L’éternel débat sur l’austérité, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani [REAU ALEXIS / SIPA]

La France a toute chance de se retrouver de nouveau au banc des accusés à Bruxelles. Motif : son projet de budget 2015 prévoit un déficit stable légèrement supérieur à 4 % du PIB et ne respecte pas les engagements de réduction pris devant la Commission Barroso qui lui avait déjà accordé un délai de deux ans.

 

 

Se joue en fait l’affrontement de deux lignes : l’une, soutenue par la chancelière allemande Angela Merkel, consiste à maintenir une politique d’austérité dans les pays en déséquilibre pour les remettre dans le droit chemin. L’autre, celle de la France et de l’Italie, considère que l’obstination dans l’austérité est responsable de la faiblesse de la croissance, de la stagnation actuelle et donc de la persistance du chômage de masse.

Dans ce débat, la France a, à la fois, raison et tort. Elle a d’abord doublement raison. En premier lieu, elle peut justifier d’un traitement particulier, même si cette idée déplaît à beaucoup de ses partenaires. Car la France, seule ou presque en Europe, fournit un effort de défense substantielle. Là où l’Allemagne consent à peine quelques gestes symboliques et alors même que la Grande-Bretagne a cessé de disposer d’une armée autonome, n’intervenant qu’en appendice de l’armée américaine. La France envoie ses soldats assurer non seulement sa propre défense, mais aussi celle de toute l’Union, dans l’Afrique sub-saharienne, et notamment au Mali. C’est bien dans ces régions menacées par l’«islamofascisme» que se joue une part de notre sécurité collective. François Hollande aurait tort de ne pas invoquer cet argument. En second lieu, la France a raison sur le plan éco­nomique de plaider dans le même sens que l’Italie.

Le FMI l’a dit et répété : il y a, en Europe, à la fois une menace de déflation et un problème de demande, désor­mais insuffisante. Et les politiques dites d’austérité compriment cette demande de façon déraisonnable.

 

Tenir les deux bouts de la chaîne

La difficulté politique est que l’Allemagne continue d’appuyer sur le frein. Nous sommes condamnés à attendre qu’elle consente à bouger, ce qu’elle finit toujours par faire. Mais avec une lenteur dommageable. Ainsi, Angela Merkel ne voulait au départ ni aider la Grèce, ni organiser le sauvetage du système bancaire, ni consentir à l’union bancaire, ni accepter que la Banque centrale européenne (BCE) ait une politique plus audacieuse, etc., pour finir par se rallier à toutes ces obligations, notamment en acceptant l’idée que ne pas aider la Grèce, c’était prendre le risque de faire exploser la zone euro. Elle cède donc. Elle consent à aider, mais tard. Et ce retard est aujourd’hui en partie responsable de la stagnation qui s’installe et qui pourrait atteindre aussi l’Allemagne.

En même temps, la France a tort de ne pas accélérer assez dans une vraie politique de l’offre. Elle souffre d’un retard de compétitivité, d’un déficit extérieur démesuré et de l’absence des réformes de structure que tous les autres pays ont mises en place, par exemple le recul de l’âge légal de la retraite. La vérité, comme souvent dans la période récente, vient de la bouche de Mario Draghi, le président de la BCE, pour lequel l’Europe a aujourd’hui à la fois un problème de demande et d’offre. Il faut impérativement être capable de tenir les deux bouts de la chaîne. Favoriser la demande mais, en même temps, ne pas renoncer aux réformes de structure indispensables.

Il ne s’agit pas là d’un débat droite/gauche mais plutôt d’une bonne appréhension des exigences de la situation. Le salut peut aussi venir du programme proposé pour la nouvelle Commission par Jean-Claude Juncker, qui prévoit notamment 300 milliards d’euros d’investissements. Le problème est qu’il faudrait les engager ici et maintenant aussi vite que possible et, pas une fois de plus, perdre du temps. 

 

Jean-Marie Colombani

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles