La fin du secret bancaire oblige les banques suisses à se réinventer

"Il n'y a plus de secret bancaire en Suisse, c'est fini, c'est terminé", a martelé mercredi à Genève Osmond Plummer, conseiller international en gestion de fortune, devant un parterre de banquiers privés venus s'enquérir du futur de la place financière suisse. [AFP] "Il n'y a plus de secret bancaire en Suisse, c'est fini, c'est terminé", a martelé mercredi à Genève Osmond Plummer, conseiller international en gestion de fortune, devant un parterre de banquiers privés venus s'enquérir du futur de la place financière suisse. [AFP]

"Il n'y a plus de secret bancaire en Suisse, c'est fini, c'est terminé", a martelé mercredi à Genève Osmond Plummer, conseiller international en gestion de fortune, devant un parterre de banquiers privés venus s'enquérir du futur de la place financière suisse.

Selon cet expert, qui s'exprimait dans le cadre d'un séminaire consacré à la gestion de fortune et au secret bancaire, il faut que "quelque chose change en Suisse", si la place financière veut conserver son attractivité.

Encore sonnés par la récompense faramineuse donnée par le fisc des Etats Unis à un ancien banquier d'UBS qui a dénoncé des clients américains ayant fraudé le fisc, les banquiers et gestionnaires de fortune suisses cherchaient une parade mercredi, fustigeant "l'absence totale de moralité" de celui qui a trahi son employeur pour livrer des noms à la justice.

La place financière suisse a longtemps profité de son secret bancaire, désormais à l'agonie. "Les banques se sont contentées d'encaisser de substantielles commissions pour leurs services, et n'étaient pas très performantes", ont relevé les participants au séminaire.

"Le client ne gagnait pas d'argent, seule la banque en gagnait sur le dos du client", pour qui l'important était que l'argent échappe à l'impôt dans son pays, a encore indiqué M. Plummer, qui réclame un nouveau mode de fonctionnement des banques suisses, "concentré sur l'excellence".

Pour François Reyl, directeur général de Reyl & Co, un groupe bancaire suisse créé en 1973, "il est temps que les sociétés suisses de gestion de fortune changent, et s'ouvrent à de nouvelles cultures".

Selon lui, les banquiers et gestionnaires de fortune suisses sont désormais confrontés à un nouveau défi, celui "de la gestion des fonds américains déclarés". "Nous sommes devant une page blanche, c'est une grande opportunité pour un nouveau départ", a-t-il déclaré.

"La Suisse va devoir apprendre rapidement", a-t-il ajouté, après avoir indiqué que la tempête déclenchée par les Américains contre le secret bancaire suisse, avait "tout emporté sur son passage".

Désormais, les banques suisses devront s'attacher à assurer un meilleur service à leurs clients. "Il y a des gestionnaires de fortune ou des banques en Suisse qui ont perdu des clients, simplement parce qu'ils ne répondaient pas à leurs coups de fil", a indiqué M. Plummer, pour qui le mot "formation continue" en Suisse reste encore un concept abstrait dans le monde bancaire.

Les banques suisses doivent aussi faire preuve de davantage de transparence dans le prix de leurs services.

"Le client veut savoir combien il paye, il faut mettre un terme aux commissions cachées dans des fonds, ou des fonds de fonds, beaucoup de gens préfèrent la solution des family office, des sociétés de gestion de fortune familiales pour économiser l'argent des commissions", a indiqué M. Plummer.

Mardi, les commentaires dans la presse suisse sur l'affaire Birkenfeld ont été amers. "Pour la place financière suisse, cette victoire pour les défenseurs des Whistleblowers (lanceurs d'alerte), est une défaite", écrit l'éditorialiste du journal Le Temps.

Pour le journal, le "passage à la transparence fiscale pour l'ensemble de la place financière suisse, n'est pas une option, mais une nécessité".

Onze banques suisses, soupçonnées d'avoir aidé activement des fraudeurs du fisc américain, sont dans le collimateur de Washington.

"Ces onze banques n'ont d'autre choix que de payer et de demander pardon, vite", indique Le Temps.

Bradley Birkenfeld, considéré comme en Suisse comme "la balance d'UBS", est l'homme par qui le scandale est arrivé. Il a travaillé pour UBS-Genève entre 2002 et 2007, années durant lesquelles il a collecté des informations sur les clients américains de la banque, qu'il a ensuite remises aux autorités américaines.

Grâce à lui, le fisc a pu récupérer 5 milliards de dollars d'impôts auprès de 19.000 clients américains d'UBS.

Birkenfeld a cependant été condamné à 2 ans et demi de prison pour complicité de fraude et est assigné à résidence depuis août dernier.

Le fisc américain s'est cependant montré reconnaissant en lui versant la somme record de 104 millions de dollars.

Face aux critiques tous azimuth concernant l'argent au noir géré par ses banques, la Suisse a élaboré un modèle d'accord bilatéral de régularisation de ces fonds, appelé Rubik, et qui garantit l'anonymat des détenteurs des fonds. La Suisse a déjà signé des accords Rubik avec la Grande-Bretagne, l'Autriche et l'Allemagne, où sa ratification est très contestée par les milieux politiques socio-démocrates et les Verts.

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