Taux d'intérêt américains: la Fed se prépare à une réunion cruciale

Des opérateurs travaillent à la Bourse de New-York le 15 septembre 2015 [Spencer Platt / GETTY/AFP] Des opérateurs travaillent à la Bourse de New-York le 15 septembre 2015 [Spencer Platt / GETTY/AFP]

Le monde de la finance retient son souffle avant une réunion cruciale de la Banque centrale américaine (Fed) mercredi et jeudi qui signera peut-être la première hausse des taux d'intérêt américains en près de dix ans.

Les membres du Comité de politique monétaire (FOMC) de l'institution rendront leur verdict jeudi à 18H00 GMT juste avant que Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale, ne tienne une conférence de presse.

Depuis des mois Mme Yellen a averti que la Fed souhaitait relever les taux d'intérêt cette année alors qu'ils sont maintenus proches de zéro depuis la crise financière fin 2008 et que la reprise de l'économie américaine s'est consolidée. La croissance a affiché un taux insolent de 3,7% au 2e trimestre et sur l'année, les économistes misent sur une expansion autour de 2,5%.

Il y a encore quelques semaines, avant les turbulences financières et les incertitudes sur l'économie de la Chine, une majorité d'économistes croyaient ferme que la première hausse des taux, probablement d'un quart de point (0,25%), interviendrait en septembre.

Mais depuis, "les chances sont à 50/50", comme l'affirme Paul Ashworth, de Capital Economics, alors que des pressions sont montées de toutes parts pour patienter encore un peu vu l'atonie de l'inflation et les inquiétudes des pays émergents qui subissent déjà des fuites de capitaux vers un dollar plus rémunérateur.

Après celle de la semaine prochaine, la Fed a encore deux réunions monétaires au programme cette année, en octobre et en décembre. La dernière hausse des taux remonte à juin 2006, lorsque la Fed avait voulu ralentir un marché immobilier en surchauffe, deux ans avant qu'il n'éclate avec la crise des prêts à risques "subprimes".

- Débat intense -

Le débat va être intense autour de la table du Comité alors que ses membres ont affiché leurs divisions. D'un côté, les "faucons", qui estiment qu'avec un taux de chômage descendu à 5,1%, l'économie, proche du plein emploi, a les reins assez solides pour supporter une première hausse des taux.

Ils sont persuadés que l'inflation va rapidement pointer son nez à travers des augmentations de salaires même si pour l'instant des "facteurs passagers", comme la baisse des prix du pétrole ou le dollar fort (qui rend les importations moins chères), la maintiennent bien loin de l'objectif idéal de 2% de la Fed (+0,3% sur un an).

Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine, donne une conférence de presse le 17 juin 2015 à Washington [Chip Somodevilla / GETTY/AFP/Archives]
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Janet Yellen, la présidente de la Réserve fédérale américaine, donne une conférence de presse le 17 juin 2015 à Washington

"Le processus de normalisation de la politique monétaire doit commencer", a martelé Esther George, la présidente de l'antenne régionale de la Fed de Kansas City. Plus énigmatique, Stanley Fischer, le numéro deux de la banque centrale, a prévenu fin août que celle-ci "n'attendrait pas que l'inflation remonte à 2%" pour resserrer le crédit.

Du côté des "colombes", moins pressées de relever les taux, William Dudley, de la Fed de New York, a reconnu que le besoin immédiat d'un tour de vis lui paraissait "moins impérieux" vu "les développements internationaux" qui peuvent ralentir la croissance mondiale.

Moody's a d'ailleurs révisé en baisse sa prévision de croissance pour 2016 des vingt plus grandes économies (G20), à 2,8% contre 3,1%, afin de prendre en compte l'affaiblissement chinois et la baisse des prix des matières premières.

- 'Donner le signal' -

Relayant les inquiétudes des pays émergents soucieux qu'une hausse des taux américains n'affaiblisse encore leurs monnaies et ne draine les capitaux, le FMI et la Banque mondiale ont joint le choeur des partisans de la patience. Le FMI estime que la Fed a "la flexibilité nécessaire pour attendre" tandis que l'économiste de la Banque mondiale Kaushik Basu a carrément promis "panique et chaos" sur les marchés si la Fed franchissait le pas.

Janet Yellen, qui ne s'est pas exprimée depuis deux mois, pourrait couper la poire en deux, assure à l'AFP Jia Liu, économiste auprès de l'American Institute for Economic Research (AIER).

"Comme Janet Yellen est une grande partisane des indications d'orientation monétaire aux marchés, je crois qu'ils ne vont pas décider d'une hausse des taux mais donner le signal clair qu'ils le feront d'ici la fin de l'année", affirme cette experte.

Au cours de sa conférence de presse jeudi, qui ne se tiendra plus dans les bâtiments historiques de la Fed à Washington mais dans une salle de presse sécurisée pour éviter les ruptures d'embargo, Janet Yellen commentera aussi les nouvelles prévisions économiques trimestrielles publiées par la banque centrale.

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