Compétitivité: Bruxelles va mettre la pression sur la France

Jose Manuel Barroso le 28 mai 2013 à Bruxelles [Georges Gobet / AFP] Jose Manuel Barroso le 28 mai 2013 à Bruxelles [Georges Gobet / AFP]

La Commission européenne va mettre la pression sur la France mercredi pour qu'elle fasse plus en terme de réformes et ne devienne pas l'homme malade de l'Europe.

Réforme du marché du travail et des retraites, ouverture de certaines professions qui résistent depuis des décennies: les recommandations de Bruxelles pour doper la compétitivité de la France sont en partie connue.

"Il n'y a pas de surprise concernant l'analyse de la Commission car il y a un dialogue avec les autorités nationales", a confirmé une source européenne. Le président français François Hollande, venu à Bruxelles mi-mai pour rencontrer la Commission européenne, s'est engagé à poursuivre la mise en place de réformes, "non parce que l'Europe le demanderait mais parce que c'est l'intérêt de la France".

Si l'effet de surprise devrait être limité, "il y aura des éléments qui ne seront pas du goût des autorités françaises", a toutefois estimé une source proche des discussions. La question de la libéralisation du marché du rail ou de l'énergie pourrait figurer au menu de l'ordonnance bruxelloise.

Deuxième économie de la zone euro, la France est sous pression pour se réformer car si son économie décroche durablement, ce sera l'ensemble de l'Europe qui sera tirée vers le bas. En outre, la Commission lui a accordé deux ans de plus, jusqu'en 2015, pour ramener son déficit public dans les clous européens, soit sous la barre des 3% du PIB. Mais Paris doit répondre à ce geste par des actes. Ces deux années doivent impérativement "être mises a profit pour accélérer les réformes structurelles", seul moyen selon Bruxelles de doper durablement la croissance et l'emploi d'un continent en récession, estime son président, José Manuel Barroso.

L'Espagne est dans le même cas. Confronté à un des taux de chômage les plus élevés d'Europe, le pays va bénéficier lui aussi d'un délai de deux ans pour réduire son déficit. En échange, Bruxelles veut que Madrid mette l'accent sur la réforme du marché du travail et sur la création d'emplois pour les jeunes.

Quatre autres pays devraient bénéficier d'un délai pour l'assainissement de leurs finances publiques, selon une source européenne. Les Pays-Bas pourraient en faire partie.

Angela Merkel et François Hollande le 22 mai 2013 à Bruxelles [Bertrand Langlois / AFP/Archives]
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Angela Merkel et François Hollande le 22 mai 2013 à Bruxelles

L'attention se portera également sur d'autres Etats membres : le Royaume-Uni, qui a mis en place un plan d'austérité drastique et refuse de changer de cap malgré les appels du FMI, et la Slovénie dont la situation budgétaire et l'état des banques font planer la menace d'un programme d'assistance financière.

La Belgique, qui n'a pas fait assez pour réduire son déficit, est elle aussi dans le collimateur. Selon le journal belge L'Echo, l'exécutif européen serait mécontent de la faible réduction du déficit entre 2010 et 2012, mais il peut difficilement prendre des sanctions après avoir consenti des délais à la France et à l'Espagne.

La Commission fera également le point sur le rythme de la réduction du déficit budgétaire des Etats membres.

Cinq pays devraient sortir de la procédure dite de déficit excessif, selon une source européenne. L'Italie est en bonne place, au vu des déclarations déjà faites par Bruxelles. La condition est que le pays reste durablement sous la barre des 3% et mette en oeuvre, lui aussi, des réformes structurelles. Selon les prévisions de la Commission, le déficit italien doit être à 2,9% cette année et 2,5% en 2014, bien en-deçà de la barre des 3%.

Mais l'astronomique dette du pays inquiète, et le pays doit financer les mesures de relance de quelque 10 milliards d'euros annoncées par le nouveau chef du gouvernement, Enrico Letta.

Les recommandations seront discutées lors du prochain sommet des chefs d'Etat et de gouvernement fin juin, avant d'être approuvées formellement par les ministres des Finances des 27.

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