Les marchés ébranlés par la déroute boursière chinoise

Des investisseurs regardent des écrans de cotation dans une société de Bourse à Pékin le 7 janvier 2016 [FRED DUFOUR / AFP] Des investisseurs regardent des écrans de cotation dans une société de Bourse à Pékin le 7 janvier 2016 [FRED DUFOUR / AFP]

Les marchés mondiaux étaient une nouvelle fois sévèrement ébranlés jeudi par l'impressionnante déroute boursière en Chine, où la séance a duré moins d'un quart d'heure avant d'être interrompue après une chute de 7%.

Cette deuxième interruption de séance en moins d'une semaine inquiète les investisseurs quant à la portée du ralentissement de l'économie chinoise, un des poumons de la croissance économique mondiale. En Asie, Tokyo a fermé en repli de 2,33%, Hong Kong a perdu plus de 3%, et en Europe, les places ont ouvert en très forte baisse. Dans les premiers échanges, Paris dévissait de 2,50%, Francfort et Milan de plus de 3% et Londres de près de 2%.

"La Chine a un très gros problème d'ajustement", a déclaré le fameux milliardaire investisseur américain George Soros. "Je dirais que c'est bien une crise. Quand je regarde les marchés financiers, je vois une situation sérieuse qui me rappelle la crise que nous avons eu en 2008". Le pétrole, dont l'offre est toujours aussi abondante, était aussi tiré vers le bas par la Chine alors même que les tensions diplomatiques dans le Golfe seraient de nature à faire monter les prix.

Le brut flanche

Les cours du brut continuaient de flancher : le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en février perdait 1,58 dollar à 32,65 dollars par rapport à la clôture de mercredi, au plus bas depuis plus de 11 ans, et le WTI cédait 1,77 dollar à 32,20 dollars. Le marché des devises était aussi secoué d'autant que l'étincelle qui a mis le feu au poudre jeudi a été la décision de la Banque centrale chinoise de dévaluer à nouveau le yuan.

Des gens marchent sur un pont avec un écran montrant les cotations boursières à Shanghai le 7 janvier 2016 [STR / AFP]
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Des gens marchent sur un pont avec un écran montrant les cotations boursières à Shanghai le 7 janvier 2016

Les autorités ont en effet abaissé le cours de référence du yuan face au billet vert de 0,51%, à 6,5646 yuans pour un dollar, soit le taux le plus bas depuis mars 2011. Il s'agit du huitième mouvement de baisse consécutif décidé par la banque centrale. C'est aussi sa plus forte baisse depuis août, selon Bloomberg News, quand Pékin avait décidé d'une dévaluation-surprise du renminbi de quasiment 5% en une semaine. Le yuan est autorisé à fluctuer face au dollar dans une marge de plus ou moins 2% de part et d'autre d'un taux de référence défini par la banque centrale chinoise (PBOC). 

Le dollar s'affaiblissait face au yen et à l'euro notamment, et le franc suisse, traditionnelle valeur refuge, se renforçait. "Dans ce contexte de tensions financières renouvelées en Chine, l'euro et le yen remontent face au dollar, ce qui est souvent le cas dans ce type de situation car les investisseurs rapatrient leurs liquidités des zones stressées. La baisse du yuan alimente la baisse du pétrole, qui alimente elle-même la chute des marchés", selon les analystes d'Aurel BGC.

"Cocktail dangereux de nouvelles menaces"

L'or, autre valeur refuge, progresse sensiblement depuis le début de l'année, passant d'environ 1.060 dollars l'once à pratiquement 1.100.Ces turbulences chinoises viennent assombrir un panorama déjà un peu encombré, et où croît le risque géopolitique en provenance du Golfe et de Corée du Nord.

"C'est déjà une semaine à oublier", a estimé Michael Hewson, un analyste de CMC Markets en évoquant une "multitude d'inquiétudes au sujet des tensions entre l'Arabie Saoudite et l'Iran, la bombe nord-coréenne et l'économie chinoise qui maintiennent les investisseurs dans un mauvais climat".

Une société de Bourse à Kuala Lumpur le 7 janvier 2016 [MOHD RASFAN / AFP]
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Une société de Bourse à Kuala Lumpur le 7 janvier 2016

Plus largement, la Banque mondiale (BM) a fortement abaissé mercredi sa prévision de croissance dans le monde pour 2016, renforçant les craintes suscitées par les performances "décevantes" des grands pays émergents dont la Chine et le Brésil. Après avoir crû de 2,4% en 2015, le produit intérieur brut (PIB) mondial devrait progresser de seulement 2,9% cette année, marquant un recul de 0,4 point par rapport aux prévisions de l'institution en juin, selon un rapport semestriel publié mercredi.

Le chancelier de l'Échiquier George Osborne, devait faire également part d'un certain pessimisme jeudi. "L'an passé fut la pire pour la croissance mondiale depuis la crise et cette année débute avec un cocktail dangereux de nouvelles menaces. (…) Cette année n'a que sept jours, et déjà nous avons des nouvelles inquiétantes sur la chute des marchés action à travers le monde, le ralentissement de la Chine, des problèmes sérieux au Brésil et en Russie", selon le texte de son discours.

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