Sénégal: Saint-Louis, ville historique, menacée d'être engloutie par les eaux

Photo prise le 7 mai 2013 du village de Doun Baba Dieye, près de Saint-Louis, au Sénégal [Seyllou / AFP/Archives] Photo prise le 7 mai 2013 du village de Doun Baba Dieye, près de Saint-Louis, au Sénégal [Seyllou / AFP/Archives]

"C'était un très beau village. Quinze de mes seize enfants ont grandi dans ce salon", se souvient Ameth Diagne, pêcheur de 52 ans, en désignant un pan de mur bleu azur, frappé par les vagues.

De son village de Doun Baba Dièye, situé à quelques kilomètres de Saint-Louis (nord du Sénégal), l'ancienne capitale de l'Afrique occidentale française (AOF), il ne reste rien ou presque. Il a été emporté par les eaux de l'océan Atlantique.

Saint-Louis pourrait connaître le même sort. "On estime qu'au large de nos côtes, l'océan avance d'un mètre par an. Dans cent ans, si rien n'est fait, l'Atlantique aura grignoté la ville sur 100 mètres", explique le professeur Boubou Aldiouma Sy, chercheur en géographie à l'université de Saint-Louis.

Dans un rapport publié en 2008, Alioune Badiane, directeur d'ONU Habitat pour l'Afrique, désignait la ville comme la plus menacée d'Afrique par la montée des eaux. En cause, selon lui, le changement climatique, mais aussi l'ouverture d'un canal artificiel.

En 2003, l'île Saint-Louis, la partie historique de la ville située sur le fleuve Sénégal à 500 mètres du continent et appelée la "Venise Africaine", est menacée par une crue du fleuve.

Photo du 7 mai 2013 d'une ancienne maison du village de Doun Baba Dièye, près de Saint-Louis, au nord du Sénégal [Seyllou / AFP/Archives]
Photo
ci-dessus
Photo du 7 mai 2013 d'une ancienne maison du village de Doun Baba Dièye, près de Saint-Louis, au nord du Sénégal

Les autorités décident alors de creuser une brèche dans la langue de Barbarie, une bande de sable de 40 kilomètres de long sur 300 mètres de large, parallèle à la côte, qui protège le littoral de Saint-Louis et Doun Baba Dièye de l'océan.

Objectif: diminuer le niveau du fleuve qui ne cesse de monter à cause d'inondations de plus en plus nombreuses, afin de lui permettre de s'écouler dans l'Atlantique par ce canal large de 4 mètres.

Mais à l'important débit du fleuve qui s'engouffre dans la brèche, s'ajoutent, de l'autre côté de la langue, les assauts de l'océan. Deux phénomènes qui grignotent la langue de Barbarie, et élargissent le canal.

Depuis 2003, ce dernier s'agrandit de 17 mètres par jour. Aujourd'hui, c'est une embouchure de 2,3 kilomètres, face à Doun Baba Dièye.

Transformation brutale des écosystèmes

Situé à deux kilomètres de la plage il y a dix ans, Doun Baba Dièye, déserté par ses 800 habitants, est désormais laissé à l'assaut des vagues.

Le recul du fleuve au profit de l'océan a fait disparaître les poissons d'eau douce. Une transformation brutale des écosystèmes, qui s'est aussi traduite par un manque à gagner pour les pêcheurs.

Même conséquence pour les agriculteurs, pour qui la salinisation des terres a anéanti toute activité de maraîchage et d'élevage. "C'est ici qu'on lâchait les boeufs", explique Ameth Diagne, en désignant le sable qui remplace l'herbe autrefois réservée au pâturage.

Malgré les dommages qu'a provoqué le canal, aucun de ces réfugiés climatiques n'a touché d'aide financière de l'Etat, qui avait pourtant promis aux habitants de nouveaux logements.

Si la brèche a épargné Saint-Louis des crues du fleuve depuis 2003, la solution n'est que provisoire. Et la "Venise africaine" reste confrontée à d'autres dangers majeurs.

"L'est de la ville a en partie été construit sur d'anciens marécages, où stagne l'eau et où prolifèrent les moustiques. A cause de cela, nous observons une recrudescence du paludisme à Saint-Louis. C'est un gros problème que la ville n'a pas su maîtriser", affirme le professeur Boubou Aldiouma Sy.

Aux inondations et aux dégâts provoqués par la brèche, s'ajoute un troisième phénomène naturel: l'érosion des côtes accentuée par le changement climatique.

Le professeur Sy tire la sonnette d'alarme. Et préconise la construction d'ouvrages de protection pour éviter que la ville ne s'affaisse dans l'océan. "Chaque année, plusieurs maisons s'effondrent. Certaines populations sont très menacées. Saint-Louis doit réagir très vite, avant que les habitants ne se retrouvent les pieds dans l'eau".

Vous aimerez aussi

Ligue des champions Coupe du monde 2018 : le rêve envolé du Sénégal
Le Sénégal de Sadio Mané va tenter de se qualifier pour les 8es de finale pour la deuxième fois de son histoire.
Ligue des champions Coupe du monde 2018 : le Japon, le Sénégal ou la Colombie qualifiés si…
Ligue des champions Coupe du monde 2018 : le Sénégal veut les huitièmes de finale

Ailleurs sur le web

Derniers articles