman, celle des sectes. Harlan Coben Coben en profite pour creuser la problématique des gourous et de leur emprise physique, financière et parfois sexuelle de leurs adeptes. Harlan Coben ne s'arrête pas là et s'intéresse également aux sites spécialisés en recherches généalogiques grâce aux simples tests ADN. Si parfois Harlan Coben tombe dans quelques ficelles visibles, il parvient en outre à toucher du doigt bon nombre des dérèglements de notre société à travers une intrigue tout à fait addictive et à la construction parfaitement maîtrisée. Comme à son habitude, l'engrenage noir se met en place et le lecteur n'en sortira pas indemne.

«Ne t'enfuis plus», Harlan Coben, Belfond, 416 p., 21,90€.

Millenium, T.6, «La fille qui devait mourir», Actes Sud

Millenium, c'est fini. Peut-être l'occasion de se (re)plonger dans la célebrissime saga créée par Stieg Larsson décédé en 2004, reprise depuis par le suédois David Lagercrantz qui boucle la saga en beauté avec «La fille qui devait mourir», sorti en août dernier. Ici, le journaliste d'investigation Mikael Blomkvist en pleine enquête sur des «usines à trolls» russes qui diffusent de fausses informations en vue de deséquilibrer les régimes occidentaux. Parallèlement, un SDF est retrouvé mort. Ce dernier en savait peut-être un peu trop quant à des figures politiques suédoises mortes dans un accident de haute montagne. Lisbeth Salander, elle, a quitté la Suède et se trouve à Moscou pour régler des affaires de famille, notamment avec sa soeur en prises avec quelques personnages douteux dont des responsables d'«usines à trolls». Elle va être amenée à collaborer à nouveau avec le journaliste...

Si Actes Sud l'assure : cette «fille qui devait mourir» est bien le dernier opus de Millenium, aucun lecteur n'aura envie, en refermant, cet épais volume de délaisser Lisbeth Salander, l'une des héroïnes de roman les plus sauvages, complexe, humaine, qui soit. 

Au sein de courts chapitres, scènes d'action parfois terrifiantes, dimension politique et vies privées se mêlent dans la grande tradition de Millenium. Les intrigues, elles, vont peu à peu former un grand puzzle où tout va finir par se recouper, faisant rentrer ce livre dans la catégorie de ceux qu'on dévore et qu'on n'oublie pas.

Millenium, T.6, «La fille qui devait mourir», Actes Sud, 384 p., 23 €.

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