L'irruption de LVMH au capital d'Hermès devant le gendarme de la Bourse

Le PDG du groupe LVMH, Bernard Arnault, le 31 janvier 2013 à Paris [Eric Piermont / AFP/Archives] Le PDG du groupe LVMH, Bernard Arnault, le 31 janvier 2013 à Paris [Eric Piermont / AFP/Archives]

Deux ans et demi après son entrée surprise dans le capital d'Hermès, le géant du luxe LVMH s'expliquera vendredi devant la commission des sanctions du gendarme de la Bourse, alors qu'il est soupçonné d'avoir préparé son coup pendant des années et pourrait écoper d'une amende.

L'Autorité des marchés financiers (AMF) a enquêté pendant plus de deux ans sur ce séisme. Le samedi 23 octobre 2010, à la stupéfaction générale, LVMH déclarait posséder 14,2% et bientôt 17,1% du sellier du Faubourg Saint-Honoré, coté en Bourse depuis 1993 mais détenu en majorité par les héritiers du fondateur Thierry Hermès. Et ce, grâce notamment à des produits financiers dérivés.

Le numéro un mondial du luxe, propriétaire de Louis Vuitton, Céline, Givenchy et autre Guerlain, a ensuite continué d'acquérir des titres Hermès. Il détenait 22,60% du capital au 31 décembre 2012, contre 72% pour les héritiers Hermès.

Dès le début, l'affaire a viré au bras de fer entre les deux groupes.

Pour contrecarrer les appétits de LVMH qu'elle soupçonne d'ambitionner à terme une prise de contrôle, la famille Hermès s'est barricadée en bloquant pour 20 ans une majorité de son capital dans une holding créée fin 2011.

Le groupe dirigé par Bernard Arnault a toujours récusé toute intention de contrôler le fabricant des sacs Kelly et Birkin et des carrés de soie, et offre de pactiser "amicalement".

Patrick Thomas, PDG de la maison Hermès, pose le 21 mars 2013 à Paris [Eric Piermont / AFP/Archives]
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Patrick Thomas, PDG de la maison Hermès, pose le 21 mars 2013 à Paris

Mais Hermès, qui se pose en artisan, dit n'avoir rien à faire avec "l'industriel" LVMH, qu'il a invité à quitter son capital et attaqué en justice pour délit d'initié et manipulation de cours, en parallèle de la procédure de l'AMF.

Vendredi seront présentés devant la Commission des sanctions de l'AMF les griefs retenus contre LVMH. Des témoins devraient être entendus. Et LVMH exposera pour la première fois publiquement sa défense.

Question d'image plus que d'amende

Les enquêteurs l'accusent de dissimulation comptable et d'un défaut d'information du marché, mais pas de délit d'initié ni de manipulation de cours, comme l'avait déjà sous-entendu le président de l'AMF, Gérard Rameix. Soit aucun grief de nature pénale, se félicite LVMH

Le groupe, dont la plus-value latente sur Hermès dépasse le milliard d'euros, encourt une amende de plusieurs millions, une goutte d'eau au regard de ses résultats financiers. Mais le problème est au moins autant une question d'image.

Le rapport de l'AMF, cité par Le Monde, accuse LVMH d'avoir organisé en secret sa montée au capital d'Hermès depuis 2001 via des filiales à l'étranger et trois banques, sans signaler explicitement dans ses comptes qu'il détenait des titres Hermès et des produits dérivés calqués sur l'action Hermès. Ces derniers ("equity linked swaps", ELS) permettent d'échapper à toute déclaration boursière de franchissements de seuils (5%, 10%, 15%...).

Il met au passage en relief le rôle qu'aurait joué l'un des actionnaires familiaux de Hermès, Nicolas Puech, en vendant des titres qui ont servi aux banques de LVMH.

L'AMF estime aussi que LVMH a tardé à informer le marché sur ses états financiers et n'a pas respecté certaines dispositions du Code monétaire.

Ce que LVMH devrait contester pied à pied, a appris l'AFP. Le groupe considère avoir une comptabilité très claire. Il compte démontrer qu'il n'a jamais eu aucun plan de conquête de Hermès, qu'il n'avait pas prévu en achetant ses ELS en 2008 de les dénouer un jour en actions plutôt qu'en cash, et que ce sont les circonstances du marché, dont une forte hausse du cours de l'action Hermès à l'été 2010, qui l'ont poussé à le faire.

Pour l'AMF, qui a la charge de la preuve, l'enjeu sera de démontrer que LVMH avait l'intention de monter au capital de Hermès grâce à un débouclage final en actions.

Concernant l'information donnée par LVMH sur ses instruments dérivés, un fiscaliste note que le groupe, "habile", mentionnait bien dans son document de référence de 2009 "un montant nominal de 1 milliard d'euros". Mais sans parler d'Hermès.

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