Islam de France : trois questions à Kamel Kabtane

Recteur de la Grande Mosquée de Lyon et fervent défenseur du dialogue interreligieux, Kamel Kabtane, organisateur d'une marche samedi à Lyon en hommage aux victimes de Toulouse et Montauban, attend du président qu'il se place en "père" d'un pays multiple à l'issue d'une élection à laquelle la communauté musulmane sera "très attentive".[AFP]

Recteur de la Grande Mosquée de Lyon et fervent défenseur du dialogue interreligieux, Kamel Kabtane, organisateur d'une marche samedi à Lyon en hommage aux victimes de Toulouse et Montauban, attend du président qu'il se place en "père" d'un pays multiple à l'issue d'une élection à laquelle la communauté musulmane sera "très attentive".

Q: Qu'attendez-vous du président après son élection?

R: "Le président, je le vois comme le père de la Nation, il doit donc être capable d'équilibre et de justesse pour que tous ses enfants se sentent bien dans le pays et que l'on se reconnaisse dans la devise +liberté, égalité, fraternité+. Une fois élu, il devient le président de tous les citoyens, peu importe leur opinion politique, leur religion. Il doit donner de la France une image forte, riche, multiple et emprunte de justice pour tous, tant dans le pays qu'à l'étranger."

Q: Que devra-t-il faire en premier ?

R: "Sa première mesure devra être d'appeler à l'unité nationale. Je l'appelle à adopter une position d'apaisement en reconnaissant la richesse de toutes les composantes de la Nation, sans faire de sous-cultures. La politique doit apporter des éléments pour faire avancer les idées, pas les jugements.

Notre société souffre de cette dichotomie entre les différentes couches de la population. Il y a des gens qui gagnent 800 euros par mois et qui se battent, il doit y avoir plus d'attention pour eux. Tout comme pour les personnes des générations plus anciennes, ce sont eux qui ont fait la richesse de la France, un pays aujourd'hui vieillissant.

En traitant les citoyens de la même manière, et en le faisant avec une volonté de paix, on permet le rapprochement entre les uns et les autres."

Q: Ce qu'il ne devra surtout pas faire ?

R: "Devenir le président d'une partie des Français. Il ne doit pas faire de la politique de visibilité, forte en effets d'annonce, mais aller au fond des problèmes.

Par ailleurs, il ne doit pas continuer à penser que la laïcité est un moyen de dire +non+ quand on ne veut pas se poser de questions. Je suis très attaché à la laïcité qui doit unir et faire en sorte que chacun ait la liberté de croire ou de ne pas croire, sans stigmatiser. La communauté musulmane sera très attentive à cette élection présidentielle. Personnellement, en 45 ans de présence en France, je n'ai jamais autant ressenti l'état de ce que je suis que depuis une dizaine d'années. Le discours s'est libéré et les mots sont devenus faciles, blessants parfois."

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