Paris achète ses drones outre-mer

Un drone MQ-9 Reaper, le 16 avril 2009 sur une base aérienne dans le Nevada [Ethan Miller / AFP/Getty Images/Archives] Un drone MQ-9 Reaper, le 16 avril 2009 sur une base aérienne dans le Nevada [Ethan Miller / AFP/Getty Images/Archives]

La France s'est résignée à acheter outre-mer les drones de surveillance indispensables à la guerre au Mali mais assure que les industriels européens ont encore un rôle à jouer dans ce secteur stratégique.

La décision française restreint toutefois une des rares opportunités de développement ouvertes à l'industrie aéronautique militaire européenne, en cette période de fonte des budgets militaires.

Après la Grande-Bretagne et l'Italie, qui opèrent déjà des drones américains, la France s'est tournée vers les Etats-Unis et Israël pour s'acheter des engins de surveillance non armés. L'Allemagne poursuit une approche similaire.

La France ne dispose pour surveiller tout le nord du Mali que de deux drones Harfang vieillissants, adaptés par le groupe EADS du Heron-TP de la compagnie Israeli Aerospace Industries.

Elle dépend "quasi exclusivement des moyens de surveillance" que mettent à sa disposition les Etats-Unis, soulignait-on mardi dans l'entourage du ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian.

Un accord intervenu entre M. Le Drian et son homologue américain Chuck Hagel, et qui attend le feu vert du Congrès, permettrait à la France d'acheter immédiatement deux drones Reaper actuellement en cours de fabrication chez General Atomics pour l'US Air Force, ajoute-t-on. Elle voudrait les déployer avant la fin de l'année au Mali.

--ni argent, ni programme --

M. Le Drian a expliqué dimanche que, dans l'urgence, il n'avait pas d'autre choix que de se tourner vers les Etats-Unis et Israël, "les deux pays au monde qui construisent des drones".

"La France a raté le rendez-vous des drones", a déploré le ministre. Entre les hésitations des gouvernements et les rivalités des industriels, l'Europe n'a pas produit un seul drone MALE (qui peut survoler un vaste territoire pendant jusqu'à 24 heures à 6 kilomètres d'altitude) quand l'US Air Force en possède 260.

Le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, le 14 mars 2013 à Paris [Eric Piermont / AFP/Archives]
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Le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, le 14 mars 2013 à Paris
 

Ce qui n'a pas empêché M. Le Drian d'inviter les industriels européens à se rapprocher pour "se préparer à construire des drones d'une nouvelle génération susceptibles d'être les remplaçants des drones que nous allons acheter".

Les industriels à leur tour réclament le lancement d'un programme de drones par les gouvernements. Les patrons de Dassault et de Cassidian, la division défense d'EADS, Eric Trappier et Bernhard Gerwert, promettent d'enterrer la hache de guerre pour coopérer sur le projet.

"Pour l'instant, il n'y a ni argent ni programme", dit Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l'Institut de Relations internationales et stratégiques.

"Les gouvernements en Europe ne se sont pas engagés à financer ces programmes. Le danger pour l'industrie européenne c'est que, plus ils tarderont, plus elle se fera dépasser", note Huw Williams, analyste chez IHS Jane's.

A défaut de programme commun, M. Le Drian a proposé aux autres nations européennes qui utilisent des drones "d'européaniser" ensemble la charge utile, les capteurs optiques et les systèmes de transmission, indique-t-on dans son entourage.

L'objectif n'est pas seulement de soutenir l'industrie mais de préserver l'autonomie stratégique de l'Europe. En effet les transmissions cryptées des drones américains achetés par leurs alliés passent par les Etats-Unis. Jusqu'à présent, ceux-ci ont refusé à leurs clients l'accès aux codes sources qui leur permettrait de les modifier et d'opérer ainsi de façon indépendante.

M. Le Drian a évoqué ce projet au Pentagone, selon son entourage. Mais pour le réaliser, "il faut que le gouvernement soit sûr qu'il a une réelle capacité de manoeuvre" face aux Etats-Unis, prévient M. Maulny.

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