L'arrêt de la production à PSA Aulnay était-il prévisible ?

Manifestation des salariés de PSA Aulnay le 23 mars 2012 à Paris[AFP/Archives]

L'arrêt de la production à l'usine PSA d'Aulnay à l'horizon 2014, qui pourrait être annoncé jeudi, était inscrit dans un scénario révélé à grand fracas par la CGT en juin 2011 et finalement appliqué à la lettre par le constructeur, malgré la mobilisation des syndicats depuis un an.

Annonçant une conférence de presse pour le 9 juin 2011, la CGT de PSA promet "des révélations". Ce sera une vraie détonation: est rendu public un document confidentiel prévoyant la fermeture de l'usine d'Aulnay (Seine-Saint-Denis) courant 2014 et la montée en charge de Poissy (Yvelines). Les sites de SevelNord (co-entreprise avec Fiat) et de Madrid sont aussi menacés.

La perspective d'une fermeture du site historique d'Aulnay (3.600 salariés à l'époque) provoque de très vives réactions.

Le constructeur répond: "la fermeture d'Aulnay n'est pas d'actualité", une formule dont il ne démordra jamais et qui permet de calmer le jeu tout en laissant la porte ouverte à une telle perspective.

PSA affirme alors que la note révélée par la CGT est un document de travail de 2010 et non un relevé de décisions.

Le document est clair: "annonce d'un pôle unique en région parisienne fin 2012" (Poissy), "plan social et décroissance: 2013 et arrêt courant 2014". Précision: "cession du terrain d'Aulnay estimé à 300 millions d'euros". Est également mentionné une "fenêtre d'annonce possible, dans le calendrier électoral français, au 2e semestre 2012".

La CGT, rapidement rejointe par les autres syndicats du site, n'aura alors de cesse de demander la garantie de la production à Aulnay jusqu'en 2016 et la réattribution d'un nouveau modèle.

En vain.

"Jamais de promesses irresponsables"

Interpellé par la presse en 2011, Denis Martin, directeur industriel du groupe, répond: "Nous ne faisons jamais de promesses irresponsables"... Le dirigeant indique par contre avoir évoqué avec les syndicats la compétitivité pour les petits modèles (comme la C3 d'Aulnay). Rien de rassurant.

D'autant que le site d'Aulnay est en perte de vitesse depuis plusieurs années. Le site employait 5.400 personnes en 2004, année qui a vu 418.000 véhicules sortir de l'usine.

A partir de là, un ralentissement s'amorce. En 2008, l'une des deux chaînes de production est supprimée. En octobre 2010, c'est l'équipe de nuit qui disparaît. Aujourd'hui, il reste 3.000 CDI et environ 300 intérimaires, sans compter les sous-traitants. Seulement 135.000 véhicules y ont été produits l'an dernier.

En septembre 2011, l'inquiétude s'étend au groupe, Philippe Varin, le patron de PSA, multipliant les déclarations sur des sureffectifs.

De CCE en CCE, PSA abat petit à petit ses cartes et annonce finalement en octobre et en décembre vouloir supprimer 6.000 postes en Europe en 2012. En France, 1.900 postes sont visés et 2.400 chez des prestataires. Tous les sites sont touchés.

Economiser un milliard

L'objectif: économiser 1 milliard par an.

L'année 2012 débute sans fanfare: les résultats 2011 sont négatifs pour la branche automobile (- 92 M), nouveau repli prévu du marché européen (60% des ventes de PSA), cessions d'actifs.

Pendant la campagne présidentielle, les salariés d'Aulnay ressortent un peu de l'oubli: Nicolas Sarkozy voit Philippe Varin à l'Elysée, des salariés manifestent devant France Télévisions le soir du débat Sarkozy-Hollande. Puis, Arnaud Montebourg, devenu ministre du Redressement productif, reçoit les syndicats, et encore M. Varin.

L'inquiétude demeure intacte. Aucun engagement ne sera jamais donné par le groupe "au delà de 2014".

Fin juin, relayant les syndicats et des élus de Seine-Saint-Denis, le gouvernement demande à PSA de "préciser rapidement ses intentions".

Le quotidien Les Echos titre en Une: "Peugeot-Citroën sacrifie son site historique d'Aulnay".

Deux CCE extraordinaires sont convoqués les 12 et 25 juillet.

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