Faillite de Samsonite : les "patrons voyous" fixés sur leur sort

Un salarié du bagagiste nordiste Energy Plast devant l'entrée de l'entreprise le 20 février 2007 à Hénin-Beaumont[AFP/Archives]

La justice se prononce vendredi sur le sort des repreneurs de l'usine Samsonite d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), jugés en appel pour avoir sciemment provoqué la faillite de l'entreprise, ce qui leur a valu de la prison ferme en 2009 et le surnom de "patrons voyous".

L'affaire jugée en première instance à Paris avait été retentissante. Le secrétaire général de l'usine, Jean-Michel Goulletquer, avait été condamné à deux ans de prison ferme, le PDG, Jean-Jacques Aurel, à un an ferme et le consultant Olivier Walter à 18 mois.

Lors du procès devant la cour d'appel de Paris, en mai, le parquet a demandé la confirmation de ces peines.

"Il ne faut pas oublier la souffrance des 200 salariés qui, aujourd'hui, vivent pour la plupart dans la précarité, 80% d'entre eux n'ayant pas retrouvé de travail" après la liquidation de l'entreprise en 2007, avait souligné, dans son réquisitoire, l'avocat général Mireille Venet. Plusieurs dizaines d'anciens ouvriers ont d'ailleurs assisté à l'audience.

Durant le procès, le dirigeant du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon était venu soutenir les anciens ouvriers. Hors audience, il avait dénoncé les "ravages du capitalisme financier" et déploré qu'on "juge les repreneurs mais jamais ceux qui sont derrière".

Projet viable ?

Jean-Michel Goulletquer et Jean-Jacques Aurel sont accusés d'avoir participé à un montage frauduleux ayant conduit à la liquidation judiciaire de l'usine et d'avoir procédé au détournement de 2,5 millions d'euros.

C'est à eux que le bagagiste américain Samsonite avait cédé son usine d'Hénin-Beaumont en 2005, pour un euro symbolique. Les repreneurs avaient reçu plusieurs millions d'euros d'aide de Samsonite pour la reconversion. Le site devait se lancer dans la fabrication de panneaux solaires mais aucun n'avait été produit. En 2007, l'entreprise mettait la clef sous la porte et les 205 salariés perdaient leur emploi.

M. Goulletquer a comparu détenu: il purge à Melun une autre peine de prison et a déjà été condamné trois fois pour banqueroute ou détournements. Il s'était présenté sous un faux nom à Hénin-Beaumont.

Le consultant Olivier Walter, "n'avait absolument pas été gêné de recevoir 800.000 euros pour ses honoraires", ayant même présenté au départ une facture de 2,5 millions, avait fustigé la magistrate. Mme Venet avait rappelé que le trio avait été impliqué dans la reprise d'une usine Delsey, à Montdidier (Somme), également liquidée en 2006 avec 200 salariés.

Elle avait en revanche dédouané le groupe Samsonite, selon elle "totalement étranger aux détournements reprochés aux prévenus".

Un point du vue combattu par l'avocat des salariés licenciés, Me Fiodor Rilov, qui accuse le groupe américain Samsonite d'avoir fomenté le projet de reprise comme "un leurre, une farce" pour se débarrasser à bon compte de l'usine. Il attaque aussi le principal actionnaire de Samsonite au moment de la cession, le fonds Bain Capital, fondé par le candidat républicain à la Maison Blanche, Mitt Romney.

Les avocats de Samsonite ont toujours plaidé que le groupe "n'avait aucune volonté de fermer" le site et que le projet des repreneurs lui avait semblé viable.

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