2012, année de la modération salariale?

Des entreprises comme Renault, Dassault, Alcatel ou le Crédit mutuel ont été récemment confrontées à des mobilisations de salariés déçus par les négociations salariales, encore marquées en 2012 par la modération et l'importance des augmentations individuelles.[AFP]

Des entreprises comme Renault, Dassault, Alcatel ou le Crédit mutuel ont été récemment confrontées à des mobilisations de salariés déçus par les négociations salariales, encore marquées en 2012 par la modération et l'importance des augmentations individuelles.

"La prévision d'augmentation médiane (hausses générales et individuelles) était de 3% en septembre mais elle a été revue à la baisse", explique Denis Falcimagne, directeur de projet chez Entreprise et personnel (association de DRH).

"On est plutôt sur un taux médian de 2,8%, soit pratiquement le même qu'en 2011 et un peu plus qu'en 2010", ajoute le spécialiste en rémunérations.

Un chiffre confirmé par Vincent Cornet, du cabinet Aon Hewitt, qui ne voit pas finir la modération salariale observée depuis quatre ans: "On ne voit pas de déclencheur qui modifierait cette politique, même s'il y a la grande incertitude de l'évolution de l'inflation".

En 2011, l'inflation en France est repartie à la hausse (2,1%) après 1,5% en 2010 et 0,1% en 2009, sans toutefois retrouver son niveau de 2008 (2,8%).

"Les taux d'augmentation générale (appliqués à tous) sont assez corrélés avec les niveaux d'inflation et tournent autour de 2% (en valeur médiane)", ce qui a tendance à limiter les conflits, note Vincent Cornet.

Sous ce seuil, les négociations annuelles obligatoires (NAO) ont parfois donné lieu à des actions, même si l'année 2012 n'est pas marquée par une grande conflictualité à ce sujet.

Chez Dassault, malgré plusieurs mobilisations, la direction n'est pas allée au-delà de 1,3%, complété par 1,5% pour les augmentations individuelles, et 2,8% pour les cadres, qui n'ont que de l'individuel.

"Le problème est le manque d'équité entre les très hauts dirigeants et le reste des salariés à qui l'on demande encore de faire des efforts", estime Jean-François Foucard, délégué CFE-CGC chez Dassault Systems.

Chez Eurodisney, plusieurs syndicats menacent de faire grève fin mars: la hausse générale proposée est de 1,5%, assortie de diverses revalorisations (primes, pass Navigo, mutuelle, tickets repas).

Dans le secteur bancaire, le Crédit mutuel-CIC et HSBC ont connu des grèves mais le Crédit mutuel a maintenu la hausse générale à 1,7% et HSBC a rappelé que l'intéressement et la participation étaient basés sur les résultats en France, mauvais cette année.

Chez Renault, l'exigence d'équité, dans un contexte de bons résultats financiers et de forte hausse des 10 salaires les plus élevés, est omniprésente sur les sites de production mais aussi d'ingéniérie. Le 21 mars, plus d'un millier de salariés manifestaient devant le siège du groupe qui a prévu une hausse générale de 2,3% pour les ouvriers. Pour les employés, techniciens et agents de maîtrise (Etam), elle sera de 1,3% en avril, puis 0,7% en octobre. La moitié des Etam aura aussi une augmentation individuelle.

Renault met en avant l'intéressement qui viendra en complément et une possible prime à négocier d'ici l'été.

"Après la grande individualisation des rémunérations des dernières années, il y a une demande pour un retour à des augmentations générales que les employeurs concèdent difficilement", note Gabriel Artero, président de la CFE-CGC métallurgie.

D'ailleurs, selon les spécialistes des rémunérations, la tendance à l'individualisation se confirme, avec des budgets en hausse autour de 2,3% cette année.

"Il est erroné de dire qu'il y a un retour du collectif au détriment de l'individuel", avance Denis Falcimagne, qui note même une plus grande sélectivité pour les hausses individuelles.

Autre tendance: la rémunération variable (primes en fonction de résultats individuels ou collectifs) "continue à se développer, notamment chez les cadres, et devient de plus en plus significative".

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