Les producteurs de châtaignes serrent les rangs autour de leurs vergers

Un panier de châtaignes [Boris Sabin / AFP/Archives] Un panier de châtaignes [Boris Sabin / AFP/Archives]

L'union fait la force autour de la châtaigne dont les producteurs français viennent de lancer leur syndicat national pour mieux résister à un ravageur venu d'Asie, au moment où les régions défendent leurs appellations d'origine face à la concurrence chinoise.

Ce regroupement s'avère doublement nécessaire pour une profession qui avance en ordre très dispersé, sur de petites exploitations familiales pour la plupart, mais voudrait bien tirer ses marrons de la PAC, la politique agricole commune, à la faveur de sa réforme.

"On espère bien peser et faire reconnaître la châtaigne en tant que telle: pour le moment notre activité est assimilée à celle de la filière bois", regrette le président du Syndicat, Daniel Vernol, joint par téléphone en pleine récolte dans l'Ardèche.

"Mais en zone traditionnelle, on est sur des terrains en pente sans alternative: si la châtaigne disparaît, l'homme disparaît avec", ajoute-t-il en insistant sur la dimension patrimoniale de cette activité.

Son département, le plus productif, assure à lui seul 5.000 à 6.000 des quelque 12.000 tonnes de châtaignes françaises. Un millier de producteurs y sont répertoriés, sur des exploitations de 6 hectares en moyenne donnant 6 à 8 tonnes chacune.

La châtaigne représente souvent une part importante du revenu familial, 40% environ, mais rarement un revenu complet - au moins la moitié des producteurs sont d'ailleurs des retraités agricoles. "Seuls ceux qui sont à la fois producteurs et transformateurs sur leur exploitation arrivent à en vivre à 100%", assure M. Vernol.

Ils devraient être environ 800 à rejoindre le syndicat (lui-même membre de la puissante FNSEA, principal syndicat agricole français), surmontant la défiance qui oppose de longue date ceux du Sud-Est traditionnel à ceux du Sud-Ouest, où les vergers anciens sont délaissés au profit de nouvelles plantations mécanisées.

Ennemi venu d'Asie

L'urgence est d'autant plus vive que tous, désormais, sont confrontés à un nouvel ennemi venu d'Asie qui dépose en pondant une gale sur les rameaux et tue les récoltes à petit feu.

Apparu d'abord en Italie en 2000, puis en France en 2005 dans les régions frontalières du Piémont, l'insecte ravageur est signalé partout depuis 2010.

"Les pertes peuvent aller jusqu'à 70 à 80% de la récolte sur les arbres touchés", rapporte Eric Bertoncello, animateur de la filière joint à Privas.

La Corse devrait subir cette saison les premières pertes lourdes.

Le Syndicat espère donc aussi attirer l'attention du gouvernement et décrocher une indemnisation pour ses adhérents frappés.

Les châtaigniers, troisième essence de France après le chêne et le hêtre, couvrent près d'un million d'hectares, dont 12.000 ha seulement pour la production de fruits.

L'Ardèche a déjà décroché son AOC (Appellation d'origine contrôlée) et attend son AOP (origine protégée) européenne; la Corse a obtenu l'AOC pour sa farine et dans le Sud-Ouest où l'activité renaissante est plus récente, les producteurs visent plutôt le Label rouge ou l'IGP, l'indication géographique protégée, explique Eric Bertoncello.

Mais la production française est déjà insuffisante pour répondre aux besoins des industriels, note-t-il: "en Ardèche, il manque 2.000 t/an".

Face à la production européenne (UE) de 104.000 t, la Chine, premier producteur mondial avance 1,7 million de tonnes et a plus que triplé ses récoltes depuis les années 60.

Les producteurs et transformateurs d'Europe qui se sont retrouvés le mois dernier à Bergerac en Gironde ont publié un "livre blanc" pour la relance de la production en déclin et la promotion de la châtaigne européenne face à ce rouleau compresseur.

En France, le syndicat leur permettra déjà de "parler d'une seule voix", insiste Eric Bertoncello.

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