Nucléaire: le gouvernement tchèque divisé sur l'extension de Temelin

La centrale nucléaire tchèque de Temelin, le 24 juillet 2011 [Radek Mica / AFP/Archives] La centrale nucléaire tchèque de Temelin, le 24 juillet 2011 [Radek Mica / AFP/Archives]

Une polémique divise le gouvernement de Prague sur la rentabilité du projet d'extension de la centrale nucléaire tchèque de Temelin, certains évoquant l'éventualité d'un report voire l'annulation de l'appel d'offres géant qui avait attiré des groupes américain, russe et français.

Des dissensions au sein de la coalition de centre droit au pouvoir ont éclaté après les déclarations du ministre des Finances Miroslav Kalousek qui avait ouvertement contesté vendredi l'utilité de ce que le Premier ministre Petr Necas qualifie de "contrat du siècle".

Le choix du vainqueur de l'appel d'offres estimé à entre 8 et 12 milliards d'euros est attendu en automne 2013, alors que la mise en service des deux nouvelles tranches de Temelin est officiellement prévue vers 2025.

La course se joue entre l'américain Westinghouse (groupe Toshiba) et le consortium MIR-1200 formé par les russes Atomstroïexport et Gidropress avec le tchèque Skoda JS.

"Pour signer quelque chose d'une telle envergure, je dois être certain que l'investissement sera rentable", a déclaré M. Kalousek au quotidien économique Hospodarske noviny.

"Et je n'en suis pas sûr du tout", a-t-il ajouté en expliquant que le projet avait été "calculé sur la base de prix de l'énergie beaucoup plus élevés que le niveau actuel".

Lancé par le groupe d'énergie CEZ contrôlé par l'Etat, l'appel d'offres sur Temelin coïncide avec d'importantes incertitudes qui pèsent sur le secteur énergétique en Europe, telles que l'avenir du marché du carbone, de l'exploitation du gaz de schiste ou des énergies renouvelables.

"Décision stratégique"

Le Premier ministre Necas, grand partisan du projet, lui a aussitôt répondu en affirmant que la République tchèque ne pourrait "pas se passer du nucléaire". Il a qualifié de "décision stratégique" l'extension de Temelin, dans la mesure ou les centrales à charbon risquaient d'être fermées d'ici 2020 dans le cadre de règlements de l'UE.

"Il y a une grosse différence entre un comptable (...) et un homme d'Etat", a lancé le chef du gouvernement, en allusion à son ministre des Finances.

Ce dernier lui a répondu du tac au tac: "au moment où le tarif garanti représente le double du prix de marché, l'homme d'Etat se transforme en mégalomane".

Cet avis semble être partagé par Ales Michl, analyste de la banque Raiffeisenbank.

"Les prix du gaz aux Etats-Unis ont chuté de 55% depuis 2010, suite à l'exploitation du gaz de schiste. Si des importations affluent ou des gisements apparaissent en Europe, les prix du gaz et de l'électricité baisseront aussi. Il serait alors raisonnable pour CEZ de reporter (l'extension de) Temelin", a-t-il déclaré au journal Dnes.

CEZ a invité fin avril Westinghouse et MIR 1200 à améliorer leurs offres. "Je dois dire que le montant des deux offres a été une surprise très désagréable", a affirmé dans ce contexte M. Kalousek.

De son côté, le français Areva, exclu de la course en octobre pour n'avoir "pas satisfait dans son offre aux exigences légales", conteste cette décision, si bien que le contrat ne peut pas être conclu avant le règlement du conflit.

La polémique entre MM. Necas et Kalousek s'inscrit dans le cadre des tensions entre les deux principaux partis de droite, ODS de M. Necas et TOP 09 dont M. Kalousek est vice-président, à douze mois des législatives susceptibles de faire basculer le pays à gauche.

"Si la rentabilité n'est pas assurée, la construction ne pourra que difficilement commencer", a affirmé pour sa part le chef de TOP 09 Karel Schwarzenberg, ministre des Affaires étrangères.

"Bien que le ministère de l'Industrie refuse de le confirmer officiellement, les experts sont de plus en plus nombreux à laisser entendre que les hommes politiques examinent la possibilité de reporter le projet de Temelin, au moins de plusieurs années", a constaté l'hebdomadaire tchèque Respekt.

La centrale de Temelin, dont la construction avait commencé encore sous l'ancien régime communiste, est aujourd'hui dotée de deux réacteurs de conception russe VVER à eau pressurisée d'une puissance de 1.000 mégawatts chacun.

Les deux réacteurs ont produit l'an dernier 15,302 milliards de kWh d'électricité, chiffre record depuis sa mise en service en décembre 2000.

Vous aimerez aussi

Energie Les professionnels peu convaincus par la fin des chaudières au fioul d'ici 10 ans
Energie 30% des Français renoncent à se chauffer par manque d'argent
Buste de Benjamin Franklin, instigateur du changement d'heure, réalisé par Jean-Antoine Houdon
changement d'heure Qui a inventé le changement d'heure ?

Ailleurs sur le web

Derniers articles