Budget 2013 : un risque pour l'emploi ?

[PHILIPPE HUGUEN / AFP]

En axant son budget sur la réduction drastique du déficit public, la France prend le risque de sacrifier la croissance donc de limiter ses marges de manoeuvre pour relancer l'activité, selon des économistes qui agitent le spectre de l'Espagne ou de l'Italie.

Engagé auprès de ses partenaires européens à ramener le déficit public à 3% du produit intérieur brut (PIB) fin 2013 mais très attendu sur le plan social, le président François Hollande a choisi de cibler 20 milliards d'augmentation de prélèvements sur les ménages aisés et les grands groupes, et d'économiser 10 milliards sur les dépenses publiques.

Il a assuré le 9 septembre qu'il entendait "inverser la courbe du chômage" grâce à ce projet de loi de finances, qui sera présenté vendredi en Conseil des ministres et doit permettre l'application de ses promesses de campagne comme les emplois d'avenir.

Mais tout cela en s'appuyant sur une prévision de croissance de 0,8% en 2013, que la plupart des économistes estiment bien trop optimiste.

"Mon inquiétude, c'est que la France connaisse l'année prochaine, ou l'année d'après, une situation à l'italienne ou à l'espagnole, c'est-à-dire une situation dans laquelle avec une croissance zéro ou même négative, on n'est pas capable de diminuer le déficit ou alors, en diminuant le déficit, on aggrave encore la situation", confie à l'AFP Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS.

Il espère "une prise de conscience" au plan européen. "Il va bien falloir que quelqu'un à Bruxelles se dise un matin que, lorsque l'ensemble de la zone euro est en train d'aller à la récession, la priorité absolue, ce n'est pas de demander aux pays de réduire autant leur déficit", prévient-il.

"On a sous-estimé l'impact des plans de rigueur sur la croissance", renchérit Mathieu Plane, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), citant aussi les exemples de l'Italie et de l'Espagne, engluées dans la récession.

"Mécanique infernale"

Selon lui, dans beaucoup de pays se met ainsi en place une "mécanique infernale: on s'aperçoit que les déficits baissent moins vite que prévu parce qu'il y a moins de croissance que prévu, or la croissance, ça produit des recettes fiscales, et du coup, tous ces pays donnent des tours de vis supplémentaires".

C'est d'autant plus risqué, explique-t-il, que, "en gros, pour commencer à créer des emplois en France, il faut une croissance supérieure à 1% en tendance, et pour commencer à faire baisser le chômage, il faut 1,5%".

Se conformer aux 3% coûte que coûte traduit un "fétichisme des chiffres", insiste l'économiste Jacques Delpla.

Pour lui, "il ne faut pas aller trop fort dans la réduction des déficits, sinon, c'est l'exemple espagnol: j'ai beau réduire les dépenses, ça fait tomber la croissance, c'est le chien qui se mord la queue", analyse-t-il.

Mais, tempère Patrick Artus, directeur de la recherche et des études chez Natixis, au fond, "peut-être que le gouvernement s'attend à ce que dans toute l'Europe, on ait un peu plus de temps pour réduire les déficits, il s'attend peut-être à ne pas avoir besoin d'aller à 3% en 2013, ce qui serait plutôt une bonne idée".

Pour lui, le point noir du projet de budget ne réside pas dans l'objectif des 3% mais davantage dans les moyens choisis par le gouvernement pour y parvenir: privilégier les prélèvements obligatoires à la réduction des dépenses publiques. "On voit que le gouvernement n'a pas réfléchi aux implications micro-économiques que ces contraintes macro-économiques fabriquaient", juge-t-il.

"Quand on augmente les impôts, il y a un désinvestissement massif des entreprises, même quand on augmente les impôts des ménages, puisque comme les entreprises se disent que les ménages vont consommer moins, elles investissent moins" donc embauchent moins, conclut-il.

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