Les clefs du débat sur la compétitivité française

Carlos Ghosn, le patron de Renault, le 27 septembre 2012 au Mondial de l'automobile à Paris [Eric Piermont / AFP] Carlos Ghosn, le patron de Renault, le 27 septembre 2012 au Mondial de l'automobile à Paris [Eric Piermont / AFP]

Le coût du travail est-il trop élevé? Le marché du travail est-il trop rigide? Ces questions récurrentes, au coeur de la grande négociation sur l'emploi, ont été posées jeudi par le patron de Renault, Carlos Ghosn, qui dénonce "un problème de coût du travail" et un risque pour la compétitivité française.

 

La compétitivité se réduit-elle au coût du travail?

Le sujet est au coeur du débat patronat-syndicats, ces derniers refusant de résumer la compétitivité au coût du travail. En 2011, trois d'entre eux (CFDT, CFTC et CFE-CGC) sont toutefois parvenus à livrer avec les organisations patronales (Medef, CGPME et UPA) une analyse commune de la compétitivité, diagnostiquant de nombreux autres facteurs (l'innovation, la qualité et le savoir-faire de la main d'oeuvre...) et concluant qu'il est nécessaire d'"améliorer à la fois la compétitivité-coût et la compétitivité-hors-coût".

 

La flexibilité est-elle la condition d'une meilleure compétitivité?

Cette question polémique sera de nouveau soulevée dans la négociation sur la "sécurisation de l'emploi" voulue par le gouvernement. Objectif: parvenir avant la fin de l'année à un accord préfigurant une grande loi permettant que le marché du travail soit à la fois "plus souple" pour les entreprises et "plus protecteur pour les salariés".

Parmi les sujets les plus épineux figurent une réforme des procédures des licenciements, mais aussi les fameux accords d'entreprises qui permettent aux employeurs de réduire le temps travail, moyennant des contreparties.

Un compromis de ce type à été conclu fin juillet sur le site PSA de Sevelnord (Nord), où les salariés ont accepté un gel des salaires et une gestion plus flexible des RTT et du temps de travail, contre la promesse qu'il n'y aurait pas de licenciements économiques pendant trois ans, une augmentation de l'intéressement et une prime.

 

Qu'entend-on exactement par coût du travail?

On désigne en général par coût du travail un indice qui agrège les coûts salariaux et non salariaux -- cotisations sociales patronales, impôts --, en retranchant les subventions publiques. Plusieurs instituts le mesurent, avec des critères légèrement variables, certains prenant aussi en compte les coûts de recrutement ou de formation, rendant ainsi délicates les comparaisons.

 

Le coût du travail est-il particulièrement élevé en France?

Dans l'industrie française, où le patronat dénonce de manière régulière un coût du travail trop élevé, ce dernier est équivalent à celui observé chez le voisin allemand (autour de 33 euros), selon une étude de l'Insee portant sur la période 1996-2008.

Plus globalement, si on se réfère aux dernières données d'Eurostat, le coût horaire du travail en 2011 en France était toutefois 12% supérieur à celui évalué outre-Rhin, à 34,20 euros. La moyenne européenne se situe elle à 23,10 euros, masquant de forts écarts (de 3,50 euros en Bulgarie à 39,30 euros en Belgique, au premier rang des pays de l'Union).

Ce différentiel franco-allemand s'explique notamment par la modération salariale pratiquée outre-Rhin et l'absence de salaire minimum généralisé (alors que le Smic français est un des plus élevés de la zone OCDE). Mais aussi par une réduction en 2007 du taux de cotisation patronale équivalent à 1 point de TVA, alors qu'en France la protection sociale continue de peser essentiellement sur les revenus d'activité.

 

Alléger le coût du travail solutionnerait-il le problème du chômage?

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a promis d'ici janvier des propositions donnant lieu à un "vrai choc de compétitivité", après la remise du rapport de commissaire général à l'investissement Louis Gallois.

Une grand nombre d'experts préconisent une baisse massive des charges pesant sur le travail. "Les pays comparables, qui ont eu des problèmes de compétitivité il y a une dizaine d'années, ont massivement transféré les charges qui pesaient sur le travail vers le revenu ou la consommation, créant un +choc d'offre+. Ils sont ainsi parvenus à redresser leur compétitivité", affirme Elie Cohen, citant la Suède, le Danemark et l'Allemagne.

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