Pérou : Cajamarca en faveur du projet minier Conga

Une passante devant des slogans hostiles au projet minier de Cajamarca, le 5 juillet 2012 à Celendin au Pérou[AFP/Archives]

Le projet minier controversé de Conga dans la région de Cajamarca (nord du Pérou) fait l'objet de manifestations hostiles qui viennent de faire cinq morts, mais il bénéficie aussi de l'appui silencieux d'une grande partie de la population de cette zone, une des plus pauvres du pays, qui se réjouit de la manne qu'il représente.

Le projet d'aménagement de la mine d'or de Conga, appartenant à la société américaine Newmont, le plus gros investissement minier du pays (4,8 milliards de dollars) est "le plus important qui se soit présenté pour Cajamarca depuis plus de 20 ans", résume pour l'AFP Luis Guerrero, ancien maire et leader du Collectif pour Cajamarca.

Le Collectif, qui regroupe résidents et commerçants de la ville favorables au projet rejette les arguments de ses opposants qui affirment que l'eau de cette ville de 230.000 habitants est polluée par la mine.

"Non, assure Guerrero, l'eau n'est pas contaminée, il y a de l'aluminium dans l'eau, mais bien en dessous des normes internationales".

L'ancien maire indique que le projet minier reste une priorité pour l'Etat péruvien et représente en termes de PIB plus que de l'agriculture et l'élevage, deux secteurs traditionnel, qui estime-t-il, "condamnent à la pauvreté" cette région andine.

Les opposants au projet redoutent principalement l'impact de la mine sur les fragiles ressources en eau de la région, sa réalisation devant conduire à sacrifier quatre lacs réservoirs d'altitude pour les remplacer par des lacs artificiels.

Pour Guerrero, de nombreux interêts politiques sont en jeu et "les discours des manifestants sur le fait que l'eau va disparaître de la région ne sont qu'un conte pour tromper les gens pauvres".

Beaucoup des commerçants de Cajamarca, qui supportent des grèves partielles depuis des semaines se réjouissent pour leur part du projet et souhaitent un retour à la normalité.

"Mes ventes ont baissé de 30% depuis novembre dernier, quand les manifestations ont commencé et nous avons depuis très peu de clients", indique à l'AFP Andrea, gérante d'une petite boutique d'objets d'artisanat.

La grève a frappé plus particulièrement le tourisme dans cette cité emblématique du Pérou, théâtre de la première confrontation entre l'empire Inca et les conquistadores espagnols.

La capture puis l'assassinat en 1533 de l'Inca Atahualpa par Francisco Pizarro malgré le paiement d'une rançon colossale sonneront le début de la fin de l'empire inca.

"En en ce moment, c'est à peine si nous avons 10 visiteurs par jour contre 60 en temps ordinaire, se plaint à l'AFP, José, guide touristique dans la "Salle de la rançon", une pièce de 40 m2 que Atahualpa fit remplir de deux fois son volume d'argent et une fois son volume d'or pour acheter en vain sa liberté et sa vie.

"Nous ne sommes pas contre la mine mais contre la pollution provoquée par les mines", indique pour sa part à l'AFP Gladys, propriétaire d'une compagnie de véhicules tout terrain qu'elle loue aux touristes dans la région.

Dans les rues de Cajamarca toutefois, les seules pancartes et affiches visibles et omniprésentes sont celles exigeant le retrait du projet Conga.

"Il y a des gens en faveur, une majorité silencieuse, des gens modestes qui ne savent ni s'organiser ni faire de la politique", affirme sur Twitter un habitant de la région Germán Merino.

Pour tenter d'apaiser les violences de ces derniers jours - qui ont fait cinq morts, 45 blessés et provoqué 25 arrestations - et "ouvrir un espace propre au dialogue", le président péruvien Ollanta Humala a confié une mission de médiation à monseigneur Miguel Cabrejos, évêque de Trujillo (nord) qui devrait débuter lundi.

L'état d'urgence a été décrété la semaine dernière dans la région pour 30 jours.

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