Alexandre Astier : «J'écris pour le public, tout le public»

Alexandre Astier ne compte pas abandonner son projet de film, mais des questions financières demeurent. [J.SAGET / AFP]

Tous les faits et gestes d'Alexandre Astier sont scrutés à la loupe, en quête d'éventuels indices annonçant enfin une date de tournage du ou des long-métrages, prenant la suite de la série Kaamelott à la télé.  

En attendant l'heureuse nouvelle, dont il ne parlera plus tant qu'il n'en est pas sûr et certain, le génial créateur sort, près de dix ans après l'arrêt de la série sur M6, la première intégrale de la saga, doté de quelques bons bonus et inédits. Et Alexandre Astier en profite pour nous éclairer sur son travail, le regard qu'il porte sur ce chapitre de sa vie, et...le futur. 

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour sortir cette intégrale ? Cela permet de «passer à autre chose» et d’envisager la fin du chapitre Kaamelott ?

C'est la fin du chapitre 'télévision' pour la saga. Comme tout ce qui a été raconté jusqu'à présent s'y trouve (les BD racontent des aventures autonomes qui n'influent pas sur la saga), cela valait le coup de tout fixer en un seul objet exact, complet, dans l'ordre, en HD (pour le Blu-Ray), afin de pouvoir avancer sur un terrain frais !

En bon perfectionniste, vous avez sans doute visionné à nouveau l’ensemble des épisodes. C’était la première fois ? Quel regard, avec le temps qui a passé, portez-vous sur Kaamelott ? 

Des fois, je regrette qu'on me connaisse, ou qu'on me découvre, selon des choses que j'ai écrites il y a quinze ans. C'est une sensation étrange, qui n'existe que dans le cadre des œuvres qui durent dans le temps. Mais c'est la loi du genre. J'écrivais Kaamelott il y a quinze ans comme j'écrivais il y a quinze ans. Je l'écris aujourd'hui comme j'écris aujourd'hui. Je fais de mon mieux dans les deux cas et j'espère que ça suffit.

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Un chapitre en particulier a-t-il votre préférence ?

Le Livre V. Quand je le regarde aujourd'hui, je me dis qu'il m'a fallu être bien honnête avec le public pour lui livrer ça. Je pense que ça se voit. Je ressens aussi une certaine fierté à avoir tout déconstruit et tout écrit selon mon humeur. Beaucoup auraient préservé genre, métrage et style pour conserver et épargner le bébé. Je suis content que Kaamelott ne soit pas un style. C'est un vecteur pour l'expression de son papa, ce que toutes les œuvres devraient être, finalement, sans privilégier ce qu'elles sont censées rapporter.

Je suis content que Kaamelott ne soit pas un styleAlexandre Astier

Le succès venant au fil des saisons, Kaamelott est-il aussi devenu un moyen pour vous de travailler, ou collaborer, avec des artistes dont vous vous sentez proches, ou des acteurs que vous appéciez ?

Les acteurs que j'aime sont là depuis le début. Cette cohésion a fait connaître auprès d'autres acteurs, dont certains connus, une façon d'écrire sur mesure qui leur a fait envie. J'ai eu la chance de séduire de grands acteurs, des acteurs qui ont eu envie de prendre une place dans la saga. Il n'y a jamais eu de 'guests', de 'caméos' pour moi. Il y a eu des acteurs et ils sont tous indispensables et irremplaçables.

La communauté de fans, toujours active, a évolué comme vous, mais la base reste très solide. Est-ce une source de motivation pour se remettre à l’ouvrage, ou êtes-vous, imperméable à ce qui se fait et dit à l’extérieur ?

Je suis imperméable a ce que disent et pensent les fans parce que c'est la meilleure chose que je puisse faire pour eux. Je n'écris pas ce qu'ils attendent, j'écris ce que je dois écrire. De plus, je n'écris pas pour eux, j'écris pour le public, tout le public. Si je ne veux pas prendre le risque de décevoir, je ne dois pas faire ce métier. Quand à ceux qui s'impatientent, ils sont mignons tout plein. Une seule journée dans le monde de la production cinématographique leur ferait comprendre à quel point leur attente n'est pas dûe au fait que je ne m'en occupe pas. Des fois, sur les réseaux, je lis un «On s'en fout de ton Astérix et de tes spectacles ! Fais le film !» Ou encore mieux : «Fais le film au lieu de faire des dédicaces !» Il y a bien des fois où j'ai envie d'envoyer paître…J'ai donc décidé d'annoncer que le film se fera quand je serai sûr qu'il se fait.

Auriez-vous pu imaginer un tel succès, notamment dans la reprise des «punchlines» des personnages, les détournements du web, les sites très actifs de fans…?

Je ne suis pas responsable de tout ça. Il y a un monde qui s'est formé autour de Kaamelott, parce que ça a inspiré des gens de le faire. Mais Kaamelott a un ADN : le théâtre, les acteurs, l'écriture… Je me concentre là-dessus. Et, de temps en temps, je fais une dédicace. Je ne refuse jamais une photo ou un autographe… Mais je ne me sens pas vraiment visé. Ma seule valeur, si maigre soit-elle, c'est de fabriquer et de concevoir. Le reste, c'est périphérique.

Coffret intégral Kaamelott, 13 Blu-ray (99,99€) ou 21 DVD (89,99€), 416 épisodes + bonus.

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