Le pape à Palerme pour honorer un prêtre assassiné par Cosa Nostra

Une statue du prêtre Giuseppe Puglisi, assassiné par la mafia il y a 25 ans, photographiée le 14 septembre 2018 à Palerme en Sicile [Andreas SOLARO / AFP] Une statue du prêtre Giuseppe Puglisi, assassiné par la mafia il y a 25 ans, photographiée le 14 septembre 2018 à Palerme en Sicile [Andreas SOLARO / AFP]

Le pape François vient samedi à Palerme rendre hommage à un prêtre sicilien assassiné il y a 25 ans par la mafia pour avoir cherché à tirer de ses tentacules des jeunes d'un quartier défavorisé.

Le pape est attendu à 10H45 (08H45 GMT) dans la capitale sicilienne et doit célébrer une grande messe en fin de matinée. Dans l'après-midi, il doit se rendre dans la paroisse du père Giuseppe Puglisi, avant de repartir pour Rome vers 18H30 (16H30 GMT).

Giuseppe Puglisi, surnommé le "premier martyr de Cosa Nostra", avait été tué sur ordre de cette mafia sicilienne d'une balle dans la nuque le 15 septembre 1993, jour de ses 56 ans.

Il était alors chargé depuis deux ans de la paroisse du quartier Brancaccio, dans la banlieue de Palerme, où il tentait par son engagement social d'arracher les jeunes à l'emprise de la drogue. Au grand dam des parrains du quartier.

"Je vous attendais", aurait-il dit, avec un sourire, avant de mourir sur le seuil de sa modeste maison.

En 2012, Benoît XVI l'a reconnu "martyr" -- tué par "haine de la foi" -- et en mai 2013, "Don Pino" a été béatifié à Palerme en présence de 40 évêques et 750 prêtres, mais aussi des ministres italiens de l'Intérieur et de la Justice.

Son assassinat était survenu alors que le pays était encore traumatisé par les attentats qui venaient de coûter la vie aux juges antimafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino.

Une photo du prêtre Giuseppe Puglisi, assassiné par la mafia il y a 25 ans, avec ses parents (au centre), le 14 septembre 2018 à Palerme en Sicile [Andreas SOLARO / AFP]
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Une photo du prêtre Giuseppe Puglisi, assassiné par la mafia il y a 25 ans, avec ses parents (au centre), le 14 septembre 2018 à Palerme en Sicile

Depuis son élection, François s'est attaqué frontalement aux mafieux, souvent pratiquants et bienfaiteurs des paroisses, en invitant les catholiques à cesser toute collaboration avec eux.

Avant d'adresser samedi à Palerme des messages à Cosa Nostra, le pape argentin s'était déplacé dans deux autres régions du sud historiquement contrôlées par les clans du crime organisé.

Dans la catholique Naples, fief de la Camorra, il avait condamné en 2015 les organisations "qui exploitent et corrompent les jeunes, les pauvres et les défavorisés".

"Comme un animal mort pue, la corruption pue, la société corrompue pue, et un chrétien qui fait entrer en lui la corruption pue", avait-il lancé dans la banlieue misérable de Scampia, gangrénée par la Camorra, après avoir parcouru la ville en papamobile découverte sur 25 km.

- Excommunier les mafieux -

En Calabre, dix mois plus tôt, il avait appelé les catholiques à "combattre" l'ultra-puissante 'Ndrangheta.

"Ceux qui dans leur vie ont choisi cette voie du mal, comme les mafieux, ne sont pas en communion avec Dieu, ils sont excommuniés", avait-il même déclaré, salué par un tonnerre d'applaudissements de 100.000 personnes.

L'excommunication est la peine plus sévère envisagée par l'Eglise catholique à l'encontre de ses membres.

Des évêques locaux ont déjà excommunié des mafieux, mais le Vatican envisage de se doter d'un document juridique d'une valeur universelle pour excommunier les mafieux, quel que soit leur pays d'appartenance.

Le pape a aussi plusieurs fois dénoncé le "pouvoir et l'argent ensanglantés" des mafieux, les appelant à "changer de vie, à arrêter de faire le mal, à se convertir".

Le pape François au Vatican le 12 septembre 2018 [Tiziana FABI / AFP/Archives]
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Le pape François au Vatican le 12 septembre 2018

Il se faisait ainsi l'écho d'un cri de colère de Jean Paul II à Agrigente (Sicile) en mai 1993, quand le pape polonais avait demandé aux mafieux de Cosa Nostra de "se convertir". Les parrains siciliens avaient répondu deux mois plus tard par des attentats contre deux églises romaines.

Les relations entre l'Eglise et le crime organisé en Italie ont été souvent ambigües: patronage de processions par des mafieux, liens ou tentatives d'influencer certains prélats, détournement de ressources d'institutions et d'oeuvres caritatives, achat dans le passé de biens immobiliers du Vatican...

Dans le sud de l'Italie, des processions religieuses marquent encore parfois l'arrêt devant la maison d'un chef de clan local. Mais désormais ces pratiques sont davantage dénoncées.

Début 2017, l'évêque de Monreale, près de Palerme, s'était ainsi insurgé en apprenant que le fils en liberté conditionnelle de Totò Riina -- le chef de le plus sanguinaire de Cosa Nostra, mort en novembre 2017 -- ait pu prendre part à un baptême catholique en tant que... parrain.

Fin 2016, un prêtre des Pouilles (sud) qui voulait célébrer une messe en mémoire d'un chef mafieux de la 'Ndrangheta assassiné au Québec s'était attiré les foudres du maire, de l'archevêque et de ses propres paroissiens.

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