Grèce : la troïka met le gouvernement sous pression

Le Premier ministre conservateur Antonis Samaras, le 7 septembre 2012. Le Premier ministre conservateur Antonis Samaras, le 7 septembre 2012[KOSTAS TSIRONIS / AFP]

La troïka des créanciers de la Grèce met dimanche le gouvernement sous pression pour qu'il boucle un nouveau plan bi-annuel d'économies afin d'ouvrir la voie au maintien du pays à flot et dans l'euro.

Engagés depuis vendredi dans des consultations en coulisses à Athènes, les inspecteurs des comptes grecs mandatés par la Commission et Banque centrale européennes, et le Fonds monétaire international, doivent éplucher la copie du ministre des Finances, Yannis Stournaras, lors d'un réunion à 13H00 GMT.

L'objectif est de finaliser les mesures d'économies de plus de 11,5 milliards d'euros pour 2013 et 2014 que la Grèce s'est engagé à prendre en échange de son sauvetage financier, mais que peine à boucler le gouvernement de coalition formé en juin au vu de l'ampleur des sacrifices imposés et des tiraillement en son sein.

Pour tenter d'accorder les violons gouvernementaux avant l'Eurogroupe informel du 14 septembre, le Premier ministre conservateur Antonis Samaras réunira à 16H00 GMT ses alliés, le socialiste Evangélos Vénizélos et le dirigeant de gauche modérée Fotis Kouvelis.

Selon les médias grecs, la troïka réclame des amendements à l'avant-projet grec, centré sur de nouvelles coupes dans les salaires du public, une compression des budgets sociaux et de santé, et des baisses supplémentaires des pensions. Jugeant qu'il manque quelque 2 milliards d'économies, elle prônerait notamment des licenciements de fonctionnaires, un tabou pour Athènes.

Partenaires et prêteurs maintiennent aussi la pression pour une répression efficace de la fraude fiscale, l'accélération des privatisations toujours à la traîne, et la poursuite de la dérégulation du marché du travail.

Résumant le message de l'Union Européenne, son président, Herman Van Rompuy, a souligné lors d'une visite vendredi à Athènes que la Grèce devait produire "des résultats" pour s'assurer de la poursuite du soutien de ses partenaires. "La clé est que le gouvernement rétablisse sa crédibilité (...) et mette en oeuvre les nécessaires réformes structurelles", a-t-il insisté dans un entretien publié dimanche par l'hebdomadaire To Vima.

Dans le camp conservateur de M. Samaras, pourtant longtemps rétif aux recettes de redressement UE-FMI, la résistance n'est plus de mise: "Notre capacité de négociation est limitée", a affirmé le ministre-adjoint des Finances, Christos Staïkouras, cité par le quotidien Elefthéros Typos.

Car pour le Premier ministre, le temps presse pour extraire le pays de la dépression où il s'enfonce, avec un recul anticipé de 7% du PIB en 2012, cinquième année de récession et un quart de sa population active au chomage.

"La priorité est un rapport positif de la troïka", seul à même de convaincre les bailleurs de fond de reprendre leur perfusion, avec une tranche vitale de 31,5 milliards de prêts gelée depuis juin, a-t-il lancé samedi.

Le gouvernement espère décrocher ce feu vert en octobre, dans la foulée de la présentation du nouveau plan au parlement. De quoi avoir quelques atouts en main pour faire avancer, lors du sommet européen des 18 et 19 octobre, sa demande d'étaler sur deux ans de plus, soit jusqu'en 2016, l'ajustement budgétaire promis.

Désormais moins prompte à brandir le bâton, la chancelière allemande Angela Merkel serait favorable à l'adaptation du programme appliqué à la Grèce, selon le magazine allemand Spiegel. La France, dont le ministre des Finances Pierre Moscovici est attendu à Athènes jeudi, lance aussi les même signaux.

Mais il n'est pas certain que ce regain de patience européenne soit partagée par les Grecs, alors que la tension sociale est repartie à la hausse. "Très bientôt, l'immense majorité du peuple grec va réagir", a prédit samedi le chef de l'opposition, Alexis Tsipras, dont la coalition de gauche radicale Syriza est pleine forme, tandis que plus de 12.000 manifestants battaient le pavé à Salonique (nord) pour la rentrée sociale.

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