Sophie la girafe, la reine des berceaux

Sophie la Girafe[CC/seanmfreese]

Sophie la girafe n’a pas d’équivalent dans l’univers des jouets. Chez les parents, elle ressuscite des souvenirs d’enfance, et les plus petits la découvrent avec joie en la mordillant et en la pressant pour faire du bruit. En dépit des années, Sophie la girafe demeure un jouet indémodable.

 

Archives – Article publié le Jeudi 20 mars 2008

 

Jusqu'au début des années 1960, les jouets en caoutchouc représentaient surtout des animaux familiers comme des vaches, des moutons ou des chevaux. L’apparition de la girafe au rayon jouets des grands magasins a apporté un peu d’exotisme. Mais c’est surtout sa forme qui a permis d’en faire un jouet populaire, car ses longues pattes et son cou permettent aux enfants de la manipuler facilement.

 

L’histoire

Les premiers jouets en caoutchouc datent du XIXe siècle. A l’époque, ce sont surtout des poupées qui sont représentées. Les premiers animaux n’arrivent dans les mains des enfants qu’au début du XXe siècle et l’âge d’or des jouets en caoutchouc ou en latex ne correspond finalement, en France, qu’aux années 1950. Aujourd’hui, la seule société française qui fabrique des jouets en caoutchouc – et donc Sophie la girafe – se trouve à Paris, dans le 3e arrondissement.

L’ancêtre de Sophie la girafe est née en 1959. Elle s’appelle Zoé et mesure 46 centimètres. Beaucoup trop grande et peu maniable pour les bébés, elle est très vite abandonnée au profit de sa petite sœur, Sophie, née en 1961. Plus petite – elle ne mesure que 18 centimètres –, Sophie la girafe se caractérise par le positionnement de sa tête, tournée vers la gauche, par sa couleur ainsi que ses lèvres et oreilles roses. Quand, en 1993, la société Delacoste est rachetée par Vulli (du nom de son fondateur, Joseph Vullierme), la fabrication de Sophie la girafe passe de Paris à Rumilly, en Haute-Savoie.

Sur le site savoyard, on compte aujourd’hui une quarantaine de personnes travaillant à sa production, dont la formule n’a pas changé depuis sa création. Il faut toujours quatorze opérations manuelles pour créer Sophie, à partir d’un caoutchouc issu de la sève d’hévéa. La matière première – 100 % naturelle – est achetée en Malaisie. Grâce à des moules en plâtre spécialement fabriqués pour retirer toute l’humidité du caoutchouc et un système de rotomoulage, la girafe qui sort de ce procédé de fabrication est différente à chaque fois, d’autant que les tâches sont ensuite peintes à la main. Comme son procédé de fabrication, Sophie la girafe n’a subi aucun lifting en presque cinq décennies, à la différence des autres jouets pour enfants nés quasiment au même moment.

Cette girafe reste donc à beaucoup d’égards une exception. Et si Vulli sous-traite 40 % des produits de la marque en Chine, pour Jean-Claude Strasbach, son directeur de longue date et spécialiste incon- testé du jouet premier âge, le choix est fait: «En gardant la production ici, je suis sûr de la qualité du produit. Et le coût de fabrication du produit est moins élevé qu’en Chine...»

 

Vidéo : Fabrication de Sophie la Girafe

 

 

Le développement des bébés

Sophie la girafe peut être mise dans les mains d’un enfant dès ses trois mois. La société Vulli se félicite de détenir le seul et unique objet capable d’éveiller les cinq sens de bébé. A trois mois, la vue des enfants est à 1/10e et leur œil ne perçoit que les contrastes. Les couleurs de Sophie permettent aux bébés de distinguer ses taches marron du reste du corps, de couleur crème. Elle est donc facilement reconnaissable pour le bébé, qui la distingue parmi ses autres jouets. Côté ouïe, Sophie est un jouet «couineur», c’est-à-dire dotée d’un dispositif conçu pour émettre un son lorsqu’on presse le jouet. Sophie stimule ainsi l’ouïe de l’enfant, puis lorsqu’il est en âge de le faire, soit entre quatre et sept mois, l’aide à comprendre la relation de cause à effet entre le bruit et la pression exercée sur le jouet.

En outre, la girafe Sophie fait le bonheur des tout-petits depuis sa création, car elle les soulage lors des poussées dentaires. Composée de caoutchouc 100 % naturel et de peinture alimentaire, elle s’utilise comme une tétine ou un biberon. D’une texture agréable au toucher, Sophie la girafe est dotée d’une odeur particulière, elle aussi agréable. Enfin, côté sensorimoteur, ce jouet long et maniable, de préhension facile, aide le jeune enfant à acquérir tous les gestes de prise en main. Un jouet comme Sophie la girafe, dit «sensori-moteur», permet à bébé d’évoluer et d’affiner ses gestes.

 

Vidéo : les 50 ans de Sophie la Girafe

 

 

Un jouet intergénérationnel

Le «plus» de Sophie la girafe est de bénéficier aujourd’hui d’une reconnaissance immense. Certaines mamans ont aussi joué avec des girafes Sophie dans leur petite enfance et souhaitent partager ce souvenir avec leur progéniture. Les grands-mères, aussi, qui en avaient acheté à leurs enfants, les offrent aujourd’hui à leurs petits-enfants. Avec le temps, la girafe Sophie profite de l’effet de nostalgie que peut créer un jouet d’enfance.

Pour les pédopsychiatres, l’impact d’un jouet dans la vie d’un enfant peut être très important. Ainsi, pour le docteur Stéphane Clerget, «le choix d’un jouet est déterminant pour un enfant pour sa vie d’adulte ; la girafe est un animal particulièrement attachant pour l’enfant».

Sophie fait donc partie des consommations nostalgiques, celles qui rappellent l’enfance, comme la trottinette ou le tricycle en leur temps. Elle concurrence de nombreux autres jouets et reste le préféré des petits Européens, sachant que chaque enfant joue différemment avec le même jouet. L’actuel directeur général de Vulli, Serge Jacquemier, se réjouit même de son côté thérapeutique : «Nous avons un peu le rôle de thérapeute, car lorsque le bébé mordille la girafe pour se faire les dents, il ne pleure pas et n’énerve pas ses parents!»

 

Des jouets loués sous le sapin

Un papa envoie le jouet de son fils dans l’espace

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