Victorinox : la Suisse dans un couteau de poche

Chez Victorinox, la sauvegarde des emplois est un objectif affirmé : aucun salarié n’a jamais été licencié.[CC/gtorelly]

Le célèbre canif rouge frappé de la croix helvète est l’outil indispensable. D’abord fidèle compagnon des militaires, puis des campeurs, il se trouve maintenant dans toutes les poches, utile en toute occasion.

 

Archives – Article publié le lundi 27 août 2007

 

Destiné à l’origine aux soldats de l’armée helvétique, le couteau suisse est issu des usines Victorinox. Fondée par Carl Elsener en 1884, l’entreprise de coutellerie réalise sa première livraison en 1891. Très solide, le couteau du fantassin était aussi très lourd. Aussi, Carl Elsener eu l’idée de concevoir un modèle plus léger et élégant pour les officiers. Une version dont le brevet fut déposé le 12 juin 1897 sous l’appellation «couteau d’officier et de sport».

Ce n’est que plus tard, à l’aube du XXe siècle, en rendant hommage à sa mère, qu’il décide de donner à la marque le nom de Victoria auquel il ajoutera en 1921 le mot «inox». Avec la découverte de l’acier inoxydable, Victorinox est né.

Au départ, le couteau ne contenait que six outils, et finalement il ne fut pas retenu par l’armée en tant qu’élément officiel de l’équipement du soldat suisse. Peu importe, le succès des couteaux avait déjà fait son chemin et les officiers les achetaient pour leur compte. Un succès qui traversa rapidement les frontières, puisqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Américains vendaient à leurs «boys» le fameux Swiss Army Knife.

Avec les années, de nouveaux outils vinrent s’ajouter au couteau, jusqu’au couronnement avec le SwissCamp et ses 33 fonctions. Désormais, pour un poids de 185 grammes, vous disposez d’une lame, d’une scie, d’une pince à épiler, d’un cure-dent, de ciseaux, d’un tire-bouchon, etc.

 

Le Swiss Army Knife [CC/Leo-setä]

 

Du pratique à la qualité

Au pied des montagnes de Mythen, à Ibach, dans le canton de Schwyz, près de 34 000 Swiss Army Knives sortent des usines chaque jour. Pour garantir une fonctionnalité exemplaire de ses produits, Victorinox a pensé à tout. Pièces maîtresses de cet outil de poche : les ressorts. Ainsi, pour le modèle SwissCamp, 8 ressorts ont été nécessaires avec 24 points d’appui pour réaliser une pression totale d’environ 300 kg. C’est grâce à ce dispositif que la fabrication du couteau d’officier suisse a été rendue possible.

Mais la société voit plus loin. A partir de 1951, elle abandonne le métal blanc pour fabriquer dans un alliage d’aluminium les plaques intermédiaires entre les outils (platines). Un alliage qui donne au couteau une plus grande légèreté, qualité indispensable pour un outil de poche. La même année, Victorinox dépose le brevet de son ouvre-boîte, jamais égalé par aucun autre canif.

Enfin, avant d’être mis en vente, chaque lame est étudiée manuellement par 90 personnes qui contrôlent minutieusement leur qualité. Un savoir- faire qui permet aujourd’hui à la marque d’être le leader mondial des outils multifonctions et couteaux de poche.

La gamme s’élargit sans cesse et bénéficie des dernières technologies comme les modèles SwissLite avec diode lumineuse (LED), ou encore le SwissCard. Ces outils multifonctions se présentent sous la forme d’une carte de crédit.

 

Le SwissTool [CC/vmario]

 

Combien de vies sauvées grâce à un couteau suisse ?

Ce serait mentir que de dire que le couteau suisse ne nous a jamais dépannés. Les campeurs et autres randonneurs pourraient même lui vouer un culte. C’est justement parce qu’il est l’accompagnateur idéal de toute expédition, que Victorinox a eu l’idée de rassembler dans une brochure (Victorinox : des histoires de couteaux) toutes les anecdotes de celles et ceux à qui le couteau suisse a sauvé la vie. Ainsi, en 1976 dans un avion, une mère doit le salut de son fils au Swiss Army Knife. L’enfant s’était étranglé avec le bouchon d’une bouteille, et un médecin a pu pratiquer une trachéotomie grâce au fameux couteau.

La même année, l’expédition pour le pôle Nord de Charles Burton a fait amplement usage de cet outil précieux. Pour ouvrir les boîtes de conserve, mais aussi pour couper les vêtements d’un membre de l’équipe qui était tombé dans la glace, et qui risquait de mourir si on ne le débarrassait pas rapidement de ses habits. Ainsi, le couteau suisse reste aujourd’hui sans conteste l’un des meilleurs ambassadeurs de la communauté helvétique.

 

Les canifs Victorinox se déclinent aujourd’hui en différents coloris [CC/MIKI Yoshihito (´・ω・)]

 

L’esprit Elsener

L’épopée du couteau suisse doit en partie son succès à la politique et à l’esprit d’entreprise de Victorinox. Une histoire familiale, puisque depuis son lancement, pas moins de quatre générations d’Elsener se sont succédé. Carl Elsener IV, âgé de 81 ans et petit-fils du fondateur, veille sur la morale de travail dans son entreprise. Chrétien convaincu, il n’hésite pas à faire valoir les valeurs évangéliques au sein des ateliers. «Notre entreprise se doit de conduire les affaires selon des principes chrétiens», expliquait- il dans une interview en décembre 2003.

A la suite des attentats du 11 septembre 2001, le vent ne souffle plus dans les voiles du navire Victorinox. Les terroristes armés de couteaux ont entaché l’image du canif, portant ainsi l’estocade au chiffre d’affaires de la branche couteaux de poche, qui diminua de plus d’un tiers fin 2001. Mais chez les Elsener, le licenciement économique est tabou et il n’y en a jamais eu. La sauvegarde des emplois est un objectif social qui reste fortement ancré. Ainsi, en 2000, la famille a transformé la société anonyme en fondation pour s’assurer une indépendance financière et la sauvegarde des emplois.

 

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