«Fucking Business», le polar d'anticipation glaçant de Do Raze

Une nouvelle vision sombre de l’avenir du monde. Avec son nouveau thriller «Fucking business», l’auteur Do Raze livre un roman d’anticipation aussi glaçant que réaliste, sur les arcanes d’une organisation secrète chargée d’éliminer, grâce à des tueurs «corporate», les éléments susceptibles de concurrencer certaines entreprises. 

Et quand on parle d’élimination, il ne faut pas voir là un assassinat en bonne et due forme. Pour l’agent Bleu, tueur à gage travaillant pour cette organisation depuis quelques années, nul besoin de truffer de plomb sa victime. 

Dans ce système capitaliste ou la concurrence est acharnée et la prise du pouvoir économique vitale, tout nouvel acteur qui pourrait fausser la hiérarchie, offrir un avantage concurrentiel à l’adversaire, ou remettre en cause l’oligarchie existante, doit être «socialement» éliminé sans éveiller les soupçons. Un marché qui s’éloigne et c’est le favori qu’il faudra discréditer, réduire au silence et faire sortir des écrans radars. Il sera alors effacé par ces tueurs corporate, discrédité à cause d’une faute inexcusable, privé de parole, et poussé vers une mort sociale et psychologique, comme tant de faits divers du quotidien le prouvent.

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Pour son trente-cinquième et dernier contrat, Blue, accompagné de Shadow, sa «stagiaire» en formation qui prendra sa suite, compte bien rester fidèle à ses principes : pas d’effusion de sang, une enquête minutieuse sur le client à éliminer, et la meilleure méthode à appliquer pour le réduire au silence…

Mais quand la cible est sauvagement assassinée, Blue réalise qu’il va falloir déjouer les soupçons qui commencent à peser sur lui. De chasseur, il devient alors la proie. Jusqu’ou va-t-il devoir remettre en cause les règles de son organisation ? Une nouvelle officine, plus jeune et sans foi ni loi serait-elle à l’œuvre ?

la concurrence excuse tout

On attendait le retour de l'auteur Do Raze depuis la parution de La mort des rêves, son premier roman, paru en 2011 chez Le masque, et primé au Festival de Beaune. Et sa -jeune- science du récit fait de nouveau merveille, avec ce style précis, concis, qui ne fait que renforcer cette vision très darwinienne de nos sociétés capitalistes : manger ou être manger.

Un thriller présenté comme un récit d'anticipation, et dont espère qu'il ne le soit pas trop. Mais à lire le pédigree de l'écrivaine, en charge des sujets e-réputation dans un grand groupe français, on se dit que, décidément, de la réalité à la fiction, il n'y a qu'un pas.

Loin de l'image d'un capitalisme geré en capitaine d'industrie ou en bon père de famille, le décor de «Fucking Business» relève plus du western ou de James Bond, où tous les coups sont permis, et où la réputation de ses acteurs, à la merci des réseaux sociaux, peut-être à jamais entâchée, à tort (souvent) ou à raison. Une intrigue dans l'air du temps qui devrait séduire les Millénials, désormais avertis (on n'espère pas convertis) des nouvelles pratiques de la guerre économique mondialisée.

Fucking Business, de Do Raze, HC éditions, 296 p., 19 €.

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