Noël : Les 20 meilleurs mangas à offrir cette année

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Difficile rôle que celui de devoir offrir un ou plusieurs mangas, lorsqu'on se retrouve face à un bon millier de volumes stockés dans les rayons d'un libraire. Pas de panique, l'année 2019 a été particulièrement savoureuse pour les amateurs du genre et voici donc les meilleures œuvres à demander au Père Noël.

Beastars

Le Festival International de la BD d'Angoulême a été, dès janvier, le théâtre du lancement très attendu de Beastars. Manga phénomène commencé en 2016 au Japon sous le dessin de Paru Itagaki, celui-ci prend place dans un monde animal anthropomorphique. Alors qu'ils évoluent dans une société prônant l'égalité et le respect entre prédateurs et proies, les animaux de l'institut Cherryton découvrent impuissants le corps inerte de Tem, un alpaga, tué sauvagement au sein de l'établissement. Les soupçons vont rapidement s'orienter vers les carnivores, mais qui est vraiment le meurtrier ? A travers le regard de Legoshi, un grand loup à la personnalité ambigüe, le lecteur découvre alors cette société allégorique de la nôtre, sous le trait inspiré de Paru Itagaki.

La mangaka Paru Itagaki a eu du flair et livre un travail remarquable, tant sur le dessin que sur l'ambiance et le scénario de cette étrange société animalière. L'auteure japonaise a vu son travail récompensé à de multiples reprises, ayant reçu tour à tour : le prix culturel Osamu Tezuka de la meilleure nouveauté en 2018, le prix Kôdansha du meilleur shônen, ainsi que le prestigieux prix Manga Taishô, rappelle Ki-oon son éditeur en France. A la lecture des deux premiers tomes, que l'éditeur nous a fournis, le titre mérite sincèrement le détour. Et si l'on pense immanquablement à Blacksad et Zootopie dès les premières planches, Beastars possède assez de chien pour rapidement s'en démarquer et offrir une aventure singulière, à la fois sombre et attachante.

Beastars, de Paru Itagaki, éd. Ki-oon, 7 tomes disponibles.

Albator : mémoires de l'arcadia

Une cape rouge et noir, la mèche rebelle et une longue balafre sur la joue… Quel enfant des années 1980 ne se souvient pas d’Albator, le capitaine corsaire ? Ce pirate de l’espace et héros tragique, contraint à l’exode pour défendre la Terre, fait son retour dans une BD inédite, imaginée par Jérôme Alquié. Admirateur inconditionnel du manga créé en 1969 par Leiji Matsumoto, et de son adaptation en séries animées (1978 et 1984), ce Marseillais de 44 ans dit «vivre un rêve» en lui rendant hommage.

Dans ce premier tome – trois sont prévus –, Albator remonte à bord de l’Arcadia, son vaisseau emblématique, pour en découdre avec les Sylvidres. Les quadragénaires y retrouveront avec un plaisir certain l’équipage du célèbre pirate, porté par un dessin sublime. Une savoureuse madeleine de Proust pour les fans de ce héros intemporel.

Capitaine Albator : Mémoires de l’Arcadia, de Jérôme Alquié, éd. Kana. 2 tomes disponible. (Série complète en trois tomes). 

My Home Hero

Avec My Home Hero, la maison d'édition Kurokawa se glisse dans un genre quelle exploite assez peu : le thriller. Et pourtant My Home Hero se révèle être un petit bijou en la matière. En amenant des parents sans histoire et aimants à commettre un crime pour préserver la vie de leur fille chérie, Naoki Yamakawa au scénario et Masashi Asaki au dessin mêlent à la fois drame et comédie, dans une histoire digne d'un roman policier.

Recommandé chaudement par le romancier Maxime Chattam en bandeau de couverture, My Home Hero n'usurpe en rien les compliments de l'écrivain qui le qualifie de «réussite totale». Le premier tome se révèle palpitant de bout en bout, avec un sens du suspens et de l'humour qui ne sont pas sans rappeler le ton caustique de la série Dexter. Les amateurs de thriller apprécieront, y compris celles et ceux qui n'auraient jamais ouvert un manga de leur vie.

My Home Hero, de Naoki Yamakawa et Masashi Asaki, éd. Kurokawa, 6 tomes disponibles.

Gigant

«Gigant», la nouvelle création d'Hiroya Oku, est arrivée. Fidèle à ses thématiques habituelles, le mangaka scrute avec talent la part d'ombre du Japon. L'aventure suit Rei, un lycéen introverti de 16 ans, passionné de cinéma, prêt à tout pour devenir réalisateur.

Déterminé à tourner son premier court-métrage, mais maladroit, il se heurte inlassablement aux railleries de certains et aux refus des plus belles filles du lycée. C'est alors qu'il fait la rencontre IRL de Papico, une jeune actrice porno dont il est fan et qu'il suit sans relâche sur les réseaux sociaux. L'arrivée d'un artefact permettant à Papico de changer de taille à volonté va alors brusquement changer la donne, nous rappelant qu'on est bien dans un Seinen et non dans un Shojo. Les codes évoluent alors brutalement. Le héros classique des premières pages (Rei, lycéen mignon mais mal dans sa peau) est-il le héros ou simplement le sidekick d'une héroïne aux pouvoirs XXL ?

Après Gantz, son oeuvre majeure (37 tomes publiés entre 2000 et 2013), suivie de Last hero Inuyashiki (10 tomes entre 2014 et 2017), Hiroya Oku poursuit sa quête originale,toujours armé de son style sublime Les obsessions du mangaka refont très vite surface et il nous offre, en prime une description passionnante du Japon des années 2010. En effet, Rei et ses parents ne communiquent presque plus, Papico vit sous l'emprise toxique d'un petit ami violent et toute la jeunesse tokyoïte vit l'oeil rivé sur l'écran de son smartphone.La Papico des débuts, très introvertie malgré sa profession si particulière, va alors faire parler la poudre.

En creux, on devine l'envie du mangaka de s'interroger une nouvelle fois, sur un grand classique au Japon: le poids des apparences et des traditions. Le vieux salary man devenu super-héros de Last Hero Inuyashiki portait déjà en lui ce message fort. Avec Gigant, à 51 ans, Hiroya Oku prouve qu'il a encore beaucoup de choses à nous dire, et il nous fait comprendre que les étiquettes sont là pour être décollées. A grands coups de pied, s'il le faut.

Gigant, de Hiroya Oku, éd. Ki-oon, 2 tomes disponibles.

Natsuko no SakE

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© Akira Oze/Kodansha Ltd.

A l'instar du manga Les Gouttes de Dieu (Glénat) qui dévoilait avec les délices les secrets du vin et des meilleures bouteilles au monde, Natsuko no Sake invite à découvrir les merveilles d'un autre alcool : le saké. Le mangaka Akira Oze s'applique ici à dépeindre la vie de Natsuko Saeki, jeune working girl des années 1980, qui décide de porter seule la brasserie de saké de son frère après son décès. Elle entre alors dans un univers où la mysoginie et la fierté masculine est encore très présente, y compris au sein de sa famille. Qu'importe, cette idéaliste porte en elle le courage de produire l'un des meilleurs alcools de riz de son pays.

On salut particulièrement le courage de la jeune maison d'édition française Vega de publier ce manga qui avait rencontré un vif succès chez Kodansha dans les années 1980. Surtout, Natsuko no Sake invite à découvrir avec force détails l'univers de la brasserie de saké et ses multiples secrets.

Au-delà de ce véritable reportage au cœur de ce secteur au savoir-faire ancestral, Natsuko no Sake s'intéresse à un Japon où les femmes cherchent encore leur place, tandis qu'en filigrane on y découvre les prémisses de l'agriculture intensive et ses dégâts potentiels, durant une décennie où le Japon était une véritable locomotive technologique. On apprécie particulièrement le trait délicat d'Akira Oze qui sied à merveille à son héroïne attachante.

Natsuko no Sake, de Akira Oze, éd. Vega, tome 1 disponible sur six.

Demon Slayer

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© 2016 Koyoharu Gotouge/Shueisha

Des ninjas, des samuraïs et des démons. Voici le cocktail de Demon Slayer, un shônen inspiré à retouver chez Panini Manga. Dans la pure veine des œuvres de chambara (mettant en scène des bretteurs), les cases signées Koyoharu Gotouge amènent à découvrir le destin funeste de Tanjiro, un jeune marchand, dont la vie bascule le jour où il découvre que ses frères et sœurs ont été sauvagement assassinés. Toutefois, Nezuko, sa jeune sœur, a survécu au massacre, mais semble possédée par une force surnaturelle... 

Devenue l'un des best-sellers au Japon (7 millions de tomes vendus depuis 2016), Demon Slayer, Le pourfendeur de démons, n'en est pas à sa première apparition en France. Déjà Panini Manga avait publié cette œuvre sous le nom Les Rôdeurs de la Nuit en 2017. Confidentiel, le manga avait ses adeptes. C'est toutefois l'immense succès de la série animée (diffusée chez Wakanim en France) qui a poussé l'éditeur à republier le manga avec son nom d'origine.

Reste que Demon Slayer possède d'immenses qualités en redonnant un souffle salvateur à la formule des shônens qui semble s'essouffler au pays du Soleil Levant. A l'instar de l'Attaque des Titans (Pika) ou de The Promised Neverland (Kazé), l'aventure de Tanjiro surprend par sa maturité et son intensité dramatique. Le contexte de l'ère Taishô (1912 - 1926) offre un contexte intéressant, où le Japon des anciennes traditions doit faire face à la modernité venue d'occident. Intense et parfois provoquant, Demon Slayer offre aussi sont lot d'action survoltée.

Demon Slayer, Koyoharu Gotouge, Panini Comics, 5 tomes disponibles.

Heart Gear

Au rayon shônen, Heart Gear ne passe pas inaperçu. Et pour cause, il s'agit du nouveau manga de Tsuyoshi Takaki, auteur de l'excellent Black Torch (toujours chez Ki-oon). Sa plume affûtée s'intéresse ici à la mécanique des robots en transposant le lecteur dans un monde où l'humanité ne se serait jamais remise d'un nouveau conflit planétaire. Considéré comme une espèce en voie d'extinction, voire éteinte, l'homo sapiens a cédé sa place aux êtres mécaniques. Dans ce contexte Tsuyoshi Takaki s'intéresse à la vie d'une jeune survivante dénommée Roue, élevée dans une ferme par son robot tuteur : Zett. Leur quotidien plein de quiétude se trouve chamboulé le jour où un drôle de robot intègre leur foyer. Un être amnésique qui semble renfermé de nombreux secrets...

A la lecture du premier tome d'Heart Gear, les habitués de Black Torch retrouveront rapidement les ingrédients qui ont composé son succès. Un dessin impeccable et impressionnant, réglé pour alterner entre le quotidien d'un monde post-apocalyptique et des scènes d'actions millimétrées et explosives. Et les traits expressifs de Roue contrastent avec ses interlocuteurs cybernétiques. On pense inévitablement au cycle de Fondation, chef d'œuvre de la SF d'Isaac Asimov, ou encore à Gunnm de Yukito Kishiro, lorsqu'on tourne les pages de Heart Gear. Ce premier volume laisse donc augurer du meilleur pour les fans de science-fiction.

Heart Gear, de Tsuyoshi Takaki, éd. Ki-oon, tome 1 disponible.

Tsugumi Project

Avec Tsugumi Project, l'éditeur Ki-oon propose une nouvelle série 100 % maison et l'éditeur français a eu du flair. Ippatu, mangaka «mentorisé» notamment par Jiro Taniguchi (Le Sommet des Dieux), livre ici un récit post-apocalyptique, où le Japon aurait été ravagé par une guerre totale.

Deux siècles plus tard, les autorités européennes décident d'envoyer une équipe de prisonniers récupérer une arme surpuissante. Baptisée Tsugumi, celle-ci se cacherait dans le pays du Soleil-Levant. Problème, le Japon est toujours considéré comme une zone contaminée par les radiations. Seule récompense pour ces condamnés, la possibilité de gagner leur liberté, s'ils remplissent cette mission. Une quête de la dernière chance à laquelle prend part Léon, un ancien soldat d'élite. Mais l'affaire tourne rapidement court, lorsque l'avion chargé de les déposer sur place s'écrase dès son arrivée. Survivant du crash, Léon découvre alors un Japon hostile, dont la faune et la flore a connu de nombreuses mutations génétiques...

Tsugumi Project appartient à ces rares mangas qui accrochent vraiment le lecteur dès les premières planches et qui le ne lâchent pas. Le dessin virtuose d'Ippatu offre une lecture soignée et dynamique, alternant entre les phases contemplatives d'un Japon post-apocalyptique et celles d'action survoltées. Surtout, ce seinen se révèle suffisamment dramatique pour tenir en haleine grâce à une direction artistique personnelle et inspirée. Une des meilleures surprises de 2019.

Tsugumi Project, de Ippatu, éd. Ki-oon, 2 tomes disponibles.

Aposimz

Auteur dont la carrière a explosé à l'international, Tsutomu Nihei voit arriver en France Aposimz chez Glénat, son dernier manga qui renoue avec son sujet de prédilection : la survie de l'humanité dans un avenir lointain, très lointain. Après le succès de Knights of Sidonia (éd. Glénat), qui a eu l'honneur d'être adapté en série animée sur Netflix, le mangaka se relance dans un univers cassant les codes du Sentai (X-Or, Kamen Rider, Bioman). L'aventure prend place sur un astre artificiel, nommé Aposimz, où l'intrépide Esserrow se retrouve au cœur d'un conflit qui pourrait bouleverser l'ordre du monde et le pouvoir mis en place par l'Empire.

Sur des bases très classiques, Nihei appose le dynamisme de son trait impeccable, qui atteint ici encore des sommets. Surtout, l'auteur du très sombre et très encré Blame! (qui fait actuellement l'objet d'une sublime réédition Deluxe en librairies) offre ici des planches lumineuses et éblouissantes, tout en nuances de gris. Son trait n'est d'ailleurs pas sans faire penser au célèbre Nausicaä de la Vallée du Vent, d'Hayao Miyazaki (toujours chez Glénat). Aposimz s'impose d'emblée comme un nouveau titre très prometteur pour cet auteur de génie.

Aposimz - La Planète des Marionnettes, de Tsutomu Nihei, éd. Glénat, 4 tomes disponibles.

Le bateau de Thésée

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© 2019 Toshiya Higashimoto.  All rights reserved. First published in Japan in 2017 by Kodansha Ltd., Tokyo. Publication rights for this french edition arranged through Kodansha Ltd., Tokyo.

Peut-on vivre en endossant moralement la responsabilité de son père, condamné pour le massacre de 21 personnes ? C’est sur cette question, en forme de critique acerbe d’une société japonaise sévère sur ce sujet, que Le Bateau de Thésée débute. Le nouveau manga des éditions Vega plonge dans la quête de rédemption menée par Shin Sano, pour réhabiliter son père, emprisonné à vie à la suite d’une enquête qui comporte de nombreuses zones d’ombre. Le jeune homme se lance dans une investigation qui le mènera sur les traces de son enfance sur l’île d’Hokkaido. Lieu où il a grandi avec sa mère, tout en étant jugé par le regard des autres, en raison des actes criminels présumés de son géniteur. A ce passé douloureux se mêle un autre combat, celui que Shin mène pour conserver la garde de son enfant, alors que sa femme est morte en couche.

Récit tragique et enquête policière s’entrecroisent dans Le Bateau de Thésée. Les éditions Vega donnent à lire un récit qui s’annonce passionnant. Au crayon, Toshiya Higashimoto livre des planches claires et précises, tout en offrant un regard intimiste sur le destin de cette famille déchirée, toujours jugée par la société. Avec sa narration en miroirs, où l’auteur renvoie tour à tour aux événements du passé, tout en explorant le présent, Le Bateau de Thésée dénote dans le paysage des mangas souvent aseptisés, en interrogeant les fondements de la société japonaise, parfois en décalage avec le monde actuel.

Le bateau de Thésée, de Toshiya Higashimoto, éd. Vega, 4 tomes disponibles.

Empereur du Japon

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SHOWA TENNO MONOGATARI © 2017 Junichi NOJO, Kazutoshi HANDO, Issei EIFUKU / SHOGAKUKAN

Empereur du Japon de 1926 à sa mort en 1989, Hirohito (né en 1901) a fait entrer son pays dans l’ère moderne, connu deux guerres mondiales et le boom industriel. Un homme à la vie contrastée qui fait aujourd’hui l’objet d’une biographie en manga signée Issei Eifuku (scénario), Junichi Nojo (dessin), chez Delcourt/Tonkam. De sa jeunesse éloignée de ses parents à son accession au pouvoir, ce premier volume relate la première partie de la vie d’un jeune homme curieux, balloté par le poids de la tradition dans un pays encore ancré dans le passé.

Les prochains volumes de cette biographie s’intéresseront à la part la plus débattue par les historiens, puisque l’empereur eut à prendre des décisions radicales sur le front de l’Asie en ordonnant l’expansion du territoire japonais, avant de partir à la conquête de la Chine dès 1937, après l’invasion de la Mandchourie en 1931. Une décision qui l’amènera à se rapprocher de l’axe fondé entre Hitler et Mussolini et à s’associer avec eux pour défendre le Pacifique et surtout pour appuyer une politique expansionniste et belliciste.

Manga à valeur historique, l’Empereur du Japon offre une fenêtre intéressante sur la vie de Hirohito. Découverte des us et coutumes, du poids de la tradition sur sa fonction et surtout une plongée saisissante dans les arcanes du pouvoir en des temps troublés, avant que ce dirigeant n’établisse un record, celui du plus long règne de l’histoire pour un Empereur japonais. Entre grandeur et décadence, l’homme occupa cette haute fonction qui ne devint plus qu’honorifique au sortir de la seconde Guerre Mondiale.

Empereur du Japon, de Issei Eifuku (scénario), Junichi Nojo (dessin), œuvre originale Kazutoshi Hando, éd. Delcourt/Tonkam, vol. 1 disponible.

Urusei Yatsura : Perfect color edition

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© Rumiko Takahashi, Shogakukan Inc.

Qui, parmi les trentenaires et les quadras, ne se souvient pas de Lamu, la gentille extra-terrestre folle amoureuse d'un jeune terrien, dont la série animée fut diffusée dès 1988 par le Club Dorothée ? Connue au Japon sous le nom d'Urusei Yatsura, Lamu est surtout l'une des premières héroïnes de la célèbre Rumiko Takahshi, infatigable autrice des inénarrables succès Ranma 1/2, Juliette je t'aime, Inu-Yasha ou encore Rinne. Mangaka reconnue et lauréate du Grand Prix d'Angoulême 2019, elle avait esquissé tout ce qui fait le sel de son univers dès 1978 avec Urusei Yatsura. A savoir : une galerie de personnages attachants, de l'humour à toutes les cases, des jeunes femmes sexy et libérées, des histoires de cœurs et une touche d'espièglerie, le tout baignant dans un joyeux bazar.

Avec ce premier volume de la Perfect Color Edition, Glénat va ravir les fans de la première heure, mais aussi celles et ceux qui souhaitent découvrir celle qui honorera le FIBD de sa présence en janvier prochain. Cette édition en deux tomes (le second est prévu en janvier) livre un recueil d'histoires amusantes toutes mises en couleur sous le pinceau de Rumiko Takahashi, qui dépeint avec tendresse les amours adolescentes. Une véritable pépite pour les nostalgiques et une belle introduction pour un public moins âgés.

Urusei Yatsura : Perfect Color Edition, de Rumiko Takahashi, éd. Glénat, tome 1 sur 2 disponible.

Blue Phobia

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© 2017 by Eri Tsuruyoshi / SHUEISHA Inc.

Trouble colorant le corps en bleu, la «maladie indigo» est au cœur d’enjeux internationaux lorsqu’on découvre que le cristal à l’origine de ce mal est aussi une source d’énergie à fort potentiel. Dans un laboratoire secret, un jeune homme se réveille amnésique et perdu. Sauvé par une jeune inconnue au corps teinté de bleu, il entreprend de s’échapper de ce complexe, où de nombreux souvenirs remontent à la surface, avant de découvrir l’innommable.

Blue Phobia est la grosse sortie du mois aux éditions Glénat qui honorent le premier titre du mangaka Eri Tsuruyoshi, d’une édition soignée et semi-grand format. Ce tome conséquent, qui réunit les deux volumes sortis au Japon en 2016, repose sur un scénario classique jouant sur l’amnésie du héros. Reste que l’orchestration des pages fait mouche. Et Eri Tsuruyoshi ne démérite pas en offrant de nombreuses explications et révélations à mesure qu’on enchaîne les chapitres. Un thriller intense qui, s’il ne les surpassent pas, n’est pas sans rappeler certains thèmes de Tokyo Ghoul de Sui Hishida, d’Akira de Katsuhiro Otomo ou du Eden de Hiroki Endo.

Blue Phobia, de Eri Tsuruyoshi, éd. Glénat, récit complet en un tome disponible.

La lanterne de Nyx

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NYX NO LANTERN © 2016 Kan Takahama

Miyo possède un don : celui de connaître l’histoire d’un objet en l’effleurant des doigts, un pouvoir spécial qui lui permet aussi de lire l’avenir. La vie de cette jeune japonaise modeste, orpheline et analphabète, va basculer le jour où elle trouve son premier travail chez un brocanteur aux goûts exotiques. Dénommé Momotoshi, cet iconoclaste au passé mystérieux, se plaît à parcourir l’Europe pour en ramener toutes ses excentricités et inventions.

Prenant place dans le Japon de la fin du XIXe siècle, La Lanterne de Nyx témoigne d’un pays dont la curiosité commençait à s’ouvrir vers le Vieux Continent, alors en pleine révolution industrielle. Commence alors le récit passionnant de cette jeune ingénue qui témoigne des trésors que l’homme a été capable de d’imaginer et de créer.

Avec La Lanterne de Nyx, la mangaka Kan Takahama livre l’un des mangas les plus intéressants de ce début d’année, développant son talent sur des cases d’une belle délicatesse et sur grand format. Entre récit historique et aventure shojo, elle trouve ici un compromis intéressant et singulier pour éviter les écueils d’une énième histoire d’amour mielleuse. Surtout, Kan Takahama offre au catalogue des éditions Glénat, un manga attachant qui se plaît à dépeindre, avec une certaine mélancolie, ce qu’il y a de mieux en l’humanité : son imagination débordante. Une vraie réussite.

A noter, l'autrice a déjà profité de la traduction de deux oneshots déjà très remarqués en France : Le Dernier Envol du Papillon ainsi que Tokyo, Amour et Libertés. Tous deux parus chez Glénat.

La Lanterne de Nyx, de Kan Takahama, éd. Glénat, 3 tomes disponibles (sur un total de six).

Neun

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Nouveau manga choc de Takahashi Tsutomu, NeuN (Neuf en allemand) s'affiche comme une uchronie durant l'Allemagne nazie. Au détour d'expérience d'insémination artificielle, Adolf Hitler aurait eu treize enfants, afin d'assurer sa descendance. Disséminés secrètement dans le nouvel empire du Reich, ceux-ci deviennent alors la cible des SS chargés de les traquer et de les assassiner, lorsqu'il est décidé de mettre un terme à ce programme secret. Neun est l'un des enfants cachés du fuhrer. Rescapé, il doit la vie à Théo, un soldat allemand chargé de le protégé coûte que coûte. Mais tous deux deviennent des fugitifs...

Déjà habitué des mangas coup de poing aux histoire adultes et sans compromis avec Détonations (en deux tomes chez Pika), Takahashi Tsutomu livre une histoire éprouvante sous le régime sanguinaire d'Adolf Hitler. La guerre y est dépeinte dans sa plus grande cruauté. Sombre et torturée, la quête désespérée de Neun n'en demeure pas moins passionnante. Principalement en raison de planches particulièrement réussies et noires, d'une densité narrative rare. En outre, le scénario n'est pas en reste, grâce à l'épais mystère qui enveloppe ce programme. Captivant.

NeuN, de Takahashi Tsutomu, éd. Pika, 2 tomes disponibles.

Mes voisins les esprits

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© Ushio Shirotori/MAG Garden

Depuis le Voyage de Chihiro (2001), les yokaïs (monstres et fantômes du folklore populaire japonais) ont acquis une forme de célébrité à l'international. C'est à ces créatures séculaires aux formes éthérées que s'intéresse Mes Voisins les Esprits, nouvelle série des éditions Doki Doki.

Présentés dans leur forme la plus favorable, à l'instar du dessin animé de Hayao Miyazaki, les yokaïs peuplent chaque page du manga de Ushio Shirotori. On y découvre le quotidien de Yachiho, qui vient de s'installer dans une étrange demeure. La jeune fille et son chat vont faire la connaissance de curieux esprits. Surtout, ces êtres capables de voyager entre le monde des vivants et celui des morts vont l'aider à en savoir plus sur la disparition de sa mère.

Mêlant sourires et frissons, cette nouvelle histoire de fantômes japonais s'affiche à mi-chemin entre un shojo et un seinen. Si les premières pages laissent libre cours à l'imagination et à l'innocence de la jeune Yachiho, les suivantes laissent présager d'une aventure plus sombre. Trépidant.

Mes voisins les esprits, de Shirotori Ushio, éd. Doki Doki, 2 tomes disponibles.

Bip Bip Boy

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PIKO PIKO SHOUNEN © Rensuke Oshikiri 2009 by Ohta Publishing Co., Tokyo

Des salles d’arcades aux consoles, en passant par les jeux électroniques, Rensuke Oshikiri a consacré sa vie à explorer les jeux vidéo. Dans Bip-Bip Boy, le mangaka se raconte à travers différentes saynètes bourrées d’humour, où il dépeint tour à tour sa vie de «loser» en amour, mais de «winner» manettes en main.

De cette passion débordante, il nous offre une folle traversée des années 1980, 1990 et 2000 en poussant le bouton «power» des Game & Watch, Famicom, PC Engine, Game Boy, Super Famicom, Saturn, PlayStation et Xbox 360, dans le pays qui a su propulser pixels et polygones du «simple» jeu pour enfant au rang d’art universel.

Bip-Bip Boy est le nouveau pari des éditions Omaké Books. Et la maison fondée par le journaliste Florent Gorges, spécialiste de l’histoire des jeux vidéo, trouve ici un récit taillé sur mesure pour les amoureux de ce loisir culturel. Page après page, Rensuke Oshikiri renvoie aux (vieux) joueurs les moments cocasses que beaucoup d’entre eux ont vécus durant leur jeunesse.

Que ce soit l’envie irrépressible d’acheter une console qu’on ne possède pas encore ou les rivalités entre vétérans des salles d’arcade, l'auteur - également derrière la série High Score Girl (Netflix) et éditée en manga chez Mana Books - dépeint avec justesse une vie dédiée à l’un des meilleurs divertissements du monde. Une lettre d’amour et d’humour adressée au monde du jeu vidéo, que tout gamer se doit de lire, avec une nostalgie certaine au fond du cœur.

Bip-Bip Boy, de Rensuke Oshikiri, éd. Omaké Books, série complète en 3 tomes.

Astra lost in space

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En 2063, les sorties scolaires n'ont plus rien à voir avec la visite du parc zoologique du département. Les élèves embarquent dans une navette, direction l'espace !

Et la mission des jeunes Kanata et Aries, accompagnés de leurs camarades de classe, les propulsera jusqu'à visiter une nouvelle planète, baptisée McPa. Problème, leur petite virée spatiale va les confronter à un étrange phénomène cosmique qui les renverra à plusieurs années lumières de leur point de rendez-vous.

Pensé d'abord pour les jeunes lecteurs (dès 11 ans), Astra Lost in Space est une agréable surprise à découvrir chez Nobi Nobi. Kenta Shinohara a imaginé un récit de science-fiction complet en 5 tomes, porté par un rythme haletant.

Les cases s'enchaînent et l'odyssée survivaliste de Kanata et sa clique reste particulièrement plaisante à suivre, avec un hommage à Star Trek assumé. Une bonne pioche que nous recommandons aux parents en quête de nouveautés intéressantes pour leurs enfants.

Astra Lost in Space, de Kenta Shinohara, éd. Nobi Nobi, série complète en 5 tomes.

Mitochon Armageddon à la recherche des boules du dragon

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© Gatarô O Man/Shinchosha Publishing Co.

Des mangas «d'une simplicité élémentaire, accessibles même aux plus deumeurés d'entre vous (...) Vous pouvez me dire merci, bande de têtes de nœuds». C'est par ce discours, des plus polis, que Gatarô O Man accueille ses lecteurs en préface de Mitochon Armageddon à la Recherche des Boules du Dragon. Et la collection WTF (What the fuck) de chez Akata n'a jamais aussi bien porté son nom.

Ce nouveau manga nous invite à découvrir l'univers facétieux et délirant de ce mangaka, au cœur d'une histoire rocambolesque. Dès les premières pages, Gatarô O Man se met d'ailleurs en scène pour vendre son récit aux éditions «coucougnettas» soulignant que le royaume a été envahi par des extraterrestres lubriques qui se seraient reproduits avec des humaines, afin d'infiltrer notre société... Pourtant, les habitants étaient prêts à tout oublier, lorsque quarante ans plus tard, le terrible enlèvement de la fille du roi sera à l'origine d'une série de «cataclysmes» sans précédent (!). Vous n'avez rien compris ? Moi non plus.

Complètement fou, Mitochon est pour vous si vous recherchez désespérément un manga vraiment drôlissime. Entre parodie de Dragon Ball et d'Hokuto no Ken (Ken le survivant) et hommage appuyé aux comics undergrounds américains de Robert Crumb, ce premier tome apporte un vent de fraîcheur inespéré dans des rayons mangas souvent très calibrés pour ne jamais être politiquement incorrects. Chaque planche offre un grand n'importe quoi et prolonge agréablement le délire jusqu'à sa fin. Le tout reste tout de même pour un public averti, puisque son contenu ne déparaillerait pas avec la célèbre revue Fluide Glacial. Un vrai plaisir coupable.

Mitochon Armageddon à la Recherche des Boules du Dragon, de Gatarô O Man, éd. Akata, 1 tome disponible. Tome 2 prévu pour le 12 décembre.

Les chatventures de Taï et mamie Sue

Pour les parents à la recherche d'un manga à la fois mignon et plein d'humour à destination des plus jeunes, on ne saurait que trop vous conseiller Les Chatventures de Taï et Mamie Sue. Un titre qui devrait éveiller facilement leur curiosité, ne serait-ce que par son dessin qui leur rappellera Chi, une vie de chat (paru chez Glénat) et en série animée sur Amazon Prime Video. Et pour cause, Taï et Mamie Sue n'est autre que le nouveau manga de Konami Tanaka, créatrice de Chi. Véritable fan de ces petites boules de poils, la mangaka narre ici une nouvelle aventure à hauteur de chat.

Tout juste adopté par sa nouvelle famille, Taï est un petit chaton qui vient jouer les troubles fête dans la paisible vie menée par la vieillissante Sue. Habituée à la tranquilité, cette dernière va devoir endosser le rôle de mamie pour débarrasser Taï de ses mauvaises habitudes et satisfaire sa curiosité. Si ces nouvelles «chatventures» évoquent immanquablement Chi, Konami Tanaka parvient tout de même à se renouveller avec beaucoup d'humour. Son trait se parfait aussi tout en restant «kawaï» (mignon) à souhait.

Les Chatventures de Taï et Mamie Sue, de Konami Kanata, éd. Nobi Nobi, tome 1 disponible. 

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