Allemagne: l'Ouest exsangue jalouse l'Est florissant

Mairie décrépie, rues défoncées, artère commerçante ponctuée de magasins condamnés. Cela se passe à Witten, dans l'Ouest de l'Allemagne, où la misère de certaines communes les conduit à faire de l'ex-RDA, toujours fortement subventionnée vingt ans après la réunification du pays, un bouc émissaire de leur crise.[AFP]

Mairie décrépie, rues défoncées, artère commerçante ponctuée de magasins condamnés. Cela se passe à Witten, dans l'Ouest de l'Allemagne, où la misère de certaines communes les conduit à faire de l'ex-RDA, toujours fortement subventionnée vingt ans après la réunification du pays, un bouc émissaire de leur crise.

Celle-ci n'est pas nouvelle: dans beaucoup de villes de Rhénanie du nord-Westphalie, elle est une conséquence directe de la désindustrialisation d'une région qui a longtemps été un haut lieu de l'exploitation minière et de la sidérurgie.

A Witten (100.000 habitants), l'aciérie locale emploie 1.750 personnes, contre 7.500 il y a 40 ans, explique le directeur financier Matthias Kleinschmidt. Et "depuis 1992 nous sommes tous les ans en déficit", à l'exception d'une année.

Le taux de chômage élevé (8,9% contre 7,4% en Allemagne) et ses corollaires, notamment de graves problèmes sociaux, pèsent directement sur les finances de la commune, en charge de l'aide sociale et à l'enfance.

La fédération des communes Städtetag estime qu'environ 10% des municipalités allemandes sont dans une situation financière critique, même si leur situation d'ensemble s'est améliorée ces deux dernières années à la faveur d'une croissance économique soutenue.

A Witten, cela se traduit par des coupes à tous les niveaux: la ville a fermé une piscine, l'entretien des espaces verts pâtit et "les services se sont dégradés", dit M. Kleinschmidt.

A l'autre bout de l'Allemagne, près de la frontière tchèque, son confrère Sven Krüger, en charge des finances de la ville saxonne de Freiberg, n'a pas ces problèmes.

Depuis 2007, et grâce à l'implantation quelques années plus tôt dans la bourgade d'environ 40.000 habitants d'un gros acteur de l'énergie solaire, les caisses sont pleines.

Freiberg a rénové son château du Moyen-Âge et affiche un centre-ville coquet. La ville a aussi investi en masse dans des crèches municipales.

Les maires des villes de l'Ouest en difficulté louchent avec envie vers les communes comme Freiberg. Et, sur fond de campagne électorale en Rhénanie du nord-Westphalie, montrent du doigt le subventionnement de l'Est par l'Ouest qui a toujours cours plus de deux décennies après la Réunification.

Frank Baranowski, maire de Gelsenkirchen, dénonce "une distribution d'après les points cardinaux (qui n'est) plus de notre temps". D'autres villes comme Dortmund ou Duisbourg ont rejoint le concert de critiques, en termes pas toujours amènes.

Witten peut chiffrer très exactement le coût pour la ville du "pacte de solidarité", du nom du contrat qui règle les transferts Ouest-Est: 3 millions par an, soit 60 millions d'euros depuis 1991.

Mais selon M. Kleinschmidt la discussion sur ces chiffres "ne mène à rien". Et ce d'autant moins que le pacte en vigueur court jusqu'à 2019 et qu'une fin anticipée n'est pas à l'ordre du jour.

"Le gouvernement ne remet aucunement en question" ce pacte, a asséné cette semaine le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Christoph Bergner.

A Freiberg, qui n'a plus besoin des fonds du "pacte de solidarité" depuis cinq ans, M. Krüger rejette lui aussi la critique. "L'Ouest aussi a eu un soutien financier des Américains pour se reconstruire (après la Seconde Guerre mondiale, ndlr)", rappelle-t-il, "ils ont eu 40 ans pour tout reconstruire, et nous on ne devrait avoir que 20 ans?".

"La chance" a joué un rôle crucial dans la situation de Freiberg, insiste-t-il aussi. Les villes de l'Est dans ce cas sont "une exception", fait valoir la fédération des communes de Saxe.

L'Est a toujours un taux de chômage environ deux fois plus élevé que l'Ouest, et, à part certaines poches qui ont su réinventer un tissu industriel dynamique, souffre de gros problèmes structurels.

Même à Freiberg, "nous avons beaucoup de travail devant nous", explique M. Krüger, évoquant par exemple des routes "qui ne méritent même pas ce nom".

Mais comme le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble, qui juge qu'il faudra trouver "d'autres règles", il estime qu'envisager d'autres clés de répartition après-2019 est censé. "On aura eu 30 ans, c'est okay".

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