Myriam El Khomri : "La réforme du code du travail est nécessaire"

La ministre du Travail, Myriam el Khomri La ministre du Travail, Myriam el Khomri [© R.Meigneux-Sipa-Pour DirectMatin]

Myriam El Khomri a présenté cette semaine ses pistes pour une nouvelle architecture du code du travail. Si certains déplorent une réforme timide, la ministre voit dans cette réécriture une avancée essentielle pour faire face aux mutations de la société. 

Votre projet de loi portera notamment sur le temps de travail. Allez-vous assouplir les 35 heures ?

Nous ne souhaitons pas toucher à la durée légale du travail, qui restera fixée à 35 heures. Si je veux réécrire sans attendre les 125 pages du code consacrée au temps de travail, c’est parce que, lors de mes déplacements, j’ai constaté que les questions d’organisation du travail étaient une préoccupation centrale pour les salariés et les employeurs. Si un chef d’entreprise fait face à un pic d’activité, il veut pouvoir répondre à la demande de son client. Mais il n’est pas facile de s’adapter, d’augmenter par exemple le temps de travail des salariés à temps partiel. Ma loi le rendra possible. Elle apportera aussi des garanties pour sécuriser le forfait-jour.

Le CDI fera-t-il parti du socle commun de droits ?

Bien sûr. Avec plus de trois millions de chômeurs, l’objet de cette réforme n’est pas de faciliter les licenciements – il est au contraire de soutenir l’emploi et de simplifier les démarches des entreprises pour qu’elles retrouvent confiance dans leur capacité à générer de l’activité mais aussi à investir et à créer de l’emploi.

Allez-vous généraliser le principe de l’accord majoritaire lors des négociations d’entreprise ?

L’accord majoritaire est nécessaire lorsque l’on croit au dialogue social et au rôle des syndicats. Cependant, il n’y avait pas d’unanimité sur ce point parmi l’ensemble des partenaires sociaux que j’ai consultés et que je vais continuer à entendre sur ce sujet. Il y a donc encore du travail, mais c’est pour moi une piste sérieuse. 

elkhomri2.jpg

Êtes-vous favorable aux référendums d’entreprises ?

Je ne suis pas pour contourner les représentants des salariés qui ont été élus. Faire confiance aux acteurs des négociations d’entreprise, c’est assumer la légitimité des syndicats, aujourd’hui, dans notre pays. Mais je ne suis bien sûr pas opposée à ce qu’il y ait des consultations des salariés.

Le code sera réécrit en deux ans. Pourquoi un calendrier si rapide ?

Un droit qui n’est pas accessible n’est pas un droit qui protège. On ne peut pas se contenter de subir les mutations que rencontre notre société.  Mon rôle, en tant que ministre, c’est de traiter les problèmes, pas de les repousser. Cette réécriture en deux ans, c’est assez court, mais il y a urgence : cette réforme est nécessaire. Elle sera utile à tous, les salariés comme les employeurs. Et les principes qui ont été acquis au prix de luttes sociales, c’est important de les réaffirmer.

Autre chantier, la lutte contre le chômage. Pensez-vous que la baisse enregistrée en septembre soit durable ?

Les résultats sont bien sûr encourageants. On sait que le climat des affaires n’a pas été aussi bon depuis 2011, qu’il y a des créations nettes d’emploi, des demandes d’embauches, l’intérim qui repart. Près de 24 000 jeunes sont sortis du chômage sur les quatre derniers mois. Mais il n’y a pas de triomphalisme de ma part. Il y a eu une baisse, je dois faire en sorte d’amplifier cette baisse.

Le chômage de longue durée continue en revanche d’augmenter. Comment le combattre ?

D’abord, grâce aux services publics de l’emploi, qui doivent accompagner avec une meilleure efficacité les chômeurs de longue durée. Ensuite, grâce au ciblage des contrats aidés vers les personnes les plus éloignés de l’emploi – les seniors, les jeunes, les personnes en situation de handicap. Enfin, grâce à la formation, en les orientant vers des secteurs d’avenir ou des secteurs qui peinent à recruter faute de qualification.

Est-il difficile d’être responsable de l’enjeu prioritaire pour beaucoup de Français ?

J’ai été au contact de nombreux chômeurs, je sais ce que peut être le traumatisme du chômage dans une famille, pour soi ou pour ses enfants. C’est pourquoi le combat se joue au niveau  national, avec la mobilisation de l’ensemble du gouvernement. Parce que nous le devons aux Français.

 

À suivre aussi

Ailleurs sur le web

Derniers articles