L'affaire Bettencourt s'invite dans la campagne

L'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt Patrice de Maistre s'apprêtait jeudi à Bordeaux à demander sa liberté, tandis que deux journalistes du Point allaient être mis en examen dans le cadre de cette affaire, de plus en plus commentée par les politiques.[AFP/Archives]

L'ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt Patrice de Maistre s'apprêtait jeudi à Bordeaux à demander sa liberté, tandis que deux journalistes du Point allaient être mis en examen dans le cadre de cette affaire, de plus en plus commentée par les politiques.

Jeudi à partir de 14h00, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux doit étudier une éventuelle remise en liberté de M. de Maistre, après son placement en détention provisoire à la maison d'arrêt de Gradignan (Gironde) vendredi 23 mars à la demande du juge Jean-Michel Gentil et du parquet.

L'audience se déroulera sans doute à huis clos. Le parquet général souhaite demander le maintien en détention. Il n'est pas certain qu'une décision sera rendue dès jeudi.

M. de Maistre, par sa proximité avec l'héritière de L'Oréal, en situation de faiblesse psychique depuis cinq ans et demi, et ses liens avérés avec l'UMP, est au coeur de la nébuleuse de dossiers Bettencourt, et en est le premier protagoniste placé en détention provisoire.

Le juge Jean-Michel Gentil, chargé de l'enquête sur les "abus de faiblesse" au détriment de la milliardaire, lui reproche d'avoir, en personne ou via sa société Eugenia, perçu quelque 5,4 millions d'euros de manière indue de la part de Mme Bettencourt ou de la société chargée de gérer les dividendes boursiers de cette dernière.

Le magistrat aimerait aussi savoir ce que M. de Maistre a fait des quatre millions d'euros qu'il a fait rapatrier de 2007 à 2009 depuis des comptes suisses de Mme Bettencourt, et notamment de deux sommes de 400.000 euros rapportées à des dates précises, en pleine campagne électorale de Nicolas Sarkozy en 2007.

Au total, selon un article paru jeudi dans Sud Ouest, c'est sur 18 millions d'euros appartenant à Mme Bettencourt que M. de Maistre sera prié par la justice de s'expliquer.

"Rien ne justifie cette décision de placement en détention", s'était insurgé lundi Me Pierre Haïk, l'un des avocats de M. de Maistre. "En tout cas, rien ne le justifie juridiquement", avait ajouté son associée Me Jacqueline Laffont, laissant percevoir ainsi le soupçon que le juge pourrait vouloir faire pression sur M. de Maistre pour qu'il soit plus loquace.

Par un hasard du calendrier, l'audience devant la Cour d'appel de Bordeaux aura lieu alors que le directeur et le rédacteur en chef du Point, Franz-Olivier Giesbert et Hervé Gattegno, sont également attendus jeudi après-midi au palais de justice de Bordeaux, dans le bureau du juge Gentil, en vue de leur mise en examen pour atteinte à l'intimité de la vie privée de Mme Bettencourt.

L'hebdomadaire, à l'origine des révélations fin 2008 sur près d'un milliard d'euros en dons en tous genres faits par Mme Bettencourt à son ami le photographe François-Marie Banier, avait publié en juillet 2010 un cahier spécial d'extraits de conversations tenues au domicile de Mme Bettencourt et enregistrées par son majordome.

Cette publication avait été faite "après mûre réflexion", et "au nom du droit à l'information" par le magazine, pour éclairer le public sur la possible manipulation de la milliardaire par son entourage.

L'affaire semble par ailleurs agiter de plus en plus la classe politique. Mercredi le porte-parole de François Hollande Manuel Valls a considéré qu'on était "aux portes d'un scandale d'Etat".

Jeudi, le Premier ministre François Fillon "s'est étonné" sur France Inter de la mise en détention de M. de Maistre, et de certaines "coïncidences" : "à chaque fois que François Hollande est un peu en difficulté dans les sondages, on trouve de nouvelles affaires", a-t-il avancé.

Quelques minutes après, M. Fillon a néanmoins déclaré "regretter" sa phrase, et "la retirer". François Hollande lui a conseillé de "maîtriser son langage".

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