Capharnaüm : l’enfer des démunis dans les bas-fonds de Beyrouth sur Canal+

Le récit d'enfances livrées à elles-mêmes et condamnées à une vie sordide. Le récit d'enfances livrées à elles-mêmes et condamnées à une vie sordide. [2018 Capharnaüm / Mooz Films]

Prix du jury au Festival de Cannes en 2018, «Capharnaüm» de Nadine Labaki est un drame terriblement poignant sur l’enfance maltraitée et les exclus condamnés à une (sur)vie inhumaine.

«Je veux attaquer mes parents en justice pour m’avoir mis au monde» explique au juge un jeune garçon de 12 ans, Zain, au début de «Capharnaüm», à voir mardi 8 octobre à 21h sur Canal+. Le film dévoile ensuite sa vie par flash-backs.

Zain habite avec ses nombreux frères et sœurs dans un appartement insalubre de Beyrouth. Ses parents refusent de le scolariser et le contraignent à faire des petits boulots : des livraisons pour un épicier louche, du trafic de tramadol (un antidouleur qu’il parvient à se procurer dans les pharmacies et que sa mère revend à des prisonniers)...

Sa vie miséreuse prend un tournant encore plus dramatique au départ de sa sœur adorée qui, âgée de seulement 11 ans, est vendue par ses parents à l’épicier qui veut l’épouser. Opposé farouchement à cette union, Zain quitte sa famille et entame une errance solitaire dans les bas-fonds de Beyrouth jusqu’à sa rencontre avec une jeune Erythréenne qui, faute d'avoir des papiers, vit en marge de la société libanaise avec son bébé…

Réalisatrice de «Caramel» et d’«Et maintenant où ?», Nadine Labaki signe un chef d’œuvre d’une force époustouflante. Impossible de ne pas être frappé en plein cœur par la misère de ses personnages, ces invisibles sur lesquels elle a tenu à mettre la lumière.

«Au départ de «Capharnaüm», il y a eu tous ces thèmes : les immigrés clandestins, l’enfance maltraitée, les travailleurs immigrés, la notion de frontières, leur absurdité, la nécessité d’avoir un papier pour prouver notre existence, laquelle serait invalide le cas échéant, le racisme, la peur de l’autre, l’impassibilité de la convention des droits des enfants…», explique la réalisatrice.

Très affectée par de drame d’Aylan Kurdi, ce petit réfugié syrien retrouvé mort sur une plage de Turquie en 2015 à l’âge de trois ans, elle a choisi de centrer particulièrement son film sur l’enfance maltraitée, se demandant «ce qu’il pourrait dire s’il pouvait parler maintenant. Comment s’adresserait-il à nous, les adultes qui avons failli à le protéger ? Que dirait-il à ceux qui ont créé le chaos qui l’a mené à la mort sur cette plage ? Que dirait-il à nous tous qui l'avons traîné comme une marionnette dans nos sales guerres et nos stupides conflits, nos gouvernements défaillants et nos systèmes corrompus? Je suis sûre que quand il montait à bord de son petit canot pneumatique, il avait de grands espoirs, il avait de grands rêves ! Il espérait seulement trouver un nouveau foyer, se faire de nouveaux amis, redevenir un enfant».

Son film «Capharnaüm» est d’une absolue maîtrise, et servi par les interprétations intenses d'un casting d'acteurs pourtant non-professionnels. L’interprète de Zain est un réfugié syrien, et la jeune femme qui incarne la mère érythréenne est elle-même une immigrée sans papier qui a d’ailleurs été arrêtée puis relâchée au cours du tournage.

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