Une agence pour la biodiversité, en attendant des moyens

La ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, le 15 septembre 2012 à Paris [Kenzo Tribouillard / AFP/Archives] La ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, le 15 septembre 2012 à Paris [Kenzo Tribouillard / AFP/Archives]

"Freiner" l'étalement urbain, "verdir" les programmes scolaires et créer une agence pour la biodiversité: souvent négligée, la préservation des espèces figure en bonne place dans la "feuille de route" écologique du gouvernement, même si la question des moyens reste entière.

La biodiversité "est notre bien commun, chacun d'entre nous doit en être convaincu", avait insisté le président François Hollande la semaine dernière, en ouverture de la conférence environnementale, où la biodiversité avait été érigée en priorité au côté de l'énergie.

La création d'une Agence nationale de la biodiversité, demandée par des associations et promise pour 2013, constitue un point fort de la "feuille de route" écologique publiée jeudi par le gouvernement.

Ses "moyens" et son "périmètre", questions centrales, vont faire l'objet d'une "concertation". Elle doit devenir le pendant de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), qui informe et finance dans les domaines de l'énergie, des déchets ou de la qualité de l'air.

"On a la chance d'avoir les meilleurs experts mondiaux sur les sujets liés à la biodiversité, mais ils sont éparpillés sur plusieurs structures, comme l'Office national de la chasse, les parcs régionaux, les services des ministères", a souligné l'ex-secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno, qui avait défendu en vain une telle structure après le Grenelle de l'environnement sous le gouvernement précédent.

"Il faut qu'on mutualise", a ajouté celle qui a présidé l'Ademe.

"On peut espérer qu'il va enfin se passer des choses", s'est félicité Christophe Aubel, directeur de l'association Humanité et biodiversité.

Cette agence, a-t-il estimé, doit surtout permettre de générer des "financements supplémentaires" pour atteindre les vingt objectifs actés dans la stratégie nationale 2011-2020. La précédente stratégie (2004-2010) s'était soldée par un échec.

Doubler la part du "bio"

Le taux d'extinction des espèces végétales et animales est désormais "jusqu'à 1.000 fois plus élevé" que le taux historique connu jusqu'à ce jour, avait rappelé l'ONU en 2010.

Dans sa "feuille de route", le gouvernement s'engage à "freiner au niveau national l'artificialisation des espaces agricoles et naturels", c'est-à-dire le fait de les convertir en surfaces bâties (parking, routes, habitations) ou non (espaces verts, équipements sportifs).

L'absence d'un objectif de stabilisation, réclamée par plusieurs associations, est toutefois une "déception" pour France Nature Environnement.

En matière d'usage de pesticides, où les engagements pris en 2007 lors du Grenelle (-50% d'ici à 2018) paraissent inaccessibles, le gouvernement reste vague en annonçant une prochaine "évaluation", suivie de "mesures de renforcement".

Pour l'agriculture biologique, où le retard est là aussi important (3,5% de la surface agricole cultivée en bio à la fin 2011 pour des objectifs de 6% en 2012 et 20% en 2020), le gouvernement entérine une nouvelle cible: "doubler" la part du "bio" d'ici à fin 2017 par rapport à fin 2012.

Sont annoncés aussi un "plan abeilles" d'ici à "fin 2012" et "un plan pollinisateurs sauvages d'ici à fin 2013". Ces deux points n'avaient pas été mentionnés lors de la conférence environnementale.

Plus symboliquement, la "sensibilisation et l'information" au recul de la biodiversité seront développées dans les programmes scolaires.

"Les gens ne se rendent pas compte de l'importance que peut avoir la biodiversité, notamment sur l'économie et la croissance", a estimé Mme Jouanno.

"On n'a jamais vraiment valorisé le capital biodiversité. Aujourd'hui, il vaut mieux détruire la nature que la protéger pour faire augmenter le PIB", a regretté l'ex-secrétaire d'Etat à l'Ecologie.

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