Faustine Bollaert : « Je suis très fière d’animer Ça commence aujourd’hui »

Faustine Bollaert anime «Ça commence aujourd’hui» depuis la fin août 2017 sur France 2.[ © Gilles Gustine]

A la tête de l’émission de témoignages Ça commence aujourd’hui depuis fin août 2017, Faustine Bollaert a réussi le pari de redresser la case des débuts d’après-midi de France 2 et enchaîne les records d’audience. Une embellie qu’elle compte poursuivre à force de travail.

C’est aujourd’hui la 100e de la saison. Quel sera le thème de l’émission ?

On va faire une émission spéciale dans laquelle on va prendre des nouvelles de nos invités. C’est quelque chose que nous faisons régulièrement, pour faire un point. On reprend les histoires qui ont le plus bouleversé les téléspectateurs. On va expliquer ce qui s’est passé pour nos invités suite à leur passage sur le plateau, donner de leurs nouvelles – les bébés, les mariages, les réconciliations, etc. – c’est extrêmement touchant et motivant pour moi, et je sors de là toujours avec la chair de poule et les larmes aux yeux car je me dis qu’on fait une belle émission, qu’elle est utile si on parvient à réconcilier des familles.

On a fait des émissions sur la schizophrénie, sur les enfants atteints de du syndrome de Gilles de la Tourette – une maladie très mal vue dans les médias – et elles ont fait avancer les mentalités. On a eu des familles qui nous ont appelé après pour nous dire que cela avait changé les choses pour leur enfant. Et c’est là qu’on se rend compte de l’impact de la télévision et sur la vie de nos invités. Je n’ai pas l’impression de faire une émission de télévision, mais de prendre des nouvelles d’une grande famille. Je veux qu’il y ait de la douceur sur ce plateau, et c’est ce qu’on retrouve dans ce genre d’émission. Donc on va fêter ça en se faisant du bien.

Comment expliquez-vous le succès grandissant de l’émission ?

Nous sommes des marathoniens. Quand on est arrivé, on m’a dit qu’il faudrait deux ou trois ans avant de remonter cette case horaire qui avait souffert avec une émission (Milles et une vies, ndlr) qui n’avait pas réussi à trouver son public. Moi, je pars du principe que, chaque jour, sur une émission de flux de l’après-midi, nous avons à faire à un public d’habitué, on doit aller les chercher uns par un. Je suis heureuse car nous avons pratiquement doublé l’audience de cette case horaire en un an et demi à peine. Donc je me dis que, maintenant, on y est, et qu’il faut continuer à convaincre un peu plus chaque jour en s’adaptant.

Désormais nous proposons des directs qui nous permettent de coller un peu plus à l’actualité, et qui donne moins l’impression de regarder une émission intemporelle qui pourrait être diffusée n‘importe quand. On essaie également de travailler les sujets en fonction des attentes du public. C’est un travail d’orfèvre pour essayer d’améliorer l’ensemble chaque jour, et je suis persuadée qu’il y a encore beaucoup de potentiel. Pendant longtemps, les gens se sont demandés si ce type d’émission de témoignages était mort. Moi je pense que non seulement il n’est pas mort, mais que la vérité, l’authenticité et les messages positifs que nous renvoyons sont plus que jamais dans l’air du temps. Je suis très fière de faire cette émission, très enthousiaste, et ça se sent je crois.

Comment ce programme a-t-il évolué depuis son lancement et que cherchez-vous aujourd’hui à transmettre aux téléspectateurs qui vous regardent ?

Déjà, moi, j’ai évolué et on peut dire qu’aujourd’hui je suis totalement moi. Au départ, je trouvais que le concept de l’émission reposait évidemment autour des témoins, mais j’ai compris avec le temps qu’en fait, il s’agit plus d’une rencontre entre ces témoins et un animateur. Et que l’animateur, avec ses émotions, son vécu, son histoire, doit aussi prendre sa place car il représente tous ceux qui regarde l’émission. Et du coup, j’ai réussi à laisser aller mes émotions. J’ai réussi à être qui j’étais – parfois je suis familière, parfois je rigole, je dédramatise, mais il m’arrive aussi de pleurer et quoi qu’il arrive je suis d’être totalement dans l’empathie – et ça, cette vérité-là, je pense que cela a permis cette rencontre entre les témoignages et les histoires intrigantes sur lesquelles travaillent toute une équipe de cinquante personnes.

Tout cela s’est mis en place naturellement, et les gens téléspectateurs ont fini par sentir que cette émission proposait une heure de sincérité et de vérité. Après, il y a des valeurs auxquelles nous sommes très attachées. Je tiens à ce que cette émission soit bienveillante, douce, positive. En fait, même quand on aborde les sujets les plus sombres, comme l’euthanasie ou les suicides, on essaie de le faire malgré tout avec de l’espoir, avec du réconfort, quelque chose qui est toujours tourné vers le positif. Je souhaite qu’on ne sorte jamais plomber de cette émission. Oui, parfois on peut se dire que c’est dur, mais qu’on peut s’en sortir, et qu’il y a des solutions.

Votre parcours est très diversifié. Quand vous vous êtes lancé dans cette émission de témoignages, aviez-vous confiance dans votre capacité à réussir à vous imposer auprès du public ?

Cela fait vingt ans que j’ai cet objectif. La volonté d’animer une émission de témoignages me coule dans les veines depuis toujours. C’est la vie qui m’a emmené à faire autre chose. Mais j’ai présenté pendant six ans une émission en direct sur Europe 1, tous les jours à la même heure, qui s’appelait « C’était ça le bonheur », et qui était aussi une émission de témoignages. Et c’est le moment de ma carrière, avec aujourd’hui, où j’ai été la plus épanouie. Donc c’est plus la vie qui m’a dirigé vers le divertissement – j’ai fait des gâteaux, des faits divers, des jeux – je me suis construite en tant qu’animatrice, en apprenant les bases, la technique, car on a tendance à oublier que c’est un métier.

J’ai aussi appris à être en cohérence avec moi-même, et je pense que l’âge que j’ai est le bon pour présenter ce genre d’émission. Je ne pense pas qu’il soit possible de le faire à n’importe quel moment car cela exige un certain vécu. Pas trop non plus, car il faut aussi une certaine fraîcheur par rapport aux histoires que j’évoquais tout à l’heure. Mais je ne pense pas que j’aurais été capable d’animer cette émission à 30 ans. Et là, c’était le bon moment dans ma vie. J’ai l’impression que toutes mes expériences ont été comme un entonnoir, et que tout cela m’a mené tranquillement vers l’objectif que j’avais quand j’ai eu mon Bac. Donc ce n’est vraiment pas un hasard. Quand on m’a proposé de venir sur France 2, la question ne s’est pas posée. On vous propose de réaliser le rêve de votre vie, même si on se plante, on s’en fout, il faut y aller, il faut le vivre. Et c’était tendu parce que tout le monde me disait : ‘Non mais tu te rends compte, le témoignage, c’est peut-être mort. Puis 14h, sur France 2, ça ne marche plus’. Moi j’y ai cru. Et j’ai une petite voix qui m’a dit qu’il fallait y aller. Et là, je suis contente parce que je pense qu’on est parti pour longtemps. Du moins, je l’espère (sourire).

Sophie Davant a récemment souligné (Télé Loisirs, 31 décembre) que son émission « Toute une histoire » réalisait de meilleures audiences sur la même tranche horaire à l’époque, et cela rendait sa déprogrammation d’autant plus difficile à vivre. Comment avez-vous pris cette remarque ?

Sophie Davant a écrit un livre dans lequel elle a expliqué à quel point elle avait mal vécu l’arrêt de Toute une histoire, et je peux très bien le comprendre, car quand je vois l’implication humaine et affective que cela exige, je comprends qu’on puisse le vivre comme une vraie déception, une trahison. Il y a eu beaucoup d’histoires derrière ça, elle en a souffert. Après, moi, je n’ai pas succédé à Sophie Davant, mais à Frédéric Lopez. Je n’ai rien à voir avec la fin de cette émission.

Elle ne s’en prend pas à vous, mais elle pointe que les audiences réalisées par l’émission de Frédéric Lopez à l’époque, et la vôtre aujourd’hui, sont moindres que ce qu’elle faisait avec Toute une histoire, et qu’elle ne comprend pas que France 2 ait décidé de l’écarter de cette case horaire…

Ce n’est pas la première fois qu’un animateur subit cette incompréhension de l’arrêt d’une émission alors que les audiences sont là. Et moi il m’a fallu repartir de très bas et du temps pour impulser de nouvelles progressions pour atteindre les scores que nous faisons aujourd’hui, nous rassemblons à présent régulièrement un million de téléspectateurs. Et Sophie peut également se réjouir aujourd’hui du succès d’Affaire conclue. Comme quoi la vie réserve aussi de belles surprises et c’est ce que je retiens !  Il faut aller de l’avant et nous réjouir de nos bons scores.  

Avez-vous d’autres projets à venir sur France Télévisions ?

Oui, je suis contente car la nourriture ne me lâche pas (rires). J’ai eu la chance de présenter une émission de pâtisserie, et quand je suis arrivée sur France 2, on m’a proposé une émission qui s’appelle A table ! manger sain, dépensez moins que j’ai animé avec Yves Camborde. Et il s’avère que la programmation avait été un peu compliquée parce que nous nous sommes retrouvés en face du documentaire du TF1 sur la victoire de l’équipe de France de football lors de la Coupe du monde. Et malgré tout, on a réussi à faire 2 millions de téléspectateurs. Il y a eu des retours formidables sur la qualité du programme. Et cela a donné l’idée à France 2 d’en faire une série d’émissions.

Pour le moment, seuls deux numéros sont prévus ?

Oui, pour le moment deux nouveaux numéros. Et si tout va bien, France 2 a l’ambition de l’installer comme une marque récurrente. On va dans des familles qui ont de mauvaises habitudes alimentaires, on va les aider à se réconcilier avec la cuisine et à décrypter ce qu’il y a dans notre assiette. Je peux vous dire que quand vous regarderez l’émission, vous n’allez plus manger de la même façon. C’est un programme joyeux, souriant, extrêmement éducatif et vraiment dans la mission du service public. Elle est réalisée en partenariat avec le ministère de la santé. Tout cela est formidablement bien cadré, et plein de bonne humeur, donc je suis très fière de cette émission qui va arriver.

 

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