Plan de rigueur : les Espagnols craignent pour leur consommation

Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy écoute le leader du Parti socialiste (PSOE) Alfredo Perez Rubalcaba lors d'une séance au Parlement à Madrid, le 11 juillet 2012[AFP]

Déjà les syndicats ont annoncé leur riposte pendant que les professionnels de tous bords font leurs comptes: l'Espagne s'inquiétait jeudi du coup de massue asséné à son économie, un plan de rigueur de 65 milliards d'euros qui devrait frapper durement la consommation.

Pressé par Bruxelles d'annoncer de nouveaux ajustements en échange d'objectifs de déficit plus souples, le chef du gouvernement Mariano Rajoy a plié: la TVA augmentera de trois points, de 18% à 21%, et de 8% à 10% pour certains produits à taux réduit, mesure phare d'un dispositif qui frappe aussi les fonctionnaires et les chômeurs.

La riposte syndicale a été immédiate: une nouvelle journée de manifestations dans toute l'Espagne le 19 juillet, pour protester contre ce plan "qui touche les secteurs les plus fragiles de la société".

Dès mercredi soir, des manifestants réclamaient "justice" à Madrid, armés de pancartes qui affirmaient: "ils coulent le pays". Jeudi, des groupes de fonctionnaires sont sortis dans les rues, bloquant par exemple une avenue centrale de la capitale.

Parmi les autres mesures annoncées, la suppression de la prime de Noël 2012 pour les fonctionnaires et la réduction de l'allocation chômage, de 60% à 50% du salaire au bout de six mois.

Décidé au nom des impératifs budgétaires, ce durcissement de l'austérité risque de freiner encore la consommation et aggraver la récession, alors que le gouvernement prévoit un recul du PIB de 1,7% cette année et en 2013.

Le chef du gouvernement conservateur a beau assurer que ces nouveaux sacrifices, imposés à un pays déjà asphyxié par un chômage de près de 25%, "ne seront pas stériles", l'Espagne toute entière faisait ses comptes jeudi, et s'inquiétait.

"Cela va-t-il servir à quelque chose?", lançait un éditorial du journal Expansion, soulignant que ces mesures "non seulement ne vont pas créer d'emplois, mais vont accentuer la chute du PIB".

"Je pense que la grande majorité des Espagnols ne va pas comprendre l'accord global (négocié entre l'Espagne et Bruxelles), et ne va pas être très contente de cela", souligne Edward Hugh, économiste indépendant basé à Barcelone.

Des professionnels du tourisme aux vendeurs de voitures, en passant par les pêcheurs ou les associations de consommateurs, une avalanche de critiques a accueilli depuis mercredi l'annonce de la hausse de la TVA, dans un pays où la consommation est déjà en berne.

Ainsi le tourisme, un secteur-clé de l'économie espagnole, qui représente environ 10% du PIB, devrait être parmi les premiers touchés par la hausse du taux réduit de 8% à 10%.

"Un coup de massue", dénonce le secrétaire général de la confédération hôtelière Cehat, Ramon Estalella, tandis que le secrétaire général de la Fédération hôtelière (FEHR), Emilio Gallego, chiffre à 2,4 milliards d'euros la baisse de revenus prévisible pour le secteur.

Pour l'association de fabricants d'automobiles Anfac, ce seront 20.000 à 25.000 voitures en moins qui seront vendues cette année, dans un marché qui se situe déjà à un niveau historiquement bas.

Jeudi, chacun y allait de ses prévisions, toutes aussi catastrophiques, comme la Confédération espagnole de la pêche (Cepesca) qui dénonçait "une douche froide" pour le secteur.

Même les Gardes civils ont annoncé qu'ils rejoindraient les mouvements de protestation.

Deux associations de consommateurs, OCU et CEACCOU, ont déjà calculé que la hausse de la TVA à taux plein de 18% à 21% allait induire une augmentation de 415 euros à 600 euros par an des dépenses familiales.

"Un des moteurs pour sortir de la crise est la consommation des ménages, et tant que celle-ci ne sera pas relancée, l'activité économique ne sera pas relancée non plus", relevait Aurelio del Pino, directeur général de l'Association des chaînes espagnoles de supermarchés, en dénonçant un impact "négatif" sur la consommation.

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