2013 restera une année de crise en Europe

Photo d'illustration.[Alexander Klein / AFP/Archives]

Menacé de sombrer il y a quelques mois, l'euro semble sauvé, en particulier depuis l'accord sur la dette grecque qui a soufflé un vent d'optimisme sur l'Europe, mais 2013 restera une année très difficile avec les effets dévastateurs de la crise économique et sociale.

Il y a un an, les analystes rivalisaient de pronostics sur la date du "Grexit", la sortie de la Grèce de la zone euro, alors considérée non comme une hypothèse mais comme une certitude. Cette menace s'est prolongée une bonne partie de l'année.

Aujourd'hui, "la perspective qu'un membre de la zone euro la quitte s'est envolée", selon Janis Emmanouilidis, du think-tank European Policy Centre (EPCI).

"Beaucoup d'observateurs estimaient que la partie était perdue pour la Grèce (et son maintien) dans la zone euro. On sait que ces Cassandre ont eu tort", s'est réjoui le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn.

Il aura fallu pour cela de multiples réunions, souvent tendues, des ministres des Finances de la zone euro. Le 13 décembre, la Grèce a enfin obtenu la tranche d'aide de 34,3 milliards d'euros sans laquelle le pays courait à la faillite.

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, à Bruxelles, le 18 décembre 2012 [Georges Gobet / AFP]
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Le commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn, à Bruxelles, le 18 décembre 2012
 

Conséquence spectaculaire et emblématique de cet accord, l'agence financière Standard and Poor's vient de relever de six crans la note de solvabilité de la Grèce, ce qui a immédiatement redonné des couleurs à l'euro face au dollar.

L'autre bonne nouvelle de cette fin d'année a été le compromis auquel sont parvenus les ministres des Finances européens sur la mise en place de la supervision des banques dans la zone euro. Là encore, après des semaines de blocage, l'avancée a été considérée comme historique: la supervision unique est en effet le premier pas vers une union bancaire qui doit permettre, à terme, d'éviter que les crises touchant les institutions financières ne se propagent au reste de l'économie.

Mais le réel tournant de 2012 a sans doute été pris au coeur de l'été, lorsque le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a promis de prendre toutes les mesures nécessaires pour sauver l'euro

Début septembre, il a précisé son plan d'action, sous la forme d'un programme de rachat illimité de titres de dette des pays en difficulté. Une initiative qui a provoqué immédiatement une détente des taux espagnols et italiens.

Madrid en a profité pour reporter sine die une demande d'aide financière pour l'ensemble de son économie que tous ses partenaires attendaient. L'Espagne a bien demandé l'intervention de la zone euro, mais seulement pour ses banques, et à hauteur de 40 milliards d'euros alors que 100 milliards avaient été prévus.

Le président de la BCE, Mario Draghi, à Bruxelles, le 17 décembre 2012 [Georges Gobet / AFP]
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Le président de la BCE, Mario Draghi, à Bruxelles, le 17 décembre 2012
 

Pour autant, personne ne songe à crier victoire. Le calendrier des dirigeants européens pour les deux prochaines années "s'annonce moins houleux et concernera surtout la mise en oeuvre des mécanismes de surveillance et de faillite des banques", selon les analystes de CM-CIC Securities.

Mais les discussions sur le renforcement de l'intégration de la zone euro risquent d'être "animées et chaotiques", pour Barclays, qui "n'exclut pas que de profonds désaccords soient étalés en public, ouvrant la voie à de nouvelles tensions sur les marchés financiers".

Les incertitudes pour 2013 sont avant tout politiques, avec des élections en Italie puis en Allemagne, et "un système politique grec toujours sur le fil du rasoir", souligne M. Emmanouilidis.

Elles sont aussi économiques et sociales. Les coupes drastiques dans les dépenses publiques, avec leurs conséquences dramatiques sur l'emploi, les salaires et les retraites, sont accusées d'avoir aggravé la crise, y compris par le FMI.

La zone euro est entrée en récession au troisième trimestre, et le recul du PIB devrait s'accentuer au quatrième. La reprise n'est attendue que dans le courant de l'année prochaine. Cela renvoie à un horizon encore plus lointain la baisse du chômage, qui a atteint 11,7% de la population active en octobre, un chiffre record, avec des pointes à 25% en Grèce et en Espagne.

"Nous avons déjà réalisé quelque chose, mais je pense qu'il reste encore devant nous une période très difficile", a résumé la chancelière allemande Angela Merkel lors du dernier sommet européen de l'année.

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