Les destructions d'emploi continuent, Hollande "se tient" à son objectif

François Hollande lors de sa conférence de presse le 16 mai 2013 [Patrick Kovarik / AFP] François Hollande lors de sa conférence de presse le 16 mai 2013 [Patrick Kovarik / AFP]

L'inversion de la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année, "je m'y tiens", a déclaré jeudi François Hollande, alors que l'emploi salarié privé a continué de se dégrader au premier trimestre, selon une estimation provisoire de l'Insee.

"Je réédite ici devant vous, en prenant des risques, mais aussi mes responsabilités, que la courbe du chômage peut s'inverser d'ici à la fin de l'année", a affirmé le président de la République lors de la deuxième grande conférence de presse de son quinquennat.

Il a cependant concédé que "la bataille ne sera gagnée à long terme que si la croissance revient".

L'entrée de la France en récession pour la deuxième fois depuis 2009, annoncée mercredi par l'Institut national de la statistique et des études économiques, met à mal cet engagement, alors que des experts estiment qu'une croissance annuelle au moins égale à 1,5% est nécessaire pour inverser la tendance.

Quelques heures avant l'intervention du chef de l'Etat, l'Insee a publié une première estimation du nombre d'emplois perdus dans les secteurs marchands (hors agriculture) au premier trimestre.

Cette publication laisse craindre un nouvel afflux d'inscrits à Pôle emploi, qui recensait fin mars plus de 3,2 millions de chômeurs sans aucune activité en métropole, un record, et 5,3 millions toutes catégories dans la France entière.

L'économie française a ainsi perdu 20.300 postes (-0,1%) en un trimestre et, sur un an, 133.800 (-0,8%), réduisant à 15,940 millions le nombre des emplois dans ces secteurs.

Il s'agit du quatrième trimestre consécutif de baisse constatée par l'Insee, après des pertes d'environ 45.000 postes aux deux trimestres précédents.

Le cap fixé par le président semble de plus en plus difficile à atteindre. Pour espérer stopper la hausse du chômage, "il faudrait générer au moins 100.000 emplois par an", relève Mathieu Plane, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Rien qu'au premier semestre, la population active devrait naturellement augmenter de 59.000 personnes, calcule l'Insee.

Cette nouvelle dégradation est cependant moindre qu'attendue grâce à un léger redressement de l'intérim, prudemment analysé par les experts.

Interim: une évolution "étonnante"

Dans ses dernières prévisions, l'Institut anticipait 74.000 suppressions de postes sur les six premiers mois de l'année. Même si les destructions observées au premier trimestre sont "un peu plus faibles qu'attendu", cette prévision est maintenue, a souligné auprès de l'AFP Frédéric Tallet, chef de la cellule conjoncture et emploi à l'Insee.

La bonne surprise au premier trimestre est venue de l'emploi intérimaire. En baisse depuis mi-2011, il connaît une légère reprise, avec 11.400 postes gagnés (+2,2% sur un trimestre). Il "cesse de baisser alors qu'il avait été en 2012 le principal contributeur de la chute de l'emploi mais il faudra attendre plusieurs trimestres pour établir un retournement et voir s'il laisse augurer d'une reprise dans les autres secteurs", prévient cependant M. Tallet.

Réputé précurseur des tendances du marché de l'emploi, l'intérim est un indicateur très "volatile", souligne-t-il.

Cette évolution de l'intérim est "très étonnante", souligne M. Plane. Son hypothèse est "que l'emploi intérimaire se substitue à des emplois plus pérennes", traduisant en réalité "un comportement de prudence des entreprises", qui auraient recours à l'intérim après des départs de salariés en CDI.

Plus généralement, l'écart entre les destructions d'emplois (-0,1%) et la baisse du PIB constatée au premier trimestre (-0,2%) révèle une "inquiétante perte de compétitivité des entreprises", estime l'économiste de l'OFCE. "Soit les entreprises vont encore voir leurs marges se dégrader, soit elles vont ajuster à la baisse les salaires ou la durée du travail", estime-t-il.

Les accords de maintien dans l'emploi, facilités par la réforme du marché du travail définitivement votée mardi après l'accord du 11 janvier entre le patronat et trois syndicats (CFDT, CFTC et CFE-CGC), sont un moyen "d'ajustement", "il faudra les suivre de près dans les prochains mois".

Ces accords d'entreprise, comme les autres "outils" du président (emplois d'avenir, contrats de génération), pourront au mieux "atténuer l'impact du choc de la récession" en fin d'année, juge l'économiste Christine Erhel, du Centre d'études sur l'emploi.

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