Des projets français tentent de percer sur le marché des agences de notation

La page d'un site Internet sur lequel figurent les notes des agences de notation Moody's, S&P, Fitch and Dagong [Joel Saget / AFP/Archives] La page d'un site Internet sur lequel figurent les notes des agences de notation Moody's, S&P, Fitch and Dagong [Joel Saget / AFP/Archives]

Vivement critiquées pour leur rôle dans la crise financière, les trois grandes agences de notation mondiales, Standard & Poor's, Moody's et Fitch, pourraient voir leur domination sur le marché un peu écornée par l'émergence de projets alternatifs, notamment français.

Ces trois agences, pour l'essentiel issues du monde anglo-saxon même si Fitch a un actionnaire français, ont vu leur crédit entamé mais n'en exercent pas moins encore une domination écrasante sur le marché de la notation.

Leurs décisions quotidiennes sur les Etats, les entreprises et les produits dérivés sont scrutées par les investisseurs, d'autant que la réglementation financière a rendu les notes incontournables pour évaluer les risques des portefeuilles financiers.

Pourtant, "il y a de la place pour de nouveaux entrants du fait de la crise", explique Norbert Gaillard, économiste indépendant et spécialiste des agences de notation.

La crédibilité des grandes agences a été remise en question depuis la crise, pour avoir attribué des bonnes notes à des produits financiers qui se sont révélés excessivement risqués, comme ceux issus des "subprime".

Il est reproché également aux agences, outre de possibles conflits d'intérêts (elles sont rémunérées par les entités notées) d'avoir une méthodologie similaire et d'agir souvent avec retard.

Quelques entreprises tentent ainsi de se faire une place au soleil, en particulier pour la notation des Etats, mais avec des réussites diverses.

Richard Hainsworth, président de l'agence de notation russe RusRating, le 24 octobre 2012 à Pékin [Wang Zhao / AFP/Archives]
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Richard Hainsworth, président de l'agence de notation russe RusRating, le 24 octobre 2012 à Pékin

L'agence américaine Egan-Jones, la russe RusRating et la chinoise Dagong ont ainsi annoncé en octobre dernier un partenariat pour créer Universal Credit Rating Group, une agence qui se veut indépendante.

En revanche, le projet européen soutenu par le groupe de conseil allemand Roland Berger n'a pas réussi à trouver le financement nécessaire.

De son côté, la fondation Bertelsmann, institut de recherche en sciences sociales affilié au géant des médias du même nom, a lancé un modèle d'agence de notation à but non lucratif. Fin 2012, elle a testé ces premières notes sur quelques pays dont la France, mais reste assez discrète.

Le retard français

La difficulté à intégrer ce cercle très fermé n'a pas découragé toutes les initiatives. C'est le cas d'un projet français appelé Riskergy, dont l'ambition est de noter les Etats.

L'objectif de Michel Lepetit et Rodolphe Bocquet, qui portent le projet, est de donner naissance à l'agence d'ici un à deux ans, une fois validée leur approche, actuellement en phase de test et qui donne une part importante à l'énergie et à l'environnement.

Ils entendent en outre faire payer non plus les emprunteurs mais les investisseurs. M. Lepetit dit "n'avoir aucune inquiétude pour la rentabilité" du projet si la méthodologie fonctionne, ajoutant que bien souvent les Etats ne payent pas pour être notés.

"Le problème que l'on a avec le système de l'investisseur-payeur est qu'il sera a priori moins rémunérateur et qu'il nécessite des moyens commerciaux supplémentaires pour trouver des clients", prévient M. Gaillard.

Le consultant financier Roland Berger réalise un discours, le 16 avril 2013 à Berlin [Tim Brakemeier / DPA/AFP/Archives]
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Le consultant financier Roland Berger réalise un discours, le 16 avril 2013 à Berlin

C'est particulièrement vrai pour le marché de la notation des Etats, qui est déjà très concurrentiel.

Selon l'économiste, l'idée de faire payer l'investisseur pourrait avoir plus d'avenir pour la notation des produits financiers complexes ou celle des PME (petites et moyennes entreprises) et ETI (entreprises de taille intermédiaire), où la note est davantage recherchée.

C'est justement le projet du bureau français d'analyste financière français IDMidCaps, nommé Nota Bene, qui tente de se lancer d'ici fin 2013 sur la notation des PME et ETI, estimant que ces entreprises vont avoir de plus en plus recours à l'emprunt sur le marché.

"Les grandes agences sont peu intéressées par le marché des PME et ETI", relève Sébastien Faijean, directeur associé chez IDMidCaps, rappelant que ce créneau est surtout dominé par des agences étrangères, notamment allemandes.

La France est effectivement une des grandes absentes du marché des agences de notation. Aucun groupe français n'est enregistré parmi les 19 agences de notation ayant obtenu leur agrément pour exercer en Europe, dont les trois grandes, auprès de l'autorité de régulation financière européenne (ESMA).

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