On a vu la révélation égyptienne «Yomeddine»

Le réalisateur a fait appel à un acteur non-professionnel, lui-même touché par la lèpre.[© Le Pacte]

En optant cette année pour une sélection officielle audacieuse et engagée, Thierry Frémaux, directeur général du Festival de Cannes, souhaitait ainsi «donner une chance aux jeunes cinéastes». Avec la venue d’Abu Bakr Shawky, le pari est réussi.

Inconnu il y a encore quelques jours sur la Croisette, ce natif du Caire est venu défendre, mercredi soir, les couleurs du cinéma égyptien et a présenté «Yomeddine», son tout premier long-métrage.

Oscillant entre drame et comédie, cette œuvre suit le parcours chaotique de Beshay, lépreux depuis l’enfance qui n’a jamais quitté «les malades» de la léproserie où son père l’a abandonné. Malgré la guérison, les cicatrices disgracieuses, elles, sont restées... comme le reflet des blessures de son âme. Suscitant le dégoût et la peur, Beshay n'a pourtant cessé de refouler sa douleur. Cette colère qu'il éprouve quand les autres le considèrent comme un paria, un animal, «ce lion qu’il faut fuir».

A la mort de sa femme, l’homme se lance dans un road-trip à la recherche d’une famille perdue et, avant tout, de quelques mots d’amour. Un voyage qu'il entreprend seul, avec son âne, sa charrette et ses maigres économies. Mais, un jeune orphelin nubien, surnommé Obama, le rejoint, rêvant peut-être d'une vie meilleure. Ailleurs.

Certes, le récit compte certaines longueurs et pourrait s’abstenir de quelques clichés. Mais, on ne reste pas insensible aux valeurs humanistes qui s’en dégagent. Sans oublier, le lien plein de tendresse qui se tisse peu à peu entre l’enfant et l’adulte, tous deux victimes d’une société peu compréhensive. A l’origine, Abu Bakr Shawky avait traité le sujet sous la forme d’un documentaire sobrement intitulé «The colony». Avec cette version longue émouvante, bouleversante et poétique, le jeune cinéaste a marqué les esprits et pourrait prétendre à un prix.

 

 

 

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles