Quel intérêt a PSA à se rapprocher de Dongfeng ?

Une personne travaille dans une usine d'assemblage de PSA Peugeot Citroën à Wuhan dans le centre de la Chine, le 11 avril 2013 Une personne travaille dans une usine d'assemblage de PSA Peugeot Citroën à Wuhan dans le centre de la Chine, le 11 avril 2013 [Goh Chai Hin / AFP/Archives]

Le quotidien économique Les Echos révèle que PSA a mandaté deux banques internationales en vue d’un rapprochement avec le constructeur chinois Dongfeng. Dans la ligne de mire du constructeur français : associer ce montage à l’alliance actuelle avec General Motors.

 

Dans un contexte de difficultés de trésorerie récurrentes et devant de très sombres perspectives commerciales,  le constructeur d’automobiles français PSA Peugeot-Citroën réfléchit aux possibilités d’une alliance capitalistique avec le constructeur Dongfeng, son partenaire historique en Chine.

C’est ce que révèlent Les Echos sur la base d’informations que le quotidien économique s’est procurées. Les travaux préparatoires à cette alliance auraient même déjà débuté, l’objectif étant de mettre en place des scénarios de partenariat à l’international entre les deux constructeurs sans compromettre l’alliance de PSA avec General Motors (GM) en Europe.

 

Composition avec GM

D’un côté, le groupe PSA doit en effet composer avec GM, qui est devenu début 2012 son deuxième actionnaire en entrant à hauteur de 7% de son capital, tandis que de l’autre il souhaite accélérer sa présence à l’international.

Selon une source proche du dossier citée par Les Echos, « Dongfeng est la piste la plus crédible pour cela. » À ce stade, plusieurs options sont envisagées. Dongfeng pourrait ainsi prendre une participation directe dans PSA par le biais d’une augmentation de capital consécutive à une vente d’actions.

La perspective de l’entrée dans le capital d’un deuxième actionnaire de référence ne pourrait en revanche pas trop plaire à GM. Le groupe américain dispose d’ailleurs d’une clause dans son accord avec PSA qui lui permet de renoncer à ses engagements si un autre actionnaire prend plus de 10% du capital de PSA.

En outre, la capitalisation boursière de PSA – aujourd’hui à 4,39 milliards d’euros n’est pas encore en capacité de lever une somme suffisante d’argent.

Une autre option serait de constituer une alliance industrielle via une joint-venture baptisée « PSA-Dongfeng » et qui serait centrée sur les marchés émergents.

Dans ce cas de figure, Peugeot récupèrerait de l’argent frais de Dongfeng en échange d’un transfert d’actifs. Le chinois permettrait ainsi au français de poursuivre son développement non seulement en Chine mais également dans toute l’Asie du Sud-Est, les investissements nécessaires à ce développement étant mutualisés.

 

Un exercice d’équilibriste

Début 2012, au lendemain de la fusion avec GM, PSA comptait beaucoup sur le constructeur américain pour développer de nouveaux projets à l’échelle mondiale, en particulier sur les marchés en forte croissance que sont l’Amérique latine et la Russie, considérés d’ailleurs par les deux groupes comme des zones prioritaires d’expansion.

Or, dans les faits, l’alliance qui se voulait mondiale se limite au vieux continent et la possibilité d’une alliance avec Opel, un temps évoquée, n’est plus du tout à l’ordre du jour.

Selon une deuxième source anonyme, toujours citée par Les Echos : « Tout le partenariat est bloqué par la succession de Dan Akerson, le PDG de GM.

Dans le cas où il serait remplacé en 2014-2015, il ne voudrait pas embarquer son successeur dans un scénario trop engageant pour Opel », d’autant que « Ce n’est pas Dongfeng qui va aider PSA à se sortir de ses problèmes structurels en Europe. Il n’y a que GM pour cela », ajoute-t-elle.

En voulant développer une alliance avec Dongfeng sans se séparer de General Motors, Philippe Varin, le PDG de PSA, se livrerait donc à un véritable exercice d’équilibriste.

Par ailleurs, malgré une perte nette de 426 millions d’euros au premier semestre 2013 contre 818 millions un an auparavant, la situation financière de PSA reste fragile, faisant douter GM sur la capacité de PSA à trouver un autre investisseur.

Enfin, du moins pour le moment et malgré les informations qui auraient filtré, rien ne dit que Dongfeng est réellement intéressé. D’autant que le constructeur chinois dispose déjà d’autres partenariats avec différents constructeurs dont Nissan et bientôt Renault en Chine.

 

Pourquoi la Chine ?

D’abord il y a la situation du marché automobile européen, particulièrement dégradée et dont PSA Peugeot-Citroën subit les conséquences de plein fouet.

Ainsi, le constructeur a enregistré une baisse de 17,9 % sur le mois d’août de ses ventes de voitures neuves, et ce après une baisse de 1 % sur le seul mois de juillet, selon les chiffres diffusés hier par l’association européenne des constructeurs automobiles (Acea).

Sur le seul mois d’août, la part de marché de PSA en Europe passe sous la barre des 10 % (9,7 %), c’est un plus bas historique.

À l’inverse, au mois de juin 2013, les ventes de voitures neuves en Chine ont progressé de 11,2% par rapport à la même période l'année dernière.

Sur l'ensemble du premier semestre, le marché a progressé de 12,3%, pour atteindre 10,78 millions de véhicules écoulés.

Selon les prévisions du cabinet de conseil McKinsey, le marché des voitures particulières devrait croître à un rythme annuel de 8% jusqu'en 2020, avec des ventes atteignant un total de 22 millions.

Déjà premier marché mondial tous modèles confondus depuis 2009, la Chine devrait dépasser les Etats-Unis sur le segment des véhicules de luxe à partir de 2016.

Enfin, le directeur de la marque Peugeot, Maxime Picat, par ailleurs directeur du centre de production de Wuhan en Chine, n’a pas hésité à réserver à destination du marché chinois le numéro 8 pour les Peugeots actuelles et futures. En effet, en Chine, il est synonyme de bonheur, et l'arborer sur sa calandre peut révéler un certain statut social.

 

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