Le secteur de la messagerie plombé par une guerre des prix féroce

La crise économique sans précédent, conjuguée à l'inflation du prix des carburants, a eu raison de sociétés de messagerie françaises qui étaient déjà fragilisées par la féroce guerre des prix dans ce secteur hautement concurrentiel, ont estimé des experts du secteur.[AFP/Archives]

La crise économique sans précédent, conjuguée à l'inflation du prix des carburants, a eu raison de sociétés de messagerie françaises qui étaient déjà fragilisées par la féroce guerre des prix dans ce secteur hautement concurrentiel, ont estimé des experts du secteur.

"Le marché des transports est toujours concurrentiel car il ne peut fonctionner que s'il est en surcapacité d'offre, mais il faut savoir optimiser le taux de remplissage", a expliqué à l'AFP un professionnel sous couvert d'anonymat.

"Dans la messagerie, la concurrence est très forte car il faut une capacité importante, et les marges sont très faibles", a-t-il relevé. "Les sociétés de messagerie ont développé une politique de prix qui était incompatible avec leur rentabilité".

Dernière victime en date: la société Sernam, placée en redressement judiciaire en janvier, dont le sort devrait être fixé mardi devant le Tribunal de commerce de Nanterre. Ancienne filiale de la SNCF privatisée en 2005, Sernam n'intéresse --et encore du bout des doigts-- que Geodis, filiale de l'exploitant ferroviaire.

"Sernam est sous perfusion depuis des années. La société n'a quasiment jamais été rentable depuis sa création" en 1970, a relevé le professionnel.

Elle "a mené une politique de prix très agressive pour conserver ou développer des parts de marchés, et il y a eu des investissements pas très opportuns", a renchéri un responsable syndical.

Mais Sernam n'est pas un cas isolé.

Le groupe de transport et de logistique Mory a été placé partiellement en redressement judiciaire l'an dernier, et son activité de messagerie reprise par la société d'investissements Caravelle, déjà propriétaire de Ducros Express (ex-DHL France).

" Effet de cisaille" -

"Le secteur de la messagerie souffre économiquement depuis de nombreuses années et, malgré les regroupements, il a du mal à trouver un équilibre financier", a estimé Patrick Bouchez, président délégué général de la Fédération des entreprises de transport et logistique de France (TLF). "Les réseaux nationaux nécessaires sont lourds et les prix du transport de marchandises sont extrêmement bas du fait de la concurrence".

Selon lui, la baisse de la production industrielle dans le sillage de la crise économique internationale qui a pris racine en 2008 a accentué les difficultés d'un secteur dont les coûts de structure sont élevés, et qui ont eux-mêmes été amplifiés par l'envolée des cours du pétrole.

Cet "effet de cisaille" a porté un coup fatal à des entreprises déjà fragilisées, qui n'ont pas vu arriver les volumes d'affaires "déjà optimistes" qu'elles escomptaient.

Selon ces experts, la consolidation devrait se poursuivre dans les prochaines années en particulier avec le regroupement ou l'absorption d'acteurs régionaux pour constituer des entités nationales disposant d'un maillage suffisamment conséquent.

Le rachat par le groupe américain UPS de son rival néerlandais TNT Express, annoncé mi-mars, devrait également participer à "l'assainissement" de cette activité, qui a déjà connu plusieurs phases de consolidation.

Il y a plus de dix ans, les sociétés ferroviaires (SNCF, SNCB-chemins de fer belges) ou postales (allemande, néerlandaise) ont racheté des filiales de services publics et constitué des réseaux nationaux. Ceux-ci ont ensuite été cédés à des sociétés d'investissement comme Caravelle ou Butler Capital (qui a repris Sernam en 2005), a expliqué le professionnel.

Geodis, numéro un de la logistique en France et troisième en Europe, a également grossi par acquisitions au fil des ans. Sa filiale de messagerie Geodis Calberson gère désormais 36 millions d'envois par an, et emploie 12.000 personnes.

Le secteur de la messagerie génère environ 15% du chiffre d'affaires du transport routier français (51 milliards d'euros), et emploie environ 55.000 personnes (400.000 pour le transport routier).

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