Game of Thrones : stratégie, cohérence... la bataille de Winterfell vue par un historien (SPOILERS)

Daenerys et Jorah Mormont ont fait partie des nombreux personnages à avoir pris part à la bataille de Winterfell, face à l'armée des morts. Daenerys et Jorah Mormont ont fait partie des nombreux personnages à avoir pris part à la bataille de Winterfell, face à l'armée des morts. [Game of Thrones / HBO / OCS]

Tous les fans de Game of Thrones l'attendaient telle une victoire en Ligue des champions pour un supporter du PSG. Opposant les héros de la série à l'armée des morts du Roi de la Nuit, la bataille de Winterfell, dans l'épisode 3 de l'ultime saison, a tenu ses promesses en termes de spectacle.

Mais beaucoup moins sur le plan tactique et historique, selon Cédric Delaunay, professeur agrégé d'histoire et auteur du livre Game of Thrones : de l'histoire à la série (Nouveau Monde éditions).

Une stratégie déficiente

Daenerys, Jon, Tyrion et consorts n'ont visiblement jamais lu L'art de la guerre de Sun Tzu, général chinois du VIe siècle avant J.-C. Nos héros ont en effet adopté une stratégie plus que douteuse pour défendre Winterfell face à l'armée des morts du Roi de la Nuit. Déjà en plaçant la majorité de leurs soldats en dehors de l'enceinte du château. «Ils étaient de toute façon trop nombreux pour être tous à l'intérieur», note Cédric Delaunay. Mais «il y en avait objectivement trop à l'extérieur, car on a ensuite vu qu'il manquait des hommes sur les remparts», poursuit l'historien, qui fait référence à la suite de l'épisode, où les Marcheurs blancs escaladent les murs du château et y entrent quasiment comme dans du beurre.

Et que dire de l'attaque des cavaliers Dothrakis, sans aucune préparation et à l'aveuglette ? «Ça a donné de super images, mais ils semblaient aller au casse-pipe», s'amuse Cédric Delaunay. Ce qui s'est confirmé très rapidement car, au bout de quelques secondes de combat, la cavalerie s'est retrouvée quasiment entièrement décimée.

Une cohérence historique à revoir...

Les showrunners de Game of Thrones se sont visiblement fait plaisir dans cet épisode, au détriment de la vraisemblance historique. En effet, même si l'attaque des Dothrakis rappelle, selon Cédric Delaunay, les charges imprudentes de la cavalerie française pendant la Guerre de Cent Ans (1337-1453), ces dernières s'expliquaient par le sentiment de supériorité de l'armée du royaume de France. «Alors que, dans Game of Thrones, l'ennemi en face était a priori largement supérieur», s'étonne le professeur agrégé d'histoire à Tours.

Le positionnement des troupes laisse également interrogatif. «Au Moyen Age, la cavalerie était positionnée sur les côtés, et avait pour but de déborder l'armée adverse et de l'encercler, pas d'aller au-devant des combats», explique l'historien spécialiste de Game of Thrones. Des catapultes placées devant les fantassins ? Erreur historique aussi, car «elles étaient généralement installées derrière, afin d'être protégées par l'infanterie».

... Mais un parallèle réussi à noter

Heureusement, tout n'est pas à jeter dans cette bataille du point de vue historique. En particulier le moment où les morts-vivants sont bloqués derrière une ceinture de flammes encerclant le château de Winterfell. Le Roi de la Nuit ordonne alors à un certain nombre de Marcheurs blancs de se jeter dans la tranchée enflammée afin de créer un pont pour les suivants.

«Lorsqu'une ville construisait des fossés pour se protéger, Gengis Khan (fondateur de l'Empire mongol au XIIIe siècle, ndlr) entassait des esclaves, des morts de son propre camp, ou encore des prisonniers, pour pouvoir passer dessus et faire un pont», raconte Cédric Delaunay. Une technique également utilisée par Tamerlan, un conquérant turco-mongol du XIVe siècle, ajoute l'historien.

Une bataille qui ne ressemble à aucune autre dans l'histoire

On peut ainsi dire que la bataille de Winterfell n'est pas inspirée de faits réels. Un changement notable par rapport à d'autres affrontements qui ont marqué les précédentes saisons de Game of Thrones.

En effet, Cédric Delaunay rappelle que la Bataille de la Néra, dans l'épisode 9 de la saison 2, opposant les forces de Stannis Baratheon à celles de Joffrey Baratheon, est similaire à la bataille des Byzantins contre les Arabes du Califat omeyyade en 717, lors du siège de Constantinople. En effet, l'armée de Joffrey l'emporte alors, grâce à l'idée de Tyrion Lannister d'utiliser du feu grégeois contre la flotte de Stannis. La même arme avait été utilisée par l'armée byzantine pour détruire les bateaux arabes en 717.

Quant à la Bataille des Bâtards, dans l'épisode 9 de la saison 6, qui oppose les forces de Jon Snow à celles de Ramsay Bolton, «c'est la reproduction, sauf pour la fin, de la bataille de Cannes entre l'armée de Carthage, menée par Hannibal, et les Romains, en 216 avant J.-C.», explique Cédric Delaunay. Ramsay utilise la même technique d'encerclement qu'Hannibal pour anéantir ses ennemis.

Sauf que, contrairement à Hannibal, qui a remporté la bataille face à Rome, le bâtard de Roose Bolton est finalement battu, en raison de l'arrivée in extremis des cavaliers du Val d'Arryn, commandée par Sansa Stark et Littlefinger, qui sauvent les hommes de Jon Snow.

Retrouvez la saison 8 de Game Of Thrones tous les lundis en simultané avec les US dès 3h du matin sur OCS City, et sur myCANAL.fr.

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