EADS et BAE pressés de boucler leur fusion

Photomontage des patrons d'EADS, Tome Enders (g) et de BAE, Richard Olver (d) [- / AFP/Archives] Photomontage des patrons d'EADS, Tome Enders (g) et de BAE, Richard Olver (d) [- / AFP/Archives]

Les mastodontes de l'aéronautique et la défense ont engagé une course contre la montre pour réaliser la plus grosse fusion de l'histoire du secteur, une "opportunité historique" selon le patron du groupe européen mais vue jeudi avec par les marchés.

"Ensemble, nous créerions un groupe d'envergure internationale dans l'aérospatiale, la défense, et la sécurité", a assuré le PDG du groupe européen Tom Enders dans une lettre aux employés.

Si le dirigeant se montre prudent en évoquant des "discussions non encore achevées", il assure dans ce courrier daté de mercredi dont l'AFP a obtenu une copie que "le rapprochement (...) constituerait une bonne nouvelle tant pour les employés que pour les actionnaires, car le groupe ainsi constitué serait nettement plus fort face aux mouvements et exigences des marchés internationaux".

Après avoir annoncé mercredi les discussions, EADS et BAE ont jusqu'au 10 octobre pour annoncer une transaction ou y renoncer, selon la réglementation boursière de Londres.

Selon un collaborateur de M. Enders, les discussions avec les gouvernements sont en cours depuis le mois de juillet et "sont en bonne voie".

"Ce délai est tenable", renchérit une source proche du dossier. "De toute façons, il faut aller vite", a-t-il dit, car plus le temps passe, plus le dossier risque de se complexifier avec l'intervention possible d'autres industriels.

"Les deux groupes se sont entendus sur la philosophie générale. Les grandes lignes du projet ont été acceptées par les deux parties industrielles", a-t-il fait valoir.

Reste l'assentiment des politiques, EADS comptant parmi ses actionnaires les Etats français, allemand et espagnol tandis que le gouvernement anglais dispose d'une action de préférence dans le capital de BAE.

Si à Paris, le silence est de rigueur jeudi pour des "raisons de " entourant une opération qualifiée de "géostratégique", à Berlin, des sources proches du gouvernement ont jugé les "discussions constructives avec l'entreprise".

Mais l'agence de presse allemande DPA a fait état de réserves à Berlin qui craindrait que son influence ne diminue au sein d'un tel ensemble. "Il est douteux que le projet puisse susciter un accord", lui a ainsi déclaré une source proche du gouvernement.

Selon le collaborateur de Tom Enders, EADS et BAE proposent aux gouvernements une action spéciale avec des droits limités et la garantie que la majorité du conseil d'administration soit composés de personnalités européennes.

Le groupe Lagardère, qui détient 7,5% du capital d'EADS, a annoncé qu'il ne donnerait son aval qu'après avoir examiné "toutes les conditions" d'un éventuel rapprochement.

Le nouvel ensemble serait détenu à 60% par les actionnaires d'EADS et à 40% par ceux de BAE.

Sur les marchés financiers, la nouvelle a été fraîchement accueillie: à la clôture des Bourses de Londres et Paris, les titres EADS et BAE cédaient respectivement 10,20% et 6,44%. Pourtant, l'agence d'évaluation financière Fitch a jugé que cette opération serait positive pour la notation des groupes.

"Les marchés ont une vision de court terme", a estimé Philippe Plouvier, responsable du secteur aérospatial et de défense au cabinet conseil Roland Berger.

Selon lui, c'est "le coup parfait". "EADS ne pouvait pas espérer mieux car il avait trois objectifs très clairs: rééquilibrer son portefeuille, aller aux Etats Unis et se renforcer dans l'électronique de défense où Cassidian est mis à mal au niveau international".

Pour BAE, la fusion comblerait son déficit dans l'activité aéronautique civile.

M. Plouvier voit ainsi "un potentiel de croissance énorme et une excellente nouvelle pour l'industrie européenne toute entière extrêmement compétitive", qui va pouvoir se développer aux Etats Unis.

Selon lui, en ces temps de restrictions budgétaires, les Américains ne peuvent que voir d'un bon oeil l'arrivée d'un acteur introduisant plus de concurrence sur la marché.

Enfin, il ne voit pas de veto de Bruxelles, les activités des deux groupes n'étant pas redondantes, à l'exception de l'électronique de défense.

Côté syndical, la nouvelle a été accueillie avec un brin d'inquiétude au sein de la branche défense d'EADS.

Fabrice Brégier, le PDG d'Airbus, s'est lui voulu rassurant en affirmant que cette fusion "ne devrait pas affecter Airbus et ses employés dans leurs opérations quotidiennes".

 

Et sur DirectMatin.fr :

Une fusion avec BAE enthousisasme Enders

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