Grèce : dernière ligne droite pour les négociations

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker le mercredi 3 juin 2015. [THIERRY CHARLIER / AFP]

La Grèce et ses partenaires tentaient mercredi 3 juin de trouver les bases d'un accord permettant de verser rapidement au pays une tranche d'aide vitale à sa survie financière, après des mois de négociations infructueuses qui ont mis le pays au bord de la faillite.

 

Le Premier ministre grec Alexis Tsipras est arrivé en fin de journée à la Commission européenne à Bruxelles, pour un dîner de travail avec son président, Jean-Claude Juncker, qui l'a invité, deux jours avant que la Grèce ne doive honorer le remboursement de 300 millions d'euros au FMI, un de ses principaux créanciers.

Signe de l'importance de cette réunion, M. Tsipras est venu avec toute son équipe de négociation, notamment Euclide Tsakalotos, le coordinateur des discussions avec les créanciers (UE et FMI).

 

Une réunion "importante"

Face à la presse, MM. Tsipras et Juncker se sont abstenus de tout commentaire, se contentant d'une poignée de mains protocolaire.

Le patron de la zone euro, Jeroen Dijsselbloem, est également à Bruxelles et s'est entretenu en début de soirée avec le chef de l'exécutif européen, pour "se coordonner sur la marche à suivre". "C'est une réunion importante, mais je ne m'attends pas à un accord ce soir", a prévenu le Néerlandais à son arrivée au siège de la Commission.

La rencontre entre MM. Tsipras et Juncker doit ouvrir la voie à un accord sur une liste de réformes en vue du versement à la Grèce de 7,2 milliards d'euros, promis de longue date. L'idée est de conclure les négociations avant vendredi, selon une source européenne.

 

Entretien avec Hollande et Merkel 

La partie grecque est soumise à une forte pression. La chancelière allemande Angela Merkel et le président français François Hollande se sont entretenus dans l'après-midi avec M. Tsipras. Tous trois "se sont mis d'accord sur la nécessité d'une solution immédiate", selon une source grecque. "Les jours qui viennent sont décisifs", a insisté François Hollande.

Pour débloquer les négociations, les créanciers de la Grèce ont élaboré une proposition d'accord, après la réunion lundi au pied levé entre M. Hollande, Mme Merkel, le président de la BCE, Mario Draghi, et la patronne du FMI, Christine Lagarde, qui devrait servir de base à la négociation.

Ce texte, "n'est pas un +take it or leave it+, +tu prends ou tu laisses+, on n'en est pas là, il faut un vrai dialogue", a estimé à Paris Pierre Moscovici, le commissaire européen aux Affaires économiques. "Mais en même temps, l'idée, c'est d'aboutir à un accord rapidement." Le plan des créanciers est "exigeant" mais "n'est pas moins un paquet qui vise à assurer l'avenir de la Grèce dans la zone euro et la prospérité pour le peuple grec", a-t-il assuré devant l'Assemblée nationale.

 

46 pages de réformes

Mais Athènes arrive également avec son lot de réformes. Le plan grec, que va défendre mercredi soir M. Tsipras, recense sur 46 pages réformes et mesures budgétaires. Selon la presse locale, elles incluent une réforme de la TVA, l'unification graduelle des caisses de retraites, la suppression des retraites anticipées et une accélération des privatisations.

Le compte n'y est pas pour plusieurs sources proches des discussions, qui voient plutôt dans ce texte "un ballon d'essai" de la Grèce auprès de ses créanciers.

Selon une source gouvernementale grecque, un pas a déjà été franchi pour que ceux-ci acceptent de baisser les objectifs d'excédents budgétaires primaires assignés au pays. Cette concession permettrait de donner un peu d'air aux finances de la Grèce.

 

"Faire preuve de réalisme"

"Il faut que nous évitions la division", a plaidé M. Tsipras avant de s'envoler pour Bruxelles. "Les dirigeants européens doivent avancer en faisant preuve de réalisme, comme le fait depuis trois mois le gouvernement grec (...) au profit d'une Europe unie", a-t-il ajouté.

De Francfort, M. Draghi, a exigé un "accord solide", qui "produit de la croissance, inclut de la justice sociale, est pérenne du point de vue budgétaire et assure la stabilité financière" de la Grèce. Il a précisé qu'il ne se rendrait pas à Bruxelles mercredi soir.

 

Le temps presse

Quoi qu'il en soit, le temps presse pour trouver un accord, alors que la Grèce, privée de versement de ses bailleurs de fonds depuis août, risque à tout moment la faillite.

Vendredi, le pays doit rembourser une tranche de prêts de 300 millions d'euros au FMI, premier versement d'un total de 1,6 milliard d'euros dus à l'institution en juin. Si Athènes dispose des fonds, selon une source familière de ces transactions, le gouvernement a laissé entendre que des gages d'accord seraient nécessaires pour envisager les prochains paiements.

Le groupe parlementaire Syriza de M. Tsipras se réunira jeudi pour examiner les offres d'accord, une étape essentielle car le Premier ministre aura besoin d'une majorité parlementaire pour faire passer les réformes conditionnant le versement de l'aide, ce qui inquiète à Bruxelles.

Pour qu'un accord soit sur pied avant l'expiration du deuxième plan d'aide à la Grèce au 30 juin, le feu vert des créanciers et des 19 pays de la zone euro doit intervenir au plus tard lors de l'Eurogroupe du 18 juin.

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