Espagne : le plan de rigueur devrait aggraver la récession

Le chef du gouvernement espagol Mariano Rajoy s'exprime devant le Parlement à Madrid, le 11 juillet 2012[AFP]

Le sévère plan de rigueur de 65 milliards d'euros annoncé par le gouvernement de droite espagnol devrait aider à réduire le déficit public du pays, comme l'exige l'Union européenne, mais va aggraver la récession, selon des analystes.

Le chef du gouvernement Mariano Rajoy a annoncé mercredi un nouveau tour de vis pour réduire le déficit, de 8,9% en 2011, après avoir obtenu de l'Union européenne un assouplissement de cet objectif à 6,3% en 2012 contre 5,3% précédemment.

Parmi les mesures les plus critiquées, figurent l'augmentation de la TVA, comme l'exigeait l'UE, de 18% à 21% et la TVA réduite concernant notamment les produits courants, la restauration et le tourisme de 8% à 10%.

Ou bien la réduction des prestations chômage et la suppression de la prime de Noël, cette année, pour les fonctionnaires.

Le gouvernement s'attaque "aux secteurs les plus fragiles" du pays, regrette l'économiste Josep Oliver Alonso, dans une tribune du journal économique Cinco Dias. Selon lui, ces mesures sont nécessaires mais "Rajoy a oublié" de taxer aussi les sicav, les revenus du capital et les grandes fortunes.

Avec ces mesures, "il est plus probable que (l'Espagne) puisse remplir l'objectif de déficit mais ce n'est pas certain", affirme Edward Hugh, économiste basé à Barcelone.

"L'impact, c'est un creusement de la récession de l'Espagne cette année et probablement garantir une croissance négative en 2013".

Seule bonne nouvelle, selon lui, l'accord européen sur l'aide aux banques espagnoles et surtout sur la recapitalisation directe des banques, à terme, par les fonds européens, ce qui ne devrait pas peser sur la dette publique espagnole.

"Et désormais, je n'écarte pas que cela se prolonge jusqu'en 2014", ajoute-t-il, prévoyant une récession de 2% cette année, de 1% en 2013 et de 0,3% en 2014.

"Les nouvelles mesures vont encore peser sur les perspectives de croissance de l'Espagne et renforcer nos prévisions d'une récession qui va se creuser et continuer en 2013", affirme aussi une note d'analystes de CitiGroup.

Même constat de Rafael Pampillon, économiste de l'IE Business School. Mais si l'augmentation de la TVA "a des aspects négatifs, comme d'une certaine façon créer plus de récession, elle a des aspects positifs", tempère cet économiste.

Il cite notamment l'impact positif sur la balance commerciale, la TVA touchant les importations et non les exportations.

Pour lui, ces mesures doivent "servir de point de départ de réformes plus profondes" de réduction des dépenses, notamment dans les collectivités locales où il y a "beaucoup d'emplois non productifs" et "énormément d'entreprises publiques".

Le gouvernement devait d'ailleurs annoncer jeudi la mise en place "d'hispano-obligations", un système de mutualisation de la dette pour permettre aux régions, dont la plupart sont très endettées, de se financer.

Ceci "en échange d'un plus grand contrôle (de la part de l'Etat central) et d'engagement très stricts sur les objectifs de réduction des déficits", affirme la société de gestion Renta4.

Mais les marchés restaient sceptiques. Et si la Bourse espagnole a salué ce nouveau plan par une hausse mercredi, elle repartait à la baisse de plus de 2% jeudi, dans le sillage des autres places européennes.

"La seule chose que les marchés espèrent est l'assouplissement quantitatif, plus de mesures de relance en Europe, plus de relance partout dans le monde", résumait la société de marché XTB.

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