De bruit et de fureur, par Pierre Ménès

Pierre Ménès. [A MEUNIER / ICON SPORT / POUR DIRECTMATIN]

Pierre Ménès est une figure du paysage footballistique français. Ancien reporter à L’Equipe, cette intarissable grande gueule officie aujourd’hui en qualité d’expert pour le Canal football club. Chaque vendredi, il tient sa "Grosse kronik" dans les colonnes de Direct Matin.

 

Le week-end dernier a été marqué par le pétage de plombs de Zlatan Ibrahimovic contre le quatrième arbitre de Bordeaux-PSG (3-2). Le soir même, après un but refusé à Lucas Ocampos, c’est Dimitri Payet qui a hurlé sa rage en passant devant le vestiaire des arbitres. Evidemment, tout a été filmé par les caméras. Elles sont partout, tout le monde le sait.

"Ibra" est une grande star du foot, il ne peut pas ignorer que chacun de ses faits et gestes est capté, analysé et souvent amplifié. Dimitri Payet, sans avoir la carrière du buteur suédois, a suffisamment de vécu pour le savoir également. Tout le monde se mêle de cette histoire. Il a suffi d’un "pays de merde" de l’attaquant du PSG pour que tout le monde la ramène. A croire qu’il n’y a pas de préoccupations plus importantes.

Taper sur Ibrahimovic est un sport commode. Il faut aussi reconnaître que le Suédois y met du sien. Mais lui, au moins, a eu le mérite de s’excuser. Qui s’excuse dans le foot français ? Personne.

Pas les Marseillais après leurs charges répétées sur monsieur Bastien dimanche. Heureusement, Marcelo Bielsa a donné une leçon de fair-play et d’éducation à tout le monde. A commencer par ses joueurs. Pas Jean-Michel Aulas, qui se régale sur Twitter semaine après semaine. En même temps, si le président lyonnais venait à être suspendu, ça handicaperait beaucoup moins son équipe. En attendant, il compte les points, bientôt les suspendus parmi ses opposants. Et il se régale. Pas les arbitres. Bien sûr, on doit respecter les décisions de personnes qui n’ont que deux yeux et deux jambes et qu’on refuse d’aider avec des moyens technologiques qui existent pourtant à commencer par la goal line technology employée avec une grande efficacité en Premier League. Les arbitres ont droit à toute notre compréhension.

Mais pourquoi ne pas faire preuve de psychologie face aux comportements de joueurs lancés dans un final plein de suspense et de tension. Le Suédois venait de subir une expulsion imméritée à Chelsea en Ligue des champions. Il s’estimait floué à Bordeaux sur une passe en retrait non sanctionnée. Il s’est énervé, certes. On ne va pas le féliciter non plus. Mais est-ce dramatique ? Pareil pour Dimitri Payet, joueur de classe et d’une correction absolue. Un technicien qui fait du bien au jeu, à qui on a longtemps reproché son dilettantisme. Là, sa colère démontre avant tout sa motivation dans le final haletant de son OM. Doit-on suspendre ces deux joueurs pour "faire un exemple" ? Ou doit-on s’attaquer aux vrais problèmes de notre football ? Un bus de Caen caillassé à Rennes sur le retour de Lorient.

Sachons faire la différence entre le bruit et les vrais maux qui rongent ce sport. La justice a le droit d’être intelligente et pédagogique. Je sais, je rêve un peu… 

 

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