Le chevalgate fait ses premières victimes dans l'agroalimentaire

Une consommatrice au rayon surgelé d'un supermarché [Charly Triballeau / AFP/Archives] Une consommatrice au rayon surgelé d'un supermarché [Charly Triballeau / AFP/Archives]

Le fabricant de lasagnes Fraisnor et sa centaine de salariés n'ont pas résisté trois mois au scandale de la viande de cheval et en sont devenus mercredi les premières victimes au sein d'une industrie agro-alimentaire qui peine à redresser la barre.

Fraisnor n'était pourtant pas au coeur de cette fraude à la viande de cheval, qui s'est retrouvée dans des millions de plats préparés censés contenir du boeuf.

Mais l'entreprise de Feuchy (Pas-de-Calais) produisait pour la grande distribution des lasagnes fraîches, boudées en bloc par le consommateur dans les semaines qui ont suivi cette affaire.

"Les clients à l'exportation nous ont très vite laissé tomber" avec une production qui a chuté subitement de 60%, raconte son patron Alain Leemans.

La société cuisinait chaque mois 700 tonnes de lasagnes fraîches.

La prochaine victime sera peut-être Spanghero, qui est lui impliqué et désigné comme l'un des responsables de cette fraude géante.

L'entreprise de Castelnaudary (Aude) perdrait 200.000 euros par semaine et il n'y a plus de travail que pour 80 personnes sur les 240 salariés, selon les représentants syndicaux.

L'usine Spanghero de Castelnaudary, le 10 février 2013 [Remy Gabalda / AFP/Archives]
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L'usine Spanghero de Castelnaudary, le 10 février 2013
 

Aujourd'hui, Spanghero a abandonné le négoce de viande et tente tant bien que mal de continuer ses activités de plats cuisinés et de transformation de la viande.

Mais son sort est suspendu à un éventuel repreneur. L'entreprise a en effet été placée en liquidation judiciaire mi-avril avec la possibilité de poursuivre ses activités pendant trois mois.

A ce jour, seuls deux projets de reprise ont été déposés, prévoyant le maintien de 100 emplois uniquement. L'administrateur judiciaire a donc décidé de prolonger jusqu'au 31 mai la date limite de dépôt des candidatures.

Tirer les leçons de cette affaire

En tout, 5.000 emplois sont menacés au premier semestre 2013 dans l'agroalimentaire (après la suppression de 3.900 emplois en 2012), estime l'Association des industries alimentaires (Ania).

Mais les craintes ne concernent pas seulement les fabricants de plats cuisinés: les industries charcutières aussi sont en mauvaise posture. Et là, rien à voir avec l'affaire du cheval.

Pour éviter des scénarios catastrophes, les industriels tentent de tirer les leçons de cette histoire.

Certains ont décidé de mettre le paquet sur le "Made in France", s'engageant à n'utiliser que de la viande française, comme Findus, Carrefour ou Intermarché.

Des Lasagnes Findus vendue en Grande-Bretagne [Andrew Yates / AFP/Archives]
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Des Lasagnes Findus vendue en Grande-Bretagne
 

Mais tout cela a un coût - Findus l'estime par exemple à 20 centimes par produit - qui ne sera pas toujours répercuté aux consommateurs, guerre des prix oblige.

Or, la marge brute des transformateurs est "catastrophique", selon l'Ania. Elle a atteint en 2012 le plancher historique de 22,4%, contre 25% en 2011.

De plus, cet étiquetage de l'origine est soumis au bon vouloir des industriels, en attendant que la réglementation européenne évolue et les y contraigne, comme l'espère le gouvernement français.

L'Union européenne doit saisir l'"opportunité" de montrer aux consommateurs européens qu'elle "peut être utile", insiste le ministre délégué à la Consommation Benoît Hamon.

En attendant, le gouvernement a assuré qu'il maintiendrait un haut niveau de contrôles au moins jusqu'à la fin de l'année.

Par ailleurs, les professionnels de la viande ont mis en place deux outils: une charte anti-fraude pour aider les entreprises à détecter les fraudes dont ils pourraient être victimes et un code d'usage des minerais de viande - disponible à la rentrée - qui doit permettre d'améliorer la qualité des matières premières utilisées.

Mais là encore, tout dépendra de la bonne volonté des professionnels même si à l'Ania, on assure de nombreuses entreprises "ont pris la mesure de ce qui s'est passé".

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