Pokémon : dans les coulisses du jeu de cartes phénomène

Plus de 23,6 milliards de cartes Pokémon ont été commercialisées en 22 ans. [© The Pokémon Company]

La « collectionnite aigue » est sans nul doute un élément caractéristique et fondateur du succès de la franchise Pokémon.

Que ce soit d’abord en invitant les gamers à « attraper » tous les petits monstres qui peuplent ses jeux vidéo, mais aussi par le biais de son célèbre jeu de carte stratégique. Au-delà de l’univers vidéoludique, revenir à la tradition des jeux physiques a été décidé dès la création de la célèbre franchise en 1996.

En 22 ans, la société Creatures a vendu plus 23,6 milliards de cartes dans le monde. Un chiffre astronomique pour ces petits cartons de 8,8 cm de haut. Dans leurs locaux modernes avec une vue imprenable sur Tokyo, une quarantaine d’employés s’affairent à imaginer de nouvelles collections autour de ce jeu de carte à collectionner (JCC).

Un travail mené en étroite collaboration avec le studio Game Freak, créateur des célèbres jeux vidéo. « Avant de lancer les collections, nous étudions de près ce qu’ils ont créé dans leurs nouveaux jeux. Quels sont les pokémons présents, quels sont ceux qui sont importants ou nouveaux, leur éco-système également. Toutes ces informations, nous permettent alors d’établir un plan étalé sur un an pour créer nos extensions », explique Atsushi Nagashima, directeur en charge du JCC chez Creatures (photo ci-dessous).

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© Nicolas Cailleaud/CNEWS

Chaque carte est ensuite créée en suivant deux facteurs : une dimension tactique, puisqu’il s’agit d’un jeu de stratégie, ainsi qu’une dimension graphique, avec un design différent. A l’instar des célèbres cartes Magic The Gathering, lancées en 1993 aux Etats-Unis par Wizards of The Coast, le JCC Pokémon fait intervenir différents artistes pour mettre en scène chaque petits monstres. Chacun passe en moyenne six à sept jours pour en créer le dessin ou la photo apposés à la carte.

«Lorsqu’ils imaginent une carte, les concepteurs de chez Creatures ont en tête un certain type d’illustration qui l’accompagnera. Ils sélectionnent ensuite l’illustrateur dont l’expérience et la sensibilité correspondra le mieux à ce qu’ils recherchent. Nous recevons ensuite des directives, avec le nom du Pokémon, une idée de ce qu’il doit faire, etc. Nous réalisons plusieurs projets que nous soumettons. Si tout est très encadré, nous nous permettons aussi de suggérer des propositions qui sont totalement différentes de l’idée de départ. Parfois, l’idée s’avère meilleure et est retenue », confie Mitsuhiro Arita (photo ci-dessous).

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© The Pokémon Company

Cet illustrateur talentueux fut le premier à dessiner le célèbre Pikachu pour les débuts du jeu de carte en 1996. Depuis, il a couché sur le papier les visages de ces monstres de poches sur plus de 514 cartes. Pour se renouveler, cet artiste freelance avoue chercher l’inspiration là on ne l’attend pas.

Ainsi, certaines cartes font référence à certaines pochettes d’albums, comme le célèbre Nevermind de Nirvana ou encore à des affiches de films (Daredevil). Et, comme les pokémons sont souvent cachés dans la nature, c’est aussi en croquant la campagne japonaise et ses temples séculaires que l’homme puise son envie de toucher de nouvelles générations de joueurs.

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© Nicolas Cailleaud/CNEWS

Outre des illustrations classiques, d’autres cartes sont plus folles, à l’image de celle d’Imakuni. Une carte mettant en scène un personnage amusant tiré des premiers jeux Pokémon. «Il y a des cartes étranges, comme celle-ci en effet, s’amuse Atsushi Nagashima. Nous les créons, car beaucoup de gens peuvent être intéressés par les cartes Pokémon et être curieux de les voir de près. Il y a même des stars de la TV japonaise qui ont dessiné elles-mêmes des cartes. C’est à la fois intéressant et drôle de faire des choses comme cela. Il s’agit-là d’un moyen de proposer des cartes collectors que les fans peuvent s’échanger ou tout simplement d’apprécier Pokémon sous un angle différent».

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© The Pokémon Company

Parallèlement à ce travail d’illustration, le studio Creatures doit faire face au défi le plus important pour un JCC : s’assurer que ce jeu de stratégie soit équilibré et amusant à jouer. Un point très complexe qui mobilise le gros des troupes pour cette société. Ainsi, lors de la création d’une carte, celle-ci incorpore différentes informations qui indiquent ce que le Pokémon en jeu peut réaliser. (Point de vie, force, évolutions, pouvoirs…). Avant toute commercialisation, Creatures éprouve chacune de ces cartes.

Des cartes abandonnées

Certaines se révèlent parfois être de « fausses bonnes idées », comme le révèle Atsushi Nagashima : « Par exemple nous avions pensé, il y a quelques années, à créer un Pokémon géant qui ne se compléterait qu’en combinant six cartes posées ensemble sur la table de jeu. Chacune représentant une partie du corps. Toutefois nous avons abandonné cette idée, car un joueur qui n’avait qu’une partie du corps pouvait ne pas en comprendre le principe. Nous avions également pensé à une carte qui indiquait que pour réduire les points de vie de son adversaire, il fallait le pousser physiquement avec ses mains. L’idée était amusante au départ, mais nous ne l'avons finalement pas concrétisée. »

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© The Pokémon Company

Si la nouvelle carte franchit les étapes précédentes, elles devra toutefois passer sous les fourches caudines d’un service très particulier chez Creatures : le bêta-testing. Dans une pièce vitrée, dix-neuf joueurs se relaient. Chacun va enchaîner les duels durant huit heures par jour, pour expérimenter toutes les façons de jouer avec cette nouvelle carte. Celle-ci est contrôlée avec différentes combinaisons, afin de s’assurer qu’elle reste équilibrée. « Une carte nécessite environ une semaine de test afin de s’assurer de différentes combinaisons possibles», explique Satoru Inoue, responsable du contrôle qualité chez Creatures. Dans leurs archives, les joueurs-testeurs ont plusieurs milliers de cartes qui leur permettent de créer différentes parties.

« Si une carte est trop forte, il peut y avoir deux raisons : soit les créateurs de la carte l’ont voulu ainsi et il faut s’assurer qu’elle fonctionne bien, soit ce n’était pas voulu et c’est en créant des combos et combinaisons que l’on s’aperçoit que celle-ci prend le pas sur les autres jeux. Notre travail consiste à faire remonter cette information aux créateurs afin de corriger les choses», souligne Satoru Inoue. Certaines cartes ne voient donc jamais le jour. Et de poursuivre : «Parfois, les équipes qui gèrent les dessins sur les cartes nous consultent également pour connaître notre avis sur le rendu de la carte, mais il est rare que nous ayons notre mot à dire sur ce point».

Importé dans 74 pays et traduit dans 11 langues

Une recette qui fonctionne maintenant depuis plus de 22 ans, avec un jeu de carte à collectionner disponible dans 74 pays et traduit en 11 langues. Face à l’explosion du numérique et à l’incroyable succès du jeu mobile Pokémon GO, Creatures reste serein en «n’envisageant pas pour l’heure d’intégrer de la réalité augmentée ou des technologies sans contact, comme le RFID», explique-t-on. Le JCC Pokémon mise sur le côté traditionnel des jeux de cartes, avec des parties qui se jouent en face à face.

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