L'Espagne chiffre les besoins de ses banques

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, le 3 août 2012 [Pierre-Philippe Marcou / AFP/Archives] Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, le 3 août 2012 [Pierre-Philippe Marcou / AFP/Archives]

Un jour seulement après la présentation d'un budget d'austérité pour 2013, l'Espagne accapare à nouveau vendredi l'attention du marché en dévoilant les résultats d'un audit sur les besoins de ses banques, auxquelles la zone euro a promis 100 milliards d'euros.

Le projet de budget, qui mise sur les coupes et les hausses d'impôts pour récupérer 39 milliards et réduire le déficit public, a été adopté jeudi en Conseil des ministres.

L'audit sera lui présenté à 16H00 GMT par le cabinet américain Oliver Wyman.

En chiffrant les besoins en capitaux de chaque banque, dans un secteur miné par l'éclatement de la bulle immobilière en 2008, Madrid franchira, selon les analystes, la dernière étape avant de demander un sauvetage global pour son économie, le quatrième en zone euro.

Car le chef du gouvernement Mariano Rajoy a déjà bouclé un volet important de cette probable demande en dévoilant ce budget de rigueur, accompagné d'un plan de 43 réformes négocié avec Bruxelles... l'art de remplir, avant l'heure, les conditions qui pourraient être demandées en échange de l'aide.

"Nous suspectons Rajoy d'espérer que ces nouvelles mesures seront suffisantes pour éviter qu'on lui impose des conditions encore plus dures quand l'Espagne demandera le sauvetage", estime la maison d'analyse Moneycorp.

Concernant les banques, peu de surprises à prévoir: "le marché attend un chiffre proche de 60 milliards d'euros, une somme qui serait surtout concentrée (autour de 40 milliards) sur les quatres banques contrôlées par le Frob", fonds public d'aide au secteur, soit Bankia, Novagalicia, CatalunyaCaixa et Banco de Valencia, indique la maison de courtage Renta4.

En juin, deux audits avaient analysé globalement le secteur, le cabinet allemand Roland Berger calculant des besoins allant de 25,6 à 51,8 milliards d'euros et Oliver Wyman, déjà présent dans cette première phase, établissant une fourchette de 16 à 62 milliards.

Sauvetage financier

Depuis, le gouvernement campe sur ces estimations: "la somme pour recapitaliser le secteur bancaire sera substantiellement moindre que la ligne de crédit (de 100 milliards offerte par la zone euro, ndlr), en ligne avec les 60 milliards de Oliver Wyman, et cela permettra de dissiper les doutes sur le secteur", assurait récemment le ministre de l'Economie Luis de Guindos.

Les 14 banques soumises à examen (soit 90% du secteur) seront classées en quatre catégories: celles en difficulté devant forcément recevoir des fonds publics, celles considérées comme fragiles et devant présenter un plan déterminant ou non l'apport d'argent public, celles ayant besoin d'argent mais pouvant le trouver par leurs propres moyens (par exemple, en vendant des actifs) et enfin celles jugées assez solides.

Le chiffre publié par Oliver Wyman ne correspondra donc pas forcément au chèque que fera la zone euro au secteur, puisqu'une partie de l'argent pourra être trouvé par d'autres biais.

A l'issue de ce travail, le sauvetage financier du pays ne sera "ni plus proche ni plus éloigné", a assuré Luis de Guindos.

Mais les marchés, impatients, font monter la pression: le taux d'emprunt à 10 ans du pays, qui s'était détendu cet été avec l'annonce de mesures de soutien de la Banque centrale européenne (BCE), restait vendredi matin au-dessus de 6%, niveau jugé insoutenable à long terme, et la Bourse madrilène perdait 1,62% à 11H07 GMT.

Car pour déclencher l'action de la BCE, l'Espagne doit d'abord faire appel aux fonds de secours européens: même si Mariano Rajoy semble désormais accepter enfin l'éventualité, il n'a pas fait de demande officielle.

"Nous pensons que l'Espagne sera au final forcée" à faire cette demande, "mais il pourrait se passer encore plusieurs semaines avant une intervention", estime Deutsche Bank, pour qui "la limite absolue est fin octobre", quand le pays devra rembourser 30 milliards d'euros d'un coup.

Sur sa tête plane aussi une menace, celle de Moody's, qui pourrait être la première agence de notation à placer le pays en catégorie spéculative, véritable repoussoir pour les investisseurs: son verdict est attendu vendredi.

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