Déficit public : cap sur les 3%

Fini les excès d’optimisme qui ont souvent empêché Paris de tenir ses promesses, les prévisions sont désormais des seuils planchers, en espérant avoir de bonnes surprises. [ALAIN JOCARD / AFP]

Bercy va présenter aujourd’hui sa trajectoire budgétaire d’ici à 2017. Celle-ci doit permettre de rassurer Bruxelles sur la maîtrise du déficit.

 

C’est l’heure de rendre sa copie. Le ministère de l’Economie et des Finances présente aujourd’hui, en Conseil des ministres, son programme de stabilité. Un document qui esquisse les orientations budgétaires de la France pour les années 2015, 2016 et 2017, avec en ligne de mire le passage sous la barre des 3 % de déficit public à la fin du quinquennat.

Envoyée à la Commission européenne à la fin du mois, cette trajectoire y sera évaluée, avant que le Conseil n’émette des recommandations. Sous la pression de Bruxelles, l’objectif de Bercy est donc de prouver que Paris est capable de maîtriser ses dépenses publiques.

 

Un déficit maîtrisé

Pour remplir ses objectifs, la France mise sur un rebond d’activité. Le gouvernement prévoit 1% de croissance cette année, un chiffre au-dessous de celui avancé hier par le FMI (1,2 %) mais bien supérieur à celui de 2014 (0,4 %). Mais Bercy a revu ses ambitions à la baisse pour 2016, anticipant un taux de 1,5 %, contre 1,6 % auparavant. Même scénario en 2017, la prévision de 1,9 % a été abaissée à 1,5 %.

Il y a là un changement clair de stratégie de l’exécutif. Fini les excès d’optimisme qui ont souvent empêché Paris de tenir ses promesses, les prévisions sont désormais des seuils planchers, en espérant avoir de bonnes surprises. «Cette prudence est un choix délibéré qui vise à redonner à la France toute sa crédibilité», a justifié le ministre des Finances, Michel Sapin, dans une récente interview aux Echos.

Prudence et réalisme aussi sur le front du chômage, qui continuerait d’augmenter cette année. Une baisse n’est à prévoir qu’«en 2016 et 2017», selon Michel Sapin.

Du côté du déficit, Bercy a modifié ses anticipations après un résultat meilleur qu’espéré en 2014 (4,1 % contre 4,4 %). Il prévoit d’atteindre les 3,8 % cette année, puis de descendre à 3,3 % en 2016, avant de se soumettre à la règle budgétaire en 2017 avec un déficit à 2,7 %. Là encore, Michel Sapin a assuré avoir pris toutes les précautions, en se basant «sur des niveaux d’inflation inférieurs aux prévisions de la BCE».

 

Ne pas «casser» la croissance

La Commission européenne n’est pas la seule préoccupation de Bercy. Si le secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert, a confirmé que la trajectoire du programme de stabilité était «proche de la recommandation» de Bruxelles, il a également insisté sur la volonté du gouvernement de «ne pas casser la croissance», indispensable pour faire repartir l’emploi.

Autrement dit, pas question pour Paris de se soumettre aux injonctions d’efforts supplémentaires formulées par l’Europe en février dernier. A l’époque, la Commission lui avait recommandé d’ajouter 29 milliards d’économies aux 50 milliards déjà prévus, et Michel Sapin y avait déjà opposé une fin de non recevoir.

Le gouvernement français marche donc sur la corde raide. Lui qui a déjà demandé plusieurs délais pour repasser sous la barre des 3%, en 2013 puis cette année, exaspérant au passage ses partenaires européens, plus rigoureux, ne peut se permettre de manquer le coche une nouvelle fois.

 

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