Allemagne : guerre entre économistes sur le sauvetage de l'euro

Le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung qui a publié un manifeste d'économistes contre le projet d'union bancaire[AFP/Archives]

Le sauvetage de l'euro et en particulier le projet d'une union bancaire suscitaient vendredi une querelle entre économistes en Allemagne, via des manifestes et contre-manifestes publiés dans la presse.

L'affaire a débuté jeudi avec la publication sur l'internet par le quotidien de centre droit "Frankfurter Allgemeine Zeitung" (FAZ) d'une lettre adressée à "nos chers concitoyens" par 160 économistes, en tête desquels Hans-Werner Sinn, patron du prestigieux institut Ifo et coutumier des sorties fracassantes sur les dangers des plans de sauvetage en zone euro.

Leur "grande préoccupation" porte en particulier sur le projet d'union bancaire lancé lors du dernier sommet européen, qu'ils craignent de voir déboucher sur "une garantie commune pour les créances des banques de la zone euro", profitant aux grandes places financières mondiales au détriment du contribuable allemand.

"Les banques doivent pouvoir faire faillite", estiment ces économistes.

"C'est révoltant. Cela ne correspond pas à la responsabilité du milieu scientifique", s'est emporté vendredi le ministre allemand des Finances et européen convaincu Wolfgang Schäuble, dans une interview à la radio berlinoise RBB Inforadio, estimant que ces universitaires avaient outrepassé leur rôle.

Il a appelé à "ne pas sur-estimer ce chiffre (de 160)", ajoutant: "Il y a tellement d'universitaires de nos jours".

La polémique grondait également dans le monde de la science économique allemande, aussi bien dans le camp des économistes conservateurs que dans celui des universitaires plus proches des idées sociales-démocrates.

Sept d'entre eux, dont le médiatique Peter Bofinger, étiqueté centre gauche et membre du cercle des "Cinq Sages" conseillant le gouvernement allemand en matière économique, signent ainsi un "contre-manifeste" dans le quotidien Handelsblatt paru vendredi.

Dans le climat de crise actuel, "ce n'est pas le rôle des économistes d'attiser encore les inquiétudes de l'opinion publique par des affirmations péremptoires et des arguments douteux, le tout dans un langage pétri de clichés nationalistes", jugent-ils.

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